Avant de commencer
Une chaussée est une structure : quelques couches de matériaux posées sur un sol, qui doivent porter pendant vingt ou trente ans des millions de passages d'essieux lourds sans se fissurer ni s'orniérer. La dimensionner, c'est choisir ces couches et leurs épaisseurs pour que leurs matériaux ne se fatiguent pas avant la fin de la durée de service, et que le sol ne se déforme pas au-delà de ce qu'il supporte.
Le cours suit la méthode rationnelle française, codifiée par la NF P98-086 (2011) : un trafic converti en essieux de référence, un calcul des sollicitations par le modèle multicouche élastique de Burmister, et des critères de fatigue calés sur des essais de laboratoire et sur le comportement des chaussées en service. Il la confronte ensuite aux catalogues de cinq référentiels : FR France, TN Tunisie, SN Sénégal, CI Côte d'Ivoire et TR guide CEBTP des pays tropicaux — certains rationnels, d'autres fondés sur des contraintes admissibles. Il se termine par le renforcement d'une chaussée existante : l'ausculter, rétrocalculer ses modules, la renforcer.
À chaque chapitre : ce que l'on calcule, pourquoi, comment chaque référentiel le fait. Les calculateurs tournent sur le même moteur que le bureau de calcul et l'exerciseur — un portage du moteur de Burmister-Calc, vérifié sur les cas de référence d'Alizé.
Conventions : compression positive pour σz et εz ; traction négative pour εT et σT dans les tableaux de sollicitations, comme dans Alizé. Modules en MPa, épaisseurs en cm dans le texte et en m dans les calculs, déformations en µdéf (10⁻⁶), déflexions en mm/100.
1 · La chaussée et ses structures
Ce qu'une chaussée doit faire
Sous un poids lourd, chaque roue d'un jumelage presse la chaussée à environ 0,66 MPa sur un disque de 25 cm de diamètre : c'est la charge de référence de la méthode française, un demi-essieu de 65 kN représenté par deux disques de 0,125 m de rayon, distants de 0,375 m [NF P98-086]. Posée directement sur un sol de 50 MPa, cette pression le déformerait de plusieurs millièmes à chaque passage, et il en verra des millions. La chaussée a donc d'abord deux fonctions mécaniques :
- répartir la charge, pour que la contrainte et la déformation qui atteignent le sol restent assez faibles pour ne pas l'orniérer peu à peu ;
- résister elle-même, sans se rompre par fatigue, à la flexion répétée que lui impose cette répartition.
Elle a aussi des fonctions d'usage — uni, adhérence, bruit — et une fonction de protection : une surface étanche garde au sec l'assise et le sol, dont la portance s'effondre quand ils s'imbibent. Toute la conception tient dans un arbitrage : une couche raide répartit bien, mais elle travaille en flexion, donc en traction à sa base. Ce qui protège le sol est ce qui se fatigue. Les familles de structures décrites plus loin sont autant de manières de régler cet arbitrage.
Les couches et leur rôle
La NF P98-086 définit la structure de chaussée comme l'ensemble des couches qui reposent sur la plate-forme et répartissent sur le sol les efforts de la circulation [NF P98-086]. On y distingue les couches de surface (roulement, liaison) et les couches d'assise (base, fondation), posées sur une plate-forme qui, elle, relève des terrassements.
| Couche | Rôle | Matériaux courants |
|---|---|---|
| Roulement | uni, adhérence, étanchéité ; reprend les efforts tangentiels (freinage, virage) et l'usure | bétons bitumineux (BBSG, BBM, BBTM, BBDr), enduit superficiel sur les routes peu circulées |
| Liaison | transition entre roulement et assise ; corrige l'uni ; protège l'assise | BBSG, BBME |
| Base | répartit la charge ; c'est elle qui fléchit le plus et qui se fatigue | grave-bitume, enrobé à module élevé, grave-ciment, GNT sur faible trafic, graveleux latéritique |
| Fondation | complète la base, élargit la diffusion, sert d'appui de compactage | mêmes familles que la base, souvent de moindre qualité ; GNT |
| Couche de forme | homogénéise le sol, assure la circulation des engins de chantier, garantit la portance à long terme et protège du gel | matériaux granulaires non traités, sols traités à la chaux ou aux liants hydrauliques |
| Partie supérieure des terrassements | le dernier mètre environ du déblai ou du remblai ; sa surface est l'arase | sol en place ou rapporté, classé selon le GTR |
Plate-forme, PST et arase
Trois mots sont souvent confondus. La partie supérieure des terrassements (PST) est la zone d'environ un mètre d'épaisseur au sommet des terrains en place (déblai) ou rapportés (remblai) ; sa surface est l'arase de terrassement. La couche de forme est posée sur l'arase ; sa surface est la plate-forme support de chaussée. Sans couche de forme, plate-forme et arase se confondent [NF P98-086].
Pour le calcul, la plate-forme est un massif semi-infini, élastique, de coefficient de Poisson 0,35, dont le module est la borne inférieure de sa classe de portance à long terme : 20 MPa pour PF1, 50 pour PF2, 80 pour PF2qs, 120 pour PF3, 200 pour PF4 [NF P98-086] [GTR 2024]. « À long terme » est le point décisif : c'est la portance escomptable après des années d'humidité saisonnière, pas celle mesurée un jour sec de chantier. Le chapitre 3 montre comment le GTR passe du sol à la PST, de la PST à l'arase, et de l'arase plus la couche de forme à la plate-forme.
La chaussée se calcule sur la plate-forme : surface et assise sont des couches d'épaisseur finie, la plate-forme est la couche semi-infinie du modèle. Un sol médiocre ne se compense pas seulement par une assise plus épaisse ; on commence par lui construire une plate-forme digne de ce nom.
Six familles de structures
Le classement français repose sur la nature de l'assise, parce que c'est elle qui fixe le mode de fonctionnement [NF P98-086] [catalogue 1998]. Les définitions de la norme sont précises :
- souples : une couverture bitumineuse de 12 cm au plus — parfois un simple enduit — sur une ou plusieurs couches de matériaux granulaires non traités ;
- bitumineuses épaisses : surface et base en matériaux bitumineux, plus de 12 cm au total ; la fondation est bitumineuse ou en grave non traitée ;
- à assise traitée aux liants hydrauliques, dites semi-rigides : une ou plusieurs couches bitumineuses sur une assise de grave-ciment, de grave-laitier, de sable-ciment… ;
- mixtes : roulement et base bitumineux sur une fondation traitée aux liants hydrauliques, le bitume représentant 40 à 50 % de l'épaisseur totale ;
- inverses : couches bitumineuses sur 10 à 12 cm de grave non traitée, elle-même sur une fondation traitée aux liants hydrauliques ;
- en béton de ciment : une couche de base-roulement en béton de plus de 12 cm, en dalles ou en béton armé continu, sur une fondation ou directement sur la couche de forme.
Souples : c'est le sol qui commande
La couverture bitumineuse, mince, épouse la déformée : elle fléchit beaucoup et répartit peu. La grave non traitée ne reprend aucune traction ; elle transmet la charge par contact entre grains, et sa raideur dépend du support sur lequel elle est compactée. Toute la protection du sol vient donc de l'épaisseur granulaire. La norme ne vérifie ces chaussées que par la déformation verticale au sommet de la plate-forme ; la couche de base est fixée à 0,15 m de GNT jusqu'à 100 000 essieux équivalents et à 0,20 m au-delà, et seule la fondation se dimensionne [NF P98-086]. C'est la solution des faibles trafics, très répandue en Afrique sous forme de graveleux latéritique revêtu d'un enduit.
Bitumineuses épaisses : la fatigue par la base
Grave-bitume et enrobé à module élevé, collés entre eux, forment une dalle continue de 15 à 40 cm qui fléchit sous la roue : compression en haut, traction en bas. C'est à la base de la dernière couche bitumineuse que naît la fissure de fatigue. Le sol est bien protégé, et la vérification de la plate-forme est en général satisfaite d'office ; c'est l'allongement εt à la base de l'assise qui fixe l'épaisseur.
Assises traitées aux liants hydrauliques : raides, mais fissurées
Une grave-ciment a un module de 20 000 à 25 000 MPa : l'assise est une plaque très raide qui étale la charge sur une grande surface, si bien que le sol ne voit presque rien. En contrepartie, elle travaille en traction par flexion σt, et le matériau, fragile, a une loi de fatigue très plate : quelques pourcents de contrainte en plus divisent la durée de vie par deux. Surtout, le retrait de prise et les variations de température la fissurent transversalement, et ces fissures remontent à travers les enrobés. L'interface entre base et fondation est prise collée, glissante ou semi-collée selon le liant ; le calcul l'intègre, les fissures passent par le coefficient kd (chapitre 8).
Mixtes : deux vies successives
La grave-bitume de base protège la fondation traitée et ralentit la remontée de ses fissures ; la fondation traitée, raide, soulage la grave-bitume. La norme les calcule en deux phases : d'abord toutes couches collées, jusqu'à la ruine par fatigue de la fondation traitée ; ensuite cette fondation, réputée fissurée, ne garde qu'un cinquième de son module et l'interface devient glissante — c'est alors la grave-bitume qui reprend la flexion. La structure convient si les deux durées de vie, additionnées, couvrent le trafic [NF P98-086].
Inverses : un coussin granulaire contre la remontée des fissures
Une douzaine de centimètres de grave non traitée, prise à 480 MPa, sépare les enrobés de la fondation traitée : la fissure de retrait s'arrête dans les grains au lieu de traverser la surface. On vérifie la fatigue des enrobés, celle de la fondation traitée, la plate-forme et la GNT intercalaire, pour laquelle la norme admet une déformation verticale majorée de 20 % [NF P98-086].
Béton de ciment : la dalle et ses joints
Une dalle de béton — de 18 à 27 cm de béton armé continu dans le manuel d'autoroutes [manuel autoroutes 2005] —, de module 35 000 MPa pour un béton de classe 5, répartit la charge sur une surface considérable : la déformation du sol est minime, et c'est la traction à la base de la dalle qui décide. Le modèle continu ignore les joints et les bords de dalle, où la contrainte est plus forte ; le coefficient de discontinuité kd corrige cet écart, de 1/1,7 pour des dalles non goujonnées à 1/1,07 pour un béton armé continu sur grave-bitume [NF P98-086]. Ses dégradations propres sont le pompage des fines sous les joints, la marche d'escalier entre dalles et la cassure des coins.
Les interfaces : collées, glissantes, semi-collées
Le fonctionnement d'une structure dépend autant du contact entre ses couches que des couches elles-mêmes. Une interface collée transmet tout : déplacements et déformations sont continus, et deux couches collées fléchissent comme une seule, plus épaisse. Une interface glissante ne transmet aucun cisaillement : chaque couche fléchit pour son compte autour de son propre axe neutre, et la base de chacune est tendue. L'interface semi-collée n'est pas un état physique mais une hypothèse de calcul : la demi-somme des résultats collé et glissant [NF P98-086]. Les enrobés sont pris collés entre eux et sur leur support ; entre deux couches traitées aux liants hydrauliques, la norme choisit selon le liant (chapitre 4). Une interface mal réalisée — couche d'accrochage oubliée, support sale — transforme une dalle épaisse en deux dalles minces et réduit fortement la durée de vie de l'assise.
Les familles sous le même jumelage
Les six structures de la figure, sous la charge de référence. Choisir la famille détaillée et faire varier le module de la plate-forme : le tableau du bas compare toutes les familles à portance égale. Modules des enrobés à 15 °C ; traction comptée positivement dans le tableau comparatif.
Trois constats se lisent dans ce tableau et reviennent dans tout le cours. La déformation du sol est divisée par deux et demi à huit quand on passe de la structure souple aux assises liées. Dans la structure mixte, la grave-bitume collée sur la grave-ciment est entièrement comprimée : tant que la fondation traitée est intacte, c'est elle qui fléchit — d'où le calcul en deux phases. La couche bitumineuse mince de la chaussée souple subit à sa base une traction bien plus forte que la grave-bitume épaisse : elle n'est pourtant pas vérifiée en fatigue par la norme, dont le seul critère pour cette famille est la plate-forme ; sa tenue relève du choix de la couche de surface et de l'entretien. Enfin, les assises traitées et le béton ont des tractions en contrainte élevées mais des allongements faibles : chaque matériau a son critère, qu'on ne compare pas d'une famille à l'autre.
Rigidité de l'assise et protection du sol
À épaisseur égale, une assise plus raide étale la charge sur une plus grande surface : la déformation du sol diminue. Mais l'effet s'essouffle — le gain suit grossièrement la racine cubique du rapport des modules, comme le traduit l'épaisseur équivalente d'Odemark, héq = h·(E1/E2)1/3 — alors que la traction à la base de la couche, elle, croît avec sa raideur. Une assise deux fois plus raide ne protège pas deux fois mieux le sol, et elle travaille davantage.
Une assise, son module et la déformation du sol
Bicouche : une assise d'épaisseur h et de module E (ν = 0,35) sur la plate-forme. Les courbes balaient le module de l'assise de 100 à 50 000 MPa (échelle logarithmique) ; le point rouge est la valeur saisie. Repères : GNT 400 MPa, grave-bitume 9 000 MPa à 15 °C, grave-ciment 23 000 MPa.
Exemple — Même épaisseur, trois matériaux d'assise
Une assise de 25 cm repose sur une plate-forme PF2 (50 MPa). On la réalise en grave non traitée (400 MPa), en grave-bitume GB3 (9 000 MPa à 15 °C) ou en grave-ciment de classe T3 (23 000 MPa, ν = 0,25). Le moteur de Burmister donne, sous le jumelage de référence :
- Passer de la GNT à la grave-bitume divise la déformation du sol par … ; passer ensuite à la grave-ciment ne la divise plus que par …, pour un module encore multiplié par 2,6.
- La GNT ne reprend pas de traction : dans le modèle élastique, sa base est tendue de …, ce que le matériau ne supporte pas — c'est pourquoi on ne la vérifie jamais en traction, mais en déformation verticale à son sommet.
- De la grave-bitume à la grave-ciment, la contrainte de traction à la base continue de croître, jusqu'à …, alors que l'allongement est divisé par … : le matériau le plus raide est le plus sollicité en contrainte. Rapportée à la contrainte qui rompt une grave-ciment T3 en un million de cycles, 0,75 MPa, une seule couche de 25 cm serait très loin du compte — les assises traitées du catalogue de 1998 font près de 40 cm, en deux couches, sous les enrobés.
Les structures des autres référentiels
Les cinq référentiels du cours partagent le vocabulaire des couches et l'essieu de 130 kN, mais pas les matériaux : là où les gisements de roche massive manquent, l'assise se fait en matériaux locaux, latérite et sables, naturels ou améliorés au ciment.
France
Les six familles de la norme, déclinées en fiches par le catalogue de 1998 (réseau structurant ou non) [catalogue 1998] ; le manuel des chaussées d'autoroutes de 2005 propose des structures souples, inverses, tout bitume (GB4, EME2), mixtes et en béton armé continu [manuel autoroutes 2005].
Tunisie
Le catalogue révisé compte 28 fiches : souple BBSG sur GNT (avec une variante en enduit superficiel au plus faible trafic), bitumineuses épaisses GB2, GB3 et EME2, semi-rigides en grave-ciment ou sable traité, mixtes et rigides en béton [catalogue tunisien RevA]. Le catalogue de 1984, pour la rase campagne, s'appuyait sur les graves non traitées, la grave-bitume, la grave-ciment et, dans certaines régions, sur le tuf [catalogue tunisien 1984].
Sénégal
Dix-sept tableaux : souples à couverture mince sur GNT ou graveleux latéritique, bitumineuses épaisses GB2, GB3 ou EME2, semi-rigides en graveleux latéritique traité au ciment, en banco-coquillage traité au ciment, en grave-ciment ou sable-ciment, pavés sur GNT, et béton [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Le manuel de 2024 compte 17 fiches : souples sur GNT, latérite ou sable argileux naturels, assises en latérite ou sable améliorés au ciment, graves-bitume GB3 et GB4 sur fondation granulaire, et bitumineuses épaisses jusqu'à l'EME2. Au plus faible trafic, la surface est un enduit ou 3 cm de BBM [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Le guide CEBTP propose 29 familles d'assises : graveleux latéritique naturel jusqu'à la classe T3, puis amélioré au ciment, concassé, grave-ciment ou grave-bitume, et des matériaux côtiers (sable coquillier, corail, banco-coquillage). La latérite naturelle en couche de base y est proscrite à partir de T4 [CEBTP 1980].
Reprendre une structure française telle quelle sous un climat chaud. Les enrobés y travaillent à 28 ou 34 °C au lieu de 15 °C (chapitre 4) : ils sont trois fois plus souples, l'allongement à la base double, et une grave-bitume bien dimensionnée à Paris est sous-dimensionnée à Dakar. Chaque référentiel forme un système cohérent — matériaux, température, coefficients, admissibles — qu'on applique en bloc.
Comment les chaussées se dégradent
Chaque famille a ses dégradations, et chaque critère de dimensionnement en vise une. Les reconnaître sur le terrain permet de remonter à la cause — c'est le point de départ du diagnostic d'une chaussée à renforcer (chapitres 12 à 14).
| Dégradation | Où | Mécanisme | Ce qui la combat |
|---|---|---|---|
| Fissures longitudinales dans les traces, puis faïençage | enrobés d'assise ou couverture mince | fatigue en flexion ; la fissure part de la base, s'ouvre, se ramifie en mailles | critère εt ; épaisseur et module de l'assise |
| Fissures transversales régulières | surface d'une assise traitée aux liants hydrauliques | retrait de prise et retrait thermique de l'assise ; la fissure remonte à travers les enrobés | couche bitumineuse épaisse, structure inverse, interface anti-remontée, kd |
| Orniérage à petit rayon, bourrelets | enrobés, par forte chaleur et trafic lent | fluage de l'enrobé, ressuage du liant | formulation (essai d'orniérage, bitume dur) — aucun critère mécanique |
| Orniérage à grand rayon, affaissements | GNT, plate-forme | cumul de déformations permanentes des couches non liées et du sol | critère εz ; portance, drainage |
| Désenrobage, plumage | enrobés de surface | perte d'adhésion du liant aux granulats, souvent sous l'eau | formulation, tenue à l'eau, étanchéité |
| Nids-de-poule | couverture mince sur assise granulaire | évolution d'un faïençage ou d'un désenrobage : l'eau pénètre, les morceaux s'arrachent | entretien précoce, assise insensible à l'eau |
| Arrachement de gravillons, ressuage | enduits superficiels | mauvais dosage liant / gravillons, mise en œuvre par temps défavorable | formulation et mise en œuvre de l'enduit |
| Pompage, marche d'escalier | dalles de béton | l'eau sous les joints chasse les fines ; la dalle perd son appui | goujons, fondation traitée, joints entretenus, kd |
Le guide technique de 1994 décrit, famille par famille, comment une chaussée travaille sous le trafic et comment elle s'endommage si on la laisse sans entretien [guide LCPC-SETRA 1994]. Le banc ci-dessous fait vivre cette description : l'essieu de référence passe et repasse, les années s'écoulent, et chaque structure se dégrade selon son mode propre.
Banc d'essai · six structures sous le trafic, de la mise en service à la ruine
Choisissez la structure, le trafic qu'elle subit par rapport à celui de son dimensionnement, et la qualité du drainage. L'essieu de 130 kN passe sans cesse ; les années s'écoulent, sans entretien. La coupe montre la flexion sous la roue et la zone tendue ou comprimée qui commande le dimensionnement ; la vue en plan, les dégradations telles qu'on les relève ; la loupe, le mécanisme du moment ; les courbes, l'évolution de la déflexion, de l'ornière et de la fissuration. Chronologie qualitative, d'après le guide LCPC-SETRA de 1994 (partie I, § 2.2).
Banc d'essai interactif : dans le cours en ligne.
Croire que la méthode rationnelle protège de toutes les ornières. Le critère εz vise l'orniérage à grand rayon, celui du sol et des graves ; l'orniérage à petit rayon des enrobés n'a aucun critère de calcul et relève de la formulation. Sous les climats chauds de Tunisie et d'Afrique de l'Ouest, c'est souvent lui qui ruine la chaussée la première.
Trois mécanismes, trois critères : fatigue des enrobés (εt à la base des couches bitumineuses), fatigue des matériaux traités (σt à la base des couches traitées), déformation permanente des couches non liées et du sol (εz à leur sommet). Une souple est commandée par εz, une bitumineuse épaisse par εt, une semi-rigide ou une dalle de béton par σt.
2 · Le trafic
Ce qui use une chaussée
Une chaussée ne casse pas sous un camion : elle se fatigue sous des millions de camions. Chaque passage la fléchit un peu, la laisse presque intacte, et c'est l'accumulation de ces passages qui finit par fissurer l'assise ou orniérer le sol. Le dimensionnement commence donc par une question de comptage : combien de passages, et de quelle sévérité, la chaussée devra-t-elle porter pendant sa durée de service ?
Seuls les poids lourds sont comptés [NF P98-086]. La raison tient à la loi d'agressivité, détaillée plus loin : le dommage d'un essieu croît comme une puissance élevée de sa charge. Avec l'exposant 5 des chaussées bitumineuses, un essieu de voiture de 5 kN vaut 8,4 × 10−8 essieu de référence de 130 kN ; il faudrait 12 millions de passages de cet essieu pour produire le dommage d'un seul essieu lourd. Les véhicules légers usent la couche de roulement, ils ne fatiguent pas la structure.
Le chapitre suit la chaîne de calcul que tous les référentiels partagent, à des variantes près :
MJA → NPL = 365 × MJA × C → NE = NPL × CAM → classe de trafic
La MJA est le débit journalier de poids lourds sur la voie la plus chargée à la mise en service ; le facteur de cumul C traduit la croissance du trafic sur la durée de dimensionnement ; NPL est le nombre cumulé de poids lourds ; le coefficient d'agressivité moyen CAM convertit ces poids lourds en passages de l'essieu de référence ; NE est ce nombre équivalent, celui qui entre dans les lois de fatigue (chapitre 8). La classe de trafic, enfin, choisit la fiche du catalogue, le risque de calcul et parfois le CAM lui-même.
Le poids lourd et la MJA
Ce qu'est un poids lourd. La NF P98-086 retient la définition de la NF P 98-082 : un véhicule dont le poids total autorisé en charge (PTAC) dépasse 35 kN [NF P98-086]. Le catalogue français de 1977 comptait les véhicules de plus de 50 kN de charge utile ; celui de 1998 donne la passerelle NPTAC = 1,25 × NCU, valable en rase campagne seulement [catalogue 1998]. Le catalogue tunisien RevA, le catalogue sénégalais et le manuel ivoirien de 2024 reprennent le seuil de 35 kN ; le guide CEBTP compte les véhicules de plus de 3 t de poids total en charge [CEBTP 1980]. Un comptage n'a de sens qu'accompagné de sa définition.
La MJA. Le trafic de dimensionnement est le trafic moyen journalier annuel de poids lourds, exprimé par sens, sur la voie la plus chargée, à l'année de mise en service [NF P98-086]. Un comptage de quelques semaines se ramène à une moyenne journalière en divisant par le nombre de jours ; il faut alors se méfier des saisons. Sur les 50 postes du catalogue tunisien, la part des poids lourds passe de 7,4 % en automne à 11,9 % au printemps, pour une moyenne annuelle de 10,1 % [catalogue RevA]. Une étude de trafic réalisée plusieurs années avant les travaux doit aussi être recalée sur l'année réelle de mise en service.
La voie la plus chargée. Les comptages donnent un trafic par sens, ou pour les deux sens ; la chaussée, elle, se dimensionne sur sa voie la plus sollicitée. Faute de mesure par voie, la NF P98-086 propose la répartition suivante, que le catalogue tunisien RevA reprend telle quelle [NF P98-086] :
| Profil en travers | Trafic de référence | Part retenue pour la MJA |
|---|---|---|
| 2 voies, largeur < 5 m | poids lourds des deux sens | 100 % |
| 2 voies, 5 m ≤ largeur < 6 m | poids lourds des deux sens | 75 % |
| 2 voies, largeur ≥ 6 m | poids lourds des deux sens | 50 % |
| 2 × 2 voies, rase campagne | poids lourds du sens, voie lente | 90 % |
| 2 × 2 voies, péri-urbain (à défaut d'étude) | poids lourds du sens, voie lente | 75 % |
| 2 × 3 voies, rase campagne | poids lourds du sens, voie lente | 80 % |
| 2 × 3 voies, péri-urbain | poids lourds du sens, voie lente | 65 % |
Les autres référentiels raisonnent de même avec leurs propres seuils : le guide CEBTP prend le trafic des deux sens sur une route de moins de 7 m et celui du sens le plus chargé au-delà [CEBTP 1980] ; le catalogue tunisien de 1984 pondère la voie chargée par 0,7, 0,6 ou 0,5 selon la largeur ; le catalogue sénégalais retient 100 % sur une route bidirectionnelle de moins de 7 m et 90 % sur la voie lente d'une 2 × 2 voies [catalogue Sénégal 2015].
Un « TMJA » de 6 000 véhicules par jour n'est pas une MJA de dimensionnement. Il compte tous les véhicules, des deux sens ; la MJA ne compte que les poids lourds, d'un sens, sur une voie. Avec 12 % de poids lourds sur une route de 7 m, les 6 000 véhicules deviennent 360 PL/j/sens : un facteur 17 entre les deux nombres. Entrer le trafic total là où la formule attend la MJA multiplie NE par ce facteur et surdimensionne lourdement la chaussée.
Du débit au cumul : la croissance géométrique
Le trafic d'une route croît d'une année sur l'autre. L'hypothèse la plus courante est une croissance géométrique à taux constant τ : chaque année, le trafic est celui de l'année précédente multiplié par (1 + τ). Le trafic de l'année k vaut alors MJA (1 + τ)k−1, et le nombre cumulé de poids lourds sur n années est la somme d'une suite géométrique [NF P98-086] :
NPL = 365 × MJA × C avec C = [(1 + τ)n − 1] / τ
Le facteur de cumul C se lit comme un nombre d'années équivalentes : c'est la durée pendant laquelle il faudrait faire circuler le trafic de mise en service, sans croissance, pour obtenir le même cumul. Sans croissance, il vaut exactement n : la formule présente alors une forme indéterminée 0/0, dont la limite se lit sur le développement de (1 + τ)n :
(1 + τ)n = 1 + nτ + n(n − 1)τ2/2 + … ⇒ C = n + n(n − 1)τ/2 + n(n − 1)(n − 2)τ2/6 + … → n quand τ → 0
Un solveur doit traiter ce cas à part, sinon il divise zéro par zéro ; celui du cours rend n dès que |τ| < 10−12. Les ordres de grandeur se retiennent mieux que la formule : le trafic double en 14,2 ans à 5 % par an (à peu près 70/τ, τ en %), et sur 20 ans à 3 %, le cumul vaut celui de 26,9 années de trafic initial.
La durée n est la durée de dimensionnement, choix du maître d'ouvrage : 30 ans sur le réseau routier national structurant, 20 ans sur le réseau non structurant, 15 à 30 ans pour les collectivités et 10 à 20 ans en milieu urbain [NF P98-086]. Le catalogue tunisien RevA retient 10 ans pour T1 et T2, 20 ans de T3 à T5 et 30 ans de T6 à T8 [catalogue RevA] ; le catalogue sénégalais 20 ans, jamais plus de 30 [catalogue Sénégal 2015] ; le guide CEBTP une quinzaine d'années [CEBTP 1980].
NPL = 365 × MJA × C, avec C = [(1 + τ)n − 1]/τ en croissance géométrique et C = n sans croissance. C est un nombre d'années équivalentes ; il dépasse n d'autant plus que τ et n sont grands. Le taux s'écrit en fraction dans la formule : 3 % donne τ = 0,03.
Le cumul sur la durée de service
À gauche, le nombre cumulé de poids lourds année après année, en croissance géométrique et en croissance linéaire au même taux. À droite, le facteur de cumul en fonction de la durée : les deux courbes partent de la droite C = n et s'en écartent d'autant plus vite que le taux est fort. Mettre le taux à zéro pour voir la limite.
La croissance arithmétique du catalogue de 1998
L'autre hypothèse est une croissance arithmétique, ou linéaire : le trafic augmente chaque année d'une même quantité, τ fois le trafic de mise en service. Le trafic de l'année k vaut MJA [1 + (k − 1)τ] et le cumul se somme comme une suite arithmétique [NF P98-086] :
C = n [1 + (n − 1)τ/2] soit, avec les notations du catalogue, C = d + t·d·(d − 1)/2
Le développement précédent montre que c'est exactement le premier ordre de la formule géométrique : les deux hypothèses coïncident pour un faible produit nτ et la géométrique l'emporte toujours au-delà, d'un écart de l'ordre de n(n − 1)(n − 2)τ2/6. Au même taux de 5 % sur 20 ans, la croissance linéaire multiplie le trafic par 1,95 entre la première et la dernière année, la géométrique par 2,53. Un taux linéaire et un taux géométrique de même valeur ne décrivent donc pas le même avenir.
Le catalogue français de 1998 raisonne en croissance linéaire, sur la durée de son réseau : 30 ans et 5 % par an sur les voies du réseau structurant (VRS), 20 ans et 2 % sur le réseau non structurant (VRNS) [catalogue 1998]. Ses classes TCi portent sur ce cumul de poids lourds, et ses 52 fiches ont été calculées ainsi : pour retrouver la classe d'un projet, il faut refaire le cumul linéaire du catalogue, même si l'étude de trafic du projet est géométrique. Le guide CEBTP donne les deux formules [CEBTP 1980] ; le catalogue sénégalais aussi, avec des taux usuels de 3 à 7 % en géométrique [catalogue Sénégal 2015] ; le manuel ivoirien de 2024 retient par défaut 5 % linéaire [LBTP 2024] ; le catalogue tunisien RevA, faute de toute donnée, une croissance arithmétique de 5 % [catalogue RevA].
Lire la formule, pas son intitulé. Le fascicule 1 du catalogue tunisien RevA écrit C = n[1 + (n − 1)t/2] sous l'étiquette « géométrique » et [(1 + t)n − 1]/t sous l'étiquette « arithmétique » : les intitulés sont intervertis. La forme en puissance n est la géométrique, la forme polynomiale l'arithmétique. Le facteur de cumul doit aussi rester cohérent avec la référence qu'on consulte : la classe TCi du catalogue de 1998 se cherche avec son cumul linéaire, le NE d'un calcul rationnel avec l'hypothèse de l'étude de trafic.
Croissance variable : les sous-périodes
Un taux constant sur 20 ou 30 ans est une commodité. L'ouverture d'un port, d'une mine ou d'une zone industrielle, une déviation qui ramène du trafic, la saturation d'un axe ou la mise en service d'une route concurrente changent la pente en cours de vie. La NF P98-086 découpe alors la durée en autant de sous-périodes que de taux, chacune cumulée avec sa propre formule, et précise que la MJA au début de chaque période se déduit de celle de la période précédente ; les NPL partiels s'additionnent [NF P98-086]. Le catalogue tunisien RevA dit la même chose [catalogue RevA].
MJAk+1 = MJAk (1 + τk)nk ; NPL = Σk 365 × MJAk × C(τk, nk)
Ce chaînage est tout l'enjeu. Repartir de la MJA initiale au début de chaque période revient à faire disparaître d'un coup la croissance acquise ; prendre un taux moyen pondéré par les durées ne donne pas non plus le bon cumul, parce que la somme d'exponentielles n'est pas l'exponentielle de la moyenne. Une forte croissance placée en début de vie pèse plus qu'en fin de vie : elle relève tout le trafic des années suivantes.
Trois sous-périodes chaînées
Le trafic journalier année par année : chaîné comme le veut la norme (trait plein), au taux constant qui mène au même trafic final (tirets), et repartant à tort de la MJA initiale à chaque période (pointillés). Mettre une durée à zéro pour n'avoir que deux périodes ; un taux négatif décrit une baisse de trafic.
L'agressivité d'un essieu : une loi en puissance
Tous les poids lourds n'abîment pas autant : un porteur vide et une semi-remorque chargée n'ont rien de commun. Pour les additionner, on les convertit en passages d'un essieu de référence. La NF P98-086 retient l'essieu simple à roues jumelées de 130 kN, représenté par deux disques de 0,125 m de rayon à 0,662 MPa (chapitre 7), et définit [NF P98-086] :
- l'agressivité A d'un essieu de charge P : le dommage de fatigue que cause son passage, rapporté à celui d'un passage de l'essieu de référence ;
- l'agressivité d'un poids lourd : la somme des agressivités de ses essieux ;
- le coefficient d'agressivité moyen CAM d'un trafic : la somme des agressivités de ses poids lourds, divisée par leur nombre.
L'agressivité d'un essieu suit une loi en puissance de sa charge, avec un coefficient K qui dépend du type d'essieu (simple, tandem, tridem) et un exposant α qui dépend de la structure :
A = K (P / P0)α avec P0 = 130 kN ; CAM = (1/NPL) Σi Σj Kj nij (Pi/P0)α
où nij est le nombre d'essieux élémentaires de type j et de charge Pi relevés sur NPL poids lourds [catalogue Sénégal 2015]. L'idée vient des essais routiers AASHO, à la fin des années 1950, qui ont popularisé la « loi de la puissance quatre » ; le guide CEBTP la reprend sous la forme de l'équivalence de Liddle, rapportée à un essieu de 8,2 t [CEBTP 1980].
Pourquoi l'exposant dépend de la structure. En élasticité linéaire, la déformation sous un essieu croît à peu près comme sa charge. La loi de fatigue d'un matériau donne un nombre de cycles admissible N proportionnel à ε1/b, de pente b (chapitre 4) ; le dommage d'un passage, 1/N, varie donc comme P−1/b, et l'exposant d'agressivité est celui de la loi de fatigue. Pour les enrobés de la NF P98-086, −1/b = 5 ; pour une grave-ciment, 15 ; pour le critère du sol, 1/0,222 = 4,5. Une assise traitée aux liants hydrauliques, dont la loi de fatigue est très plate, est donc beaucoup plus sensible aux essieux lourds qu'une assise bitumineuse.
| Référentiel | Loi d'agressivité | Exposant α | Coefficient K (simple · tandem · tridem) |
|---|---|---|---|
| FR NF P98-086 | procédure de la NF P 98-082, A = K (P/130)α ; la norme donne des CAM indicatifs (annexe C) | renvoi à la NF P 98-082 | renvoi à la NF P 98-082 |
| TN catalogue RevA | dommage de chaque essieu pesé calculé par la méthode elle-même, d = 1/N, sur 50 postes de pesage | implicite (lois de fatigue) | — |
| SN catalogue 2015, annexe G | A = K (P/130)α ; essieu isolé s'il est à plus de 2 m du plus proche | 5 souples et bitumineuses ; 11 latérite traitée ; 12 semi-rigides et béton | 1 · 0,75 · 1,1 (bitumineux) ; 1 · 12 · 113 (latérite traitée, semi-rigide, béton) |
| CI LBTP 1977 | (P/8,2 t)4, essieu de référence de 8,2 t | 4 | — |
| TR guide CEBTP 1980 | équivalence de Liddle, c = (P/8,2 t)α | 4 souples ; 4 à 8 rigides ; 8 béton | chaque élément d'un tandem ou d'un tridem compté comme un essieu simple |
| TR manuel de renforcement 1985 | Ne = Σ (Pi/Pref)α, essieu de 13 t | 4 souples ; 6 latérite-ciment ; 8 semi-rigides | — |
Le catalogue sénégalais relève que la littérature donne 3, 4 ou 4,5 pour les chaussées souples, 6 pour les latérites traitées, 6 ou 8 pour les semi-rigides, et retient des valeurs cohérentes avec les pentes de ses lois de fatigue ; pour le béton, 12 plutôt que la pente de 16, parce que les joints atténuent la superposition des essieux d'un groupe [catalogue Sénégal 2015].
Les surcharges. La pente de la loi fait des essieux surchargés le premier facteur d'usure. Un essieu de 150 kN fait le dommage de 2,0 essieux de référence avec α = 5, de 5,6 avec α = 12. Les pesages du catalogue tunisien ont trouvé 73 % de camions surchargés [catalogue RevA] ; le catalogue a choisi d'écrêter les charges à la limite réglementaire pour calculer ses CAM, de majorer de 4 cm les assises traitées aux liants hydrauliques, très sensibles aux surcharges, et de lier son application à une politique de contrôle des charges.
Changer d'essieu de référence. Les référentiels anciens comptent en essieux de 8,2 t (18 000 livres, l'essieu américain). Avec α = 4, un essieu de 13 t vaut (13/8,2)4 = 6,3 essieux de 8,2 t. Le catalogue tunisien de 1984 donnait 1 poids lourd ≈ 0,36 essieu de 13 t ≈ 2,4 essieux de 8,15 t : la conversion par la puissance quatre donne bien 0,36 × (13/8,15)4 = 2,3.
Un nombre d'essieux équivalents n'a de sens qu'avec son essieu de référence et son exposant. Un NE en essieux de 8,2 t est environ six fois plus grand que le même trafic en essieux de 13 t ; l'injecter dans la loi de fatigue de la NF P98-086, calée sur 130 kN, surdimensionne lourdement. Inversement, un CAM calculé avec α = 4 sous-estime l'agressivité vue par une grave-ciment.
Agressivité d'un essieu et CAM d'un pesage
En haut, l'agressivité d'un essieu simple selon sa charge. En dessous, un histogramme de pesage simplifié : nombre d'essieux simples relevés dans chaque classe de charge pour l'échantillon de poids lourds pesés. La figure compare la part des essieux et la part du dommage de chaque classe ; le tableau donne le CAM pour trois exposants, et ce qu'il devient si les essieux de 160 kN étaient ramenés à 130 kN.
Le CAM par famille de matériaux
Puisque l'exposant dépend du matériau, un même trafic n'a pas la même agressivité pour toutes les couches : il y a un CAM par famille, et donc un NE par famille. Les référentiels distinguent trois familles : les matériaux bitumineux (critère εt), les matériaux traités aux liants hydrauliques et les bétons (critère σt), les sols et graves non traitées (critère εz). Le CAM dépend aussi de la composition du trafic : une route lourde porte plus de semi-remorques chargées, et son CAM est plus élevé. C'est pourquoi la NF P98-086 le fait croître avec la classe de trafic.
NEfamille = NPL × CAMfamille
Faute de pesage, chaque référentiel propose des valeurs. Le tableau ci-dessous est lu directement dans les profils de calcul du cours (les mêmes que ceux du bureau de calcul) ; une valeur marquée « à confirmer » est une proposition d'ordre de grandeur, non une valeur tabulée.
France
NF P98-086, annexe C : sur chaussée autoroutière (T2 à TEX), 0,8 en bitumineux, 1,3 en traités et béton, 1 en sol et GNT ; sur chaussée non autoroutière, de 0,3 (T5) à 0,5 (T2 à T0) en bitumineux, de 0,4 à 0,8 en traités, de 0,4 à 1 en sol ; en milieu urbain, de 0,1 à 0,4 selon la voie, jusqu'à 1 sur un giratoire [NF P98-086]. Le catalogue de 1998 donne 0,8 / 1,3 sur VRS et 0,5 / 0,8 sur VRNS, et un CAM propre à la vérification de la plate-forme : 0,5 en TC2, 0,75 en TC3, 1 au-delà [catalogue 1998].
Tunisie
Le catalogue RevA tire ses CAM de pesages sur 50 postes, surcharges écrêtées : 0,2 à 0,4 en bitumineux et 0,3 à 0,6 en sol selon la classe, 0,2 en traités et béton pour toutes les classes, compensé par 4 cm d'assise en plus [catalogue RevA]. La note de 2017 reprenait les valeurs de la NF P98-086 ; le catalogue de 1984 comptait 0,36 essieu de 13 t par poids lourd.
Sénégal
Pas de table : le CAM se calcule sur une campagne de pesage avec la loi A = K (P/130)α. L'exemple du catalogue, onze camions, donne 0,90 pour une chaussée souple, 11,4 pour une latérite traitée et 10,4 pour une grave-ciment ou un béton [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Le manuel de 2024 prend CAM = 1 sur les routes nationales, 1,5 sur les autoroutes, les routes communautaires UEMOA et les nationales de plus de 200 PL/j/sens [LBTP 2024]. Le catalogue de 1977 convertissait le trafic en essieux de 8,2 t par la puissance quatre.
Pays tropicaux
Le guide CEBTP ne tabule pas de CAM : il donne l'équivalence de Liddle et des abaques de facteur d'équivalence par véhicule, à appliquer aux comptages et pesages du pays [CEBTP 1980].
Un CAM élevé pour les matériaux traités n'implique pas à lui seul une assise plus épaisse : il va de pair avec une loi de fatigue très plate. Multiplier NE par 10 ne réduit la contrainte admissible d'une grave-ciment que d'un facteur 10b = 0,86, contre 0,63 pour la déformation admissible d'une grave-bitume. L'exposant et la pente se compensent en partie ; c'est leur couple qui compte.
Le CAM est lié à la définition du poids lourd. Le manuel autoroutier de 2005 donne, pour la même structure GB/GB, 0,8 si l'on compte les poids lourds de plus de 50 kN de charge utile, 0,65 si l'on compte ceux de plus de 35 kN de PTAC : on compte plus de véhicules, chacun en moyenne moins agressif. Prendre le CAM d'un référentiel et la loi de fatigue d'un autre, ou le CAM d'une définition et le comptage de l'autre, fausse NE sans que rien ne le signale.
A = K (P/130)α ; l'exposant α est celui de la loi de fatigue du matériau : environ 5 pour les bitumineux, 12 et plus pour les traités aux liants hydrauliques. Le CAM est l'agressivité moyenne d'un poids lourd ; il dépend du matériau et du trafic, d'où un NE par famille. Une surcharge de 15 % double le dommage d'un essieu en structure bitumineuse.
Les classes de trafic des référentiels
Les catalogues ne se lisent pas avec un NE mais avec une classe : une plage de trafic à laquelle correspondent une fiche de structure, un risque de calcul (chapitre 8), parfois un CAM, des épaisseurs minimales et des limites d'emploi des matériaux. Toute la difficulté est que les référentiels ne classent pas la même grandeur :
- le débit journalier de poids lourds à la mise en service : la NF P98-086 (classes T5 à TEX), le catalogue sénégalais (T5 à TEX), le catalogue tunisien de 1984 (T5 à T1) ;
- le cumul de poids lourds sur la durée : le catalogue français de 1998 (TC1 à TC8, indicés par la durée, 20 ou 30 ans), le catalogue tunisien RevA (T1 à T8) ;
- le cumul d'essieux équivalents NE : le catalogue sénégalais (C1 à C8), le manuel ivoirien de 2024 (TC1⁻ à TC6⁺) ;
- le trafic total en véhicules par jour, deux sens et toutes catégories, moyen sur la durée de vie : le guide CEBTP et le catalogue LBTP de 1977 (T1 à T5), qui proposent aussi une échelle en poids lourds cumulés sur 15 ans (T1 < 5·105, T2 < 1,5·106, T3 < 4·106, T4 < 107, T5 < 2·107) [CEBTP 1980].
Les classes journalières de la NF P98-086 sont définies sur la MJA, avec pour chacune une moyenne géométrique Mg : quand on ne connaît le trafic que par sa classe, c'est Mg qu'on cumule [NF P98-086].
Le tableau suivant rassemble les échelles des cinq référentiels, telles que les codent leurs profils de calcul.
Les mêmes noms désignent des choses différentes. « T1 » est la classe la plus légère du guide CEBTP (moins de 300 véhicules par jour), la plus lourde du catalogue tunisien de 1984 (600 à 1 200 PL/j), une classe de cumul (moins de 100 000 poids lourds) dans le catalogue tunisien RevA, et une classe de débit (300 à 750 PL/j/sens) dans la NF P98-086. Une classe se cite toujours avec son référentiel. De même, les classes de l'application pour la France sont celles du manuel autoroutier de 2005 (t4⁻ à tex⁺), comptées en poids lourds de plus de 50 kN de charge utile : à MJA égale, il faut diviser par 1,25 le nombre de poids lourds au sens du PTAC avant de les y chercher.
Exemple — Une route nationale, du comptage aux classes
- Comptage : 6 000 véhicules par jour, deux sens, dont 12 % de poids lourds, sur une route bidirectionnelle de 7 m. Poids lourds des deux sens : 720 PL/j ; largeur ≥ 6 m, la voie la plus chargée en porte 50 % : MJA = 360 PL/j/sens, classe T1− de la NF P98-086.
- Croissance géométrique de 3 % sur 20 ans : C = (1,0320 − 1)/0,03 = 26,87 ; NPL = 365 × 360 × C = 3,53 millions de poids lourds.
- En croissance linéaire au même taux, C = 20 × (1 + 19 × 0,03/2) = 25,7 et NPL = 3,38 millions (−4,4 %) : sur le réseau non structurant, c'est la classe TC5₂₀ du catalogue de 1998.
- Route non autoroutière en classe T1− : la NF P98-086 propose CAM = 0,5 en bitumineux, 0,8 en traités, 1 en sol. D'où NE = 1,77, 2,82 et 3,53 millions d'essieux de 130 kN.
- Le même trafic ailleurs. En Tunisie, NPL le range en T5 du catalogue RevA, dont le CAM bitumineux vaut 0,2 : NE = 0,71 million. Au Sénégal, avec le CAM proposé de 0,9, NE = 3,18 millions, classe C5. En Côte d'Ivoire, la route porte plus de 200 PL/j/sens : CAM = 1,5, NE = 5,30 millions, classe TC4-.
Un même trafic physique donne des NE dans un rapport de 1 à 7,5 selon le référentiel. Ce n'est pas une incohérence : chaque CAM va avec ses lois de fatigue, ses pesages et sa politique de charge. C'est une raison de plus pour ne jamais mélanger les systèmes.
Mon trafic dans les cinq référentiels
Un trafic, sept profils de calcul. Le NPL est cumulé en croissance géométrique ; chaque profil classe ensuite le trafic sur sa propre grandeur et applique ses CAM — ceux de la classe quand le référentiel les tabule par classe (NF P98-086, catalogues français de 1998 et tunisien RevA, manuel ivoirien), sinon ceux que propose le profil de calcul, rappelés en note quand ils diffèrent. La figure place le projet sur les échelles cumulées : poids lourds cumulés en linéaire pour le catalogue français, NPL pour la Tunisie, NE pour le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Pour les classes tropicales en véhicules par jour, le débit moyen de poids lourds sur la durée est ramené aux deux sens et divisé par la part de poids lourds.
La MJA compte les poids lourds d'un sens sur la voie la plus chargée, à la mise en service. NPL = 365 × MJA × C, le facteur C traduisant la croissance — géométrique dans la NF P98-086, linéaire dans le catalogue de 1998 —, chaînée d'une sous-période à l'autre. NE = NPL × CAM, un CAM par famille de matériaux, lié à l'essieu de référence et à la définition du poids lourd. Les classes de trafic ne classent pas la même grandeur d'un référentiel à l'autre : débit, poids lourds cumulés, essieux équivalents ou véhicules par jour.
3 · Le sol support et la plateforme
Pourquoi le sol commande la chaussée
Une chaussée ne porte pas les poids lourds : elle étale leur charge jusqu'au sol, et c'est lui qui la porte. Le sol entre trois fois dans le dimensionnement. Par sa portance d'abord : dans le modèle de Burmister, la plate-forme est la couche semi-infinie, et son module règle toute la répartition — sur un support mou, l'assise fléchit davantage, la traction à sa base croît, et la déformation verticale au sommet du sol aussi. Par sa sensibilité à l'eau ensuite : un limon qui porte les engins à l'état sec devient impraticable avec quelques points de teneur en eau de plus, et c'est sur la portance des mauvais jours, des années après la mise en service, qu'il faut compter. Par ses déformations permanentes enfin : chaque essieu laisse au sol une petite déformation irréversible, dont le cumul produit l'orniérage à grand rayon (chapitre 1). La méthode rationnelle les tient par un critère unique, la déformation verticale au sommet de la plate-forme [NF P98-086] :
εz ≤ εz,adm = A · NE−0,222
avec A = 12 000 µdéf pour les trafics moyens et forts et 16 000 µdéf pour les faibles trafics (chapitre 8). Le module du support pèse aussi sur les couches liées, par le coefficient ks qui réduit l'admissible d'une couche liée posée sur un support peu portant : 1/1,2 sous 50 MPa, 1/1,1 de 50 à 80 MPa, 1/1,065 de 80 à 120 MPa, 1 au-delà. Il fixe enfin le module des graves non traitées compactées dessus (chapitre 4).
Le géotechnicien ne livre donc pas « un sol », mais une classe de plate-forme et son module de calcul, au bout d'une chaîne que ce chapitre déroule : classer le sol, en déduire le cas de partie supérieure des terrassements (PST) et la portance de son arase, choisir la couche de forme qui fabrique la plate-forme.
Le module de la plate-forme ne se mesure pas le jour du chantier : il se déduit d'une classe de portance à long terme, dont on retient la limite basse — 20, 50, 80, 120 ou 200 MPa pour PF1, PF2, PF2qs, PF3 et PF4. C'est l'hypothèse la plus lourde du calcul : une classe de trop, et toute la structure est sous-dimensionnée.
Identifier un sol : nature, comportement, état
Le Guide des terrassements des remblais et des couches de forme (GTR), publié par l'IDRRIM et le Cerema, a été entièrement refondu en 2024, en deux fascicules — principes généraux et annexes techniques [GTR 2024]. Il remplace le GTR de 1992, réédité en 2000, qui reposait sur la classification de la NF P11-300, et aligne la sienne sur la norme européenne NF EN 16907-2. Les lettres changent — F, I, S, G, VC au lieu de A, B, C, D —, l'esprit demeure : prévoir, avec des essais simples, rapides et répétables, comment un sol se comportera quand on le terrasse, qu'on le compacte et qu'on circule dessus. Les essais portent sur la fraction 0/63 mm et se rangent en trois familles : la nature — granularité et argilosité —, qui ne varie pas ; le comportement mécanique, résistance des grains à l'attrition, qui ne sert qu'à juger les sables et graves de couche de forme ; l'état hydrique, teneur en eau du moment, qui change avec la saison et sépare un sol traficable d'un bourbier.
| Paramètre | Ce qu'il mesure | Seuils du GTR 2024 |
|---|---|---|
| Dmax (≈ D95) | plus grands éléments du sol | 63 mm : sols F, I, S, G ou sols blocailleux VC |
| Lmax | plus gros blocs après extraction | 250 mm : blocs rocheux ou sols ; dimension maximale en couche de forme non traitée |
| Tamisat à 63 µm | part des fines | 35 % (sols fins), 15 % (sols intermédiaires), 5 % ; 10 et 12 % pour l'insensibilité à l'eau |
| Fractions 0,063/2 et 2/63 mm | sable ou gravier dominant | la plus grande l'emporte ; tamisat à 2 mm de 70 % pour les états hydriques des sables |
| Cu = D60/D10 | étalement de la granulométrie | 6 : étalée au-delà, uniforme en deçà ; à défaut, D60 = 400 µm si les fines font 10 à 15 % |
| VBS | quantité et activité de la fraction argileuse (bleu de méthylène) | 0,1 · 0,2 · 1,5 · 2,5 · 6 · 8 |
| Ip = wL − wP | plasticité | 12 · 22 · 40 · 55 |
| LA, MDE ; FS | résistance des grains aux chocs et à l'usure ; friabilité des sables | 45 ; 60 |
| wn/wOPN, Ic, IPI | état hydrique | propres à chaque classe (tableau plus bas) |
| CBRi | portance après 4 jours d'immersion | 20, pour établir l'insensibilité à l'eau |
La granularité dit d'abord qui commande. Au-delà de 35 % de passant à 63 µm, les gros grains flottent dans les fines et le sol se comporte comme elles : c'est un sol fin. Sous 15 %, c'est le squelette qui porte ; on regarde alors si le sable ou le gravier domine, puis si la granulométrie est étalée — elle se compacte bien, les petits grains comblant les vides des gros — ou uniforme. Entre les deux, les sols intermédiaires mêlent les deux comportements. L'argilosité se mesure par la valeur de bleu VBS, quantité de bleu de méthylène que les argiles du sol adsorbent, ou par l'indice de plasticité Ip. Les deux ne s'équivalent pas : la VBS est à privilégier pour les sols peu argileux — limons F1, sols intermédiaires, sables et graves —, où les limites d'Atterberg se mesurent mal ; l'Ip pour les sols moyennement à très argileux [GTR 2024].
L'état hydrique se décline en cinq états, du plus sec au plus humide : ts très sec, où le réemploi en l'état est en général impossible ; s sec, qui demande arrosage ou surcompactage ; m moyen, proche de l'optimum Proctor, l'état idéal des terrassements ; h humide, où la circulation devient difficile ; th très humide, au-delà de la teneur en eau qui permet encore de circuler et de densifier. Trois paramètres le mesurent, chacun dans son domaine :
- le rapport wn/wOPN de la teneur en eau naturelle à celle de l'optimum Proctor normal, le plus fiable pour les états (s) et (ts) ;
- l'indice de consistance Ic, mesuré sur la fraction 0/400 µm, qui couvre les cinq états mais ne vaut que pour les sols fins moyennement à très argileux ;
- l'indice portant immédiat IPI, poinçonnement de type CBR sans surcharge ni immersion : il dit si les engins passeront, et c'est le paramètre des états (h) et (th) ; il perd son sens dans les états secs.
Ic = (wL − wn) / Ip
Les trois ne se correspondent pas exactement : un F1 humide peut avoir wn entre 1,1 et 1,25 wOPN sans que son IPI tombe entre 3 et 8. Le calculateur du chapitre lit l'IPI d'abord, puis Ic, puis wn/wOPN.
Comparer les fines d'une étude ancienne à celles d'une étude récente. Le GTR de 2000 les mesurait au tamis de 80 µm, celui de 2024 au tamis de 63 µm : à sol égal, le passant à 63 µm est plus faible. Les « 12 % de fines » d'une étude de 2005 et ceux d'une étude de 2025 ne désignent pas le même sol, et les seuils qui les classent ont eux aussi bougé (plus bas).
L'arbre de classification du GTR 2024
Le synoptique du guide se lit comme un arbre de décision [GTR 2024]. Chaque nœud pose une question à un essai ; le sol descend jusqu'à une feuille qui porte sa classe de nature, puis reçoit sa sous-classe mécanique et son état hydrique.
- Dmax > 63 mm ? Classe VC : VC2 si la fraction 0/63 mm dépasse 60 à 80 % du sol — elle commande alors —, VC1 en deçà, matériau très charpenté. Entre 60 et 80 %, le géotechnicien tranche selon l'angularité et la continuité de la granulométrie. Le symbole est double : VC2150S3h est un sol de Dmax 150 mm dont la fraction 0/63 mm est un S3 humide.
- Plus de 35 % de fines ? Sol fin F, sous-classé par l'Ip ou, à défaut, par la VBS. La classe F4+ (Ip > 55) est nouvelle : hors étude spécifique, ces argiles ne vont qu'en remblai de faible hauteur.
- De 15 à 35 % ? Sol intermédiaire I : I1 très silteux, I2 argileux.
- 15 % ou moins ? Sableux S ou graveleux G selon la fraction dominante ; les fines séparent les sols propres (indices 1 et 2) des sols silteux ou argileux (3 et 4), Cu l'étalé (1 et 3) de l'uniforme (2 et 4).
- Sous-classe mécanique des sables et des graves : un second chiffre, 1 si les grains résistent, 2 sinon. Un G31 a des grains durs ; un G32 produira des fines sous le trafic de chantier.
- Insensible à l'eau ? Un sable ou une grave propres et peu argileux prennent le suffixe ins (S21ins) ; les autres reçoivent leur état hydrique (F1h, G31m).
Les seuils d'état hydrique sont propres à chaque classe ; ceux des sables dépendent en outre de leur tamisat à 2 mm. Pour une classe et un paramètre donnés, l'état est le premier dont le seuil est franchi en lisant de th vers ts : au-delà du dernier seuil d'Ic, ou en deçà du dernier seuil de wn/wOPN, le sol est très sec ; au-delà du seuil (m) de l'IPI, l'IPI ne tranche plus et l'on passe à un autre paramètre.
L'insensibilité à l'eau ne se décrète pas, elle se mesure. Un sable est insensible si ses fines ne dépassent pas 5 % avec une VBS inférieure à 0,2, ou 5 à 10 % avec une VBS inférieure à 0,1, ou encore si, avec une VBS inférieure à 0,1 et moins de 12 % de fines, son CBR après immersion dépasse 20. Une grave l'est par les deux premières règles, ou avec 5 à 10 % de fines, une VBS de 0,1 à 0,2 et un CBRi supérieur à 20, ou avec 10 à 12 % de fines, une VBS inférieure à 0,1 et le même CBRi [GTR 2024]. Un sol fin ou intermédiaire n'est jamais insensible à l'eau. C'est le suffixe « ins » qui ouvre les cas de PST les plus favorables — PST5 pour les sables, PST6 pour les graves —, ceux où la couche de forme peut se réduire à une couche de réglage.
Roches, craies et autres matériaux
Les matériaux rocheux se classent d'abord sur leur nature pétrographique — craies CH, calcaires Li, roches argileuses Cl, grès Sa, conglomérats Co, roches salines SR, magmatiques Vo, métamorphiques Me —, puis sur leurs essais (LA, MDE, ρd, fragmentabilité, dégradabilité). Le chiffre dit la résistance, de R1 extrêmement dure à R5 fragmentable : « R3 Li » est un calcaire dur. Une roche dure extraite en blocs de 250 mm au plus se classe avec les sols grossiers [GTR 2024].
Au-delà de 2 % de matières organiques, un sol sort de la classification ordinaire : O1 de 2 à 6 %, O2 de 6 à 20 %, O3 — la tourbe — au-delà ; seul le O1 reste admis en couche de forme. Les matériaux alternatifs — AN naturels, AM élaborés comme les mâchefers, AR recyclés — ont leurs propres classes et ne s'emploient qu'après examen de leur acceptabilité environnementale.
Classer un sol selon le GTR 2024
Saisir les essais — case vide : essai non réalisé, jamais zéro — ou charger un exemple. L'arbre s'allume sur le chemin suivi ; dessous, chaque étape et ses comparaisons (✓ vraie, ✗ fausse). Le sol est ensuite jugé en couche de forme non traitée (couches de 35 cm) et selon l'annexe 3 pour le temps choisi. Le calculateur suivant le prend comme sol de PST.
Du GTR 2000 au GTR 2024
Les études géotechniques antérieures à 2024, et plusieurs catalogues étrangers, parlent encore la langue de la NF P11-300 : A1 à A4 pour les sols fins, B1 à B6 pour les sables et graves plus ou moins argileux, C pour les blocailleux, D pour les insensibles à l'eau, R pour les roches. Le catalogue sénégalais décrit ainsi ses sols de plate-forme comme des sables et latérites B1, B2, B5 ou B6 [catalogue Sénégal 2015]. Relire ces documents impose de connaître les six changements de la refonte :
La correspondance n'est pas bijective : un ancien code mène souvent à plusieurs classes 2024, que seul un essai supplémentaire départage — le plus souvent le Cu, qu'aucune étude antérieure ne fournit [GTR 2024].
Lire un « R3 » ancien avec les yeux de 2024. En 2000, le chiffre des roches désignait leur nature ; en 2024, il désigne leur résistance, et c'est la lettre qui porte la nature. Le R3 d'une étude de 2000 est une marne ou une argilite ; le R3 d'aujourd'hui est une roche dure. Même inversion, plus discrète, pour les blocailleux : le C2 très charpenté devient VC1, le C1 devient VC2.
Conditions d'emploi : le sol et le temps qu'il fait
Une classe dit aussi ce qu'on peut faire d'un sol, et à quelles conditions — qui dépendent du temps qu'il fait le jour de la mise en œuvre. Le GTR en distingue quatre situations : ++ pluie forte, qui accroît la teneur en eau de façon brutale et imprévisible ; + pluie faible, qui l'accroît lentement ; = ni pluie ni évaporation importante ; − évaporation importante. Ce ne sont pas des hauteurs de pluie : c'est au géotechnicien du chantier de qualifier la situation [GTR 2024].
Pour chaque classe et chaque situation, l'annexe 3 du fascicule 2 donne la conduite à tenir en couche de forme sous la forme d'un code à quatre chiffres GWTS : action sur la granularité (G), sur la teneur en eau (W), traitement (T), protection superficielle (S). 0000 signifie « utilisation en l'état », NON « mise en œuvre impossible ». Quelques lignes suffisent à en saisir la logique :
- les limons et argiles peu plastiques F1 et F2 ne s'emploient que traités au liant hydraulique, éventuellement associé à la chaux, et jamais sous la pluie : leur portance varie brutalement pour de faibles écarts de teneur en eau ;
- les argiles F3 sont refusées aux deux bouts de l'échelle — sous pluie forte, et par forte évaporation, parce qu'un sol plastique et sec ne s'humidifie pas de façon homogène ; les F4 sont normalement inutilisables en couche de forme ;
- les sables propres à grains résistants (S…1ins) tiennent en l'état jusqu'à la pluie faible ; les graves propres et dures (G…1ins) s'emploient en l'état même sous pluie forte, comme les roches dures, moyennant pour celles-ci l'élimination des blocs qui gêneraient le réglage.
Le compactage n'entre pas dans le code : en couche de forme, il est toujours poussé à la qualité q3. L'emploi en remblai relève de l'annexe 2.
La partie supérieure des terrassements et l'arase
La PST est le mètre supérieur environ des terrains en place (déblai) ou rapportés (remblai) ; sa surface est l'arase. Le GTR distingue deux horizons [GTR 2024] : à court terme, pendant les travaux, la portance dépend de la saison et conditionne la circulation des engins ; à long terme, c'est la valeur minimale escomptable sur la durée de service, après infiltrations et remontées de nappe. Elle seule qualifie les arases et les plates-formes, elle seule sert au dimensionnement.
Le cas de PST croise la classe du sol, son état hydrique et son contexte hydraulique. Le tableau 17 du fascicule 1 en distingue sept :
Quatre bascules commandent le classement :
- l'état hydrique : très humide (th), un sol sensible à l'eau fait une PST0, à reclasser par drainage, purge, substitution ou traitement avant toute couche de forme ; humide (h), une PST1, qui n'accepte qu'une couche de forme granulaire épaisse, posée sur 15 à 20 MPa ;
- la nappe : à l'état moyen ou sec, le risque de remontée de nappe sépare la PST2 de la PST3 ; un rabattement et un drainage des eaux d'infiltration font passer de l'une à l'autre — sauf pour les argiles F3 et F4, qui restent en PST2 ;
- le traitement : stabiliser le sol à la chaux ou aux liants hydrauliques sur 0,35 m au moins (0,70 m, en deux couches, depuis une PST1) donne une PST4 ; un traitement de simple amélioration, qui ne vise que la traficabilité, ne la donne pas ;
- l'insensibilité à l'eau : les sables (PST5) et les graves ou roches (PST6) insensibles gardent à long terme la portance mesurée à court terme.
Le GTR 2024 n'a que quatre classes d'arase, définies par leur portance à long terme : AR0, portance quasi nulle ; AR1, 20 MPa ; AR2, 50 MPa ; AR3, 120 MPa. Une PST3 n'atteint l'AR2 qu'à l'état moyen, avec un drainage à la base de la chaussée et une imperméabilisation de l'arase — ce que les sols fins ne permettent en général pas ; à l'état sec, elle reste en AR1. Les PST5 et PST6 visent l'AR3 quand une mesure de portance le justifie. Les barèmes par le CBR, plus loin, ajoutent des classes intermédiaires : AR2qs TN SN, jusqu'à AR5 CI.
Mesurer 60 MPa à la plaque sur une arase d'argile, un jour sec de juillet, et classer AR2. Sur un sol sensible à l'eau, la portance de chantier n'engage en rien celle de l'hiver suivant : c'est le cas de PST — nature du sol, état, drainage — qui fixe l'arase. Le guide le rappelle à sa façon : une arase AR2 ne répond pas forcément aux caractéristiques d'une plate-forme PF2.
La couche de forme
La couche de forme a des rôles de chantier — circulation des engins par presque tous les temps, réglage précis, protection de l'arase — et des rôles de service : homogénéiser la portance, la garantir à long terme, contribuer à la protection contre le gel. Son matériau doit donc être insensible à l'eau, naturellement ou par traitement.
Le guide technique LCPC-SETRA de 1994 la décrit comme une couche de transition à double fonction [guide LCPC-SETRA 1994]. Pendant les travaux, elle protège le sol support, établit une qualité de nivellement et porte les engins qui approvisionnent et construisent la chaussée ; la plate-forme doit alors offrir une traficabilité (IPI ≥ 35 pour un sol sans cohésion non traité), un nivellement à ± 3 cm de la ligne rouge (± 2 cm sur autoroute) et assez de raideur pour qu'on y compacte la couche de fondation : EV2 ≥ 50 MPa, ou déflexion inférieure à 2 mm sous l'essieu de 130 kN (80 MPa et 1,5 mm sur autoroute). En service, elle rend plus homogène et améliore la portance dispersée du sol, la maintient dans le temps, contribue au drainage et protège le sol gélif : h cm de matériau non gélif apportent une protection thermique Qng = An h²/(h + 10), qui s'ajoute à la quantité de gel Qg que le sol tolère. Quand le sol a lui-même ces qualités, elle se réduit à une couche de réglage, voire disparaît. Le banc suivant met ces fonctions à l'épreuve, côte à côte, sur une arase nue et sur la même arase couverte.
Banc d'essai · le rôle de la couche de forme, du chantier à dix ans de service
Deux plates-formes sur le même sol support : en haut l'arase nue, en bas la même arase sous la couche de forme. La pluie tombe sur le chantier, les camions approvisionnent la couche de fondation, la niveleuse règle la plate-forme, un camion de 13 t à l'essieu relève la déflexion tous les 25 m, le rouleau compacte la grave, un hiver gèle le sol, puis dix ans de saisons humides et sèches passent. Afficheurs, loupe et courbes suivent chaque phase ; le bilan confronte les deux plates-formes aux fonctions du guide de 1994. Changez le sol, la couche de forme, son épaisseur, le temps pendant les travaux ou l'hiver, puis relancez.
Banc d'essai interactif : dans le cours en ligne.
Couche de forme non traitée
Les tableaux 20 et 21 du fascicule 1 donnent l'épaisseur de matériau granulaire qui, posée sur un couple (cas de PST, arase), produit une classe de plate-forme. Le tableau 20, aux règles sécuritaires, vaut pour un matériau non connu ; le tableau 21, d'optimisation, pour un matériau connu par des retours d'expérience ou une planche d'essai [GTR 2024].
Trois corrections s'y appliquent. Sur un sol sensible à l'eau et humide, un géotextile de séparation et de filtration, qui préserve le granulaire des fines du sol, réduit l'épaisseur de 10 cm. Ces épaisseurs valent pour un trafic de chantier courant : au-delà, on les majore de 10 à 20 cm. Enfin, quand le sol de PST a lui-même, étude à l'appui, les qualités d'un matériau de couche de forme, celle-ci se réduit à une couche de réglage de 10 à 15 cm de grave non traitée de D ≤ 31,5 mm. Les règles sécuritaires ne garantissent jamais une PF3 en granulaire, et certains matériaux ne l'atteignent pas sans traitement.
Couche de forme traitée
Traité à la chaux ou aux liants hydrauliques, le matériau devient insensible à l'eau et raide : à épaisseur égale, la plate-forme gagne une classe ou deux. Le tableau 22 vaut pour la chaux seule, réservée aux argiles F3 ; le tableau 23 pour les liants hydrauliques, selon la classe mécanique du mélange (3, la meilleure, à 5), lue sur un abaque module – résistance en traction à 90 jours et dégradée d'un rang pour un malaxage en place.
Trois conditions préalables : pas de couche de forme traitée sur une PST1 ; elle est déconseillée sur une PST2, où une remontée de nappe l'endommagerait, et recommandée à partir d'une PST3 ; il faut enfin 35 MPa au moins à l'arase, à court terme, pour la compacter. Les couches épaisses se mettent en œuvre en deux couches, pour obtenir la compacité voulue en fond de couche.
Accepter un matériau de couche de forme
Cinq critères, impératifs sur les grands chantiers, modulables ailleurs à l'appréciation du géotechnicien [GTR 2024] :
- l'insensibilité à l'eau, naturelle ou obtenue par traitement ou par élimination de la fraction fine ;
- la dimension des plus gros éléments : en non traité, Lmax ≤ 250 mm et au plus la moitié de l'épaisseur de la couche élémentaire compactée ; en traité, Dmax ≤ 63 mm en centrale, 100 mm en place ;
- la résistance au trafic de chantier : LA ≤ 45 et MDE ≤ 45, FS ≤ 60, pour que les grains ne se broient pas en fines sous les engins ;
- l'insensibilité au gel, quand le climat l'exige ;
- les performances mécaniques du matériau traité, établies par une étude de traitement.
Classes de plate-forme et module de calcul
La plate-forme se range dans l'une des cinq classes du tableau 18, et le tableau 19 fixe son module de calcul à la limite basse de sa classe ; le coefficient de Poisson est pris égal à 0,35 [GTR 2024] [NF P98-086].
La règle de classement est sans nuance. Si la couche de forme atteint l'épaisseur préconisée, la plate-forme prend la classe que donnent les tableaux ; sinon, elle retombe à la classe de l'arase. Une épaisseur supérieure ne fait pas monter d'une classe : le guide ne le prévoit pas. Une couche de forme d'épaisseur préconisée conduit au moins à une PF2 ; la PF1 n'apparaît que par défaut d'épaisseur, et on l'évite hors des voiries légères.
De la PST à la plate-forme obtenue
Le sol de PST est celui du calculateur précédent. Le contexte des terrassements donne le cas de PST et l'arase, raisonnement à l'appui ; le tableau liste les couches de forme que le GTR ouvre depuis cette arase. Épaisseur réalisée vide : l'épaisseur préconisée ; la réduire montre la retombée à la classe de l'arase.
Exemple — D'un limon humide à la plate-forme de calcul
Une route neuve passe en remblai de faible hauteur sur un limon. Le laboratoire donne : Dmax = 20 mm, 68 % de passant à 63 µm, Ip = 9, VBS = 2,1, et un IPI de 6 au moment des travaux. Aucun matériau de couche de forme n'est connu dans la région.
- Classer le sol. … Le sol est un ….
- Cas de PST. Sensible à l'eau et humide, il fait une …, d'arase … : … à long terme.
- Couche de forme granulaire, règles sécuritaires faute de matériau connu : … pour une PF2, … avec un géotextile, … pour une PF2qs. C'est beaucoup de matériau d'apport, et il faut encore 15 à 20 MPa à l'arase pour le mettre en œuvre.
- Stabiliser la PST à la chaux et aux liants hydrauliques, en deux couches sur 0,70 m puisqu'on part d'une PST1 : on passe en …. Il suffit alors de … de granulaire pour une PF2qs, ou de … de matériau traité aux liants hydrauliques de classe mécanique 4 pour une PF3.
- Contrôle d'épaisseur. L'entreprise ne met en œuvre que … de granulaire au lieu des … préconisés : …
- Conséquence sur la chaussée. Sous une structure BBSG 6 cm + GB3 20 cm, collées, à 15 °C : …
Le module de la plate-forme dans le calcul
Pourquoi tant de soin pour une seule donnée ? Sur un support plus raide, l'assise fléchit moins : l'allongement à sa base diminue, la déformation du sol aussi ; et l'admissible des couches liées augmente par ks. Une classe de plate-forme gagnée se convertit en centimètres d'enrobé économisés ; perdue, en fatigue prématurée.
Une structure bitumineuse sur PF1 à PF4
BBSG 6 cm sur GB3 d'épaisseur h, collées, à 15 °C, sous le jumelage de référence. Le tableau vérifie la structure sur les cinq classes (même NE pour les deux critères, A = 12 000 µdéf, ks selon le support) ; les courbes balaient le module de la plate-forme, l'admissible en tirets. Repérer la classe à partir de laquelle la structure passe, puis réduire h.
Sur les courbes, la déformation du sol décroît continûment quand le support se raidit, mais son admissible ne bouge pas : il ne dépend que du trafic. L'admissible de la grave-bitume monte, lui, par marches à 50, 80 et 120 MPa — celles de ks : au passage d'une classe, la sollicitation baisse et l'admissible monte.
Le module de la plate-forme agit deux fois sur les couches liées — par la sollicitation et par ks — et une fois sur le critère du sol. Le gagner coûte des terrassements, le perdre coûte la chaussée : c'est à la couche de forme, plus qu'à l'enrobé, qu'on demande d'abord la portance.
Les autres référentiels : le sol classé par le CBR
Hors de France, la plupart des catalogues entrent par un seul essai : l'indice portant californien CBR, poinçonnement d'une éprouvette compactée, le plus souvent après quatre jours d'immersion pour figurer la saison humide. Simple et pratiqué partout, il donne directement une portance ; mais il mesure le sol à une teneur en eau et une densité conventionnelles, et ne dit rien de son évolution sous la chaussée ni de sa sensibilité à l'eau. Deux familles de barèmes coexistent : les uns, de tradition GTR, lisent sur le CBR une classe d'arase qu'une couche de forme vient améliorer TN SN CI ; les autres, plus anciens, lisent directement une classe de sol qui indexe les fiches du catalogue TN 1984 TR.
France
Pas de barème CBR : la plate-forme se déduit de la classification, du cas de PST et de la couche de forme. Le poinçonnement n'intervient que par le CBR immergé (insensibilité à l'eau) et l'IPI (état hydrique) [GTR 2024].
Tunisie
Le catalogue révisé reprend la classification et les tableaux de couche de forme du GTR, et y ajoute une entrée par le CBR : six arases, de AR0 (CBR < 5) à AR4 (CBR ≥ 40), dont une AR2qs. Le CBR se mesure à 95 % de l'OPM, à une teneur en eau qui suit la pluviométrie : 0,8 wOPM sans immersion sous 250 mm/an, wOPM jusqu'à 800 mm/an, 1,15 wOPM au-delà, immergé 4 jours dans ces deux cas [catalogue tunisien RevA]. Le catalogue de 1984 classait le sol de S1 à S4 par son CBR caractéristique (seuils 5, 8, 12, 20), une classe de moins en cas de mauvais drainage [catalogue tunisien 1984].
Sénégal
Une chaîne complète : CBR → arase (AR0 à AR4, avec AR2qs) → couche de forme non traitée depuis l'AR0, ou traitée depuis l'AR1 et l'AR2 → plate-forme PF1 à PF4. Le CBR ne vaut que sur une épaisseur de sol croissante avec lui : 35 cm pour un CBR de 5 à 7, jusqu'à 65 cm au-delà de 30. L'AR1 est la classe la plus courante, les sols étant en majorité sensibles à l'eau ; on vise PF2qs, voire PF3, dès le trafic C6 [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Le manuel de 2024 rompt avec celui de 1977 : la classe de sol par le CBR cède la place à une portance de plate-forme à long terme, PPF1 à PPF5, aux bandes des PF françaises. Les arases vont de AR0 à AR5 ; l'AR0 est refusée sur le réseau national, la PPF1 est exclue du catalogue, et la PPF3 devient le minimum dès le trafic TC4. Le manuel annonce un GTR ivoirien [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Le guide CEBTP classe le sol par son seul CBR, mesuré sur les 30 cm supérieurs à 95 % de l'OPM après 4 jours d'imbibition : S1 (CBR < 5) à S5 (CBR > 30), de 25 à 300 MPa. Ni arase ni couche de forme : les fiches, indexées par la classe de sol et le trafic, incluent l'épaisseur nécessaire [CEBTP 1980], comme le manuel ivoirien de 1977 [LBTP 1977].
Le tableau suivant lit une même série de CBR dans les cinq barèmes ; pour les barèmes d'arase, la plate-forme indiquée est celle qu'on obtient sans couche de forme.
Un CBR, cinq lectures
Faire glisser le CBR : classe et module dans chaque référentiel, avec la lecture du barème ; pour le Sénégal, l'épaisseur de sol exigée et les couches de forme possibles depuis l'arase.
Transposer une classe d'un référentiel à l'autre sur son seul nom. Un CBR de 6 fait un S1 en Tunisie (1984), le sol le plus faible du catalogue, mais un S2 sous les tropiques ; un CBR de 20 donne une arase AR2qs au Sénégal et AR3 en Côte d'Ivoire, pour la même portance de 80 MPa. Chaque classe ne vaut que dans le catalogue qui l'a définie — et un CBR, même excellent, ne dit pas si le sol le gardera après la saison des pluies.
Trois chaînes mènent au module de calcul. Le GTR : classification et état hydrique, cas de PST, arase, couche de forme, plate-forme FR TN. Le barème CBR d'arase, suivi d'une couche de forme TN SN CI. Le barème CBR direct, qui donne une classe de sol indexant les fiches TN 1984 TR. Toutes livrent la même chose au calcul : un module de support et une classe qui ouvre le catalogue.
4 · Les matériaux
Ce que le calcul demande à un matériau
Pour la méthode rationnelle, un matériau de chaussée se résume à quelques nombres. Son comportement réversible — module d'Young E et coefficient de Poisson ν — entre dans le modèle de Burmister et fixe les sollicitations. Son comportement en fatigue — une contrainte ou une déformation pour un million de cycles, une pente, une dispersion — fixe ce qu'il peut subir. Des coefficients enfin corrigent l'écart entre l'éprouvette de laboratoire et la couche réelle : dispersion des épaisseurs Sh, calage kc, discontinuités kd [NF P98-086].
| Famille | Réversible | Fatigue | Coefficients | Critère |
|---|---|---|---|---|
| Matériaux bitumineux | E(θ, f), ν = 0,35 | ε6 à 10 °C et 25 Hz, b = −1/5, SN | Sh selon l'épaisseur, kc, kθ | εt à la base |
| Traités aux liants hydrauliques, bétons | E à 360 jours, ν = 0,25 | σ6, b de −1/10 à −1/16, SN | Sh, kc, kd | σt à la base |
| Graves non traitées, sols | E selon le support, ν = 0,35 | pas de loi de fatigue | — | εz au sommet |
Les enrobés : un module qui dépend de la température et de la fréquence
Un enrobé est un squelette granulaire collé par un bitume viscoélastique. Soumis à une sollicitation sinusoïdale, il répond avec un retard : son module est un nombre complexe E* dont on retient la norme, le module de rigidité. Cette rigidité dépend de la température et de la durée de la charge : à froid ou sous un passage rapide l'enrobé est raide, à chaud ou sous une charge lente il devient mou — c'est l'équivalence temps-température. La méthode française fixe la fréquence à 10 Hz, soit un temps de charge de 0,02 s, et mesure le module de référence à 15 °C par flexion deux points ou traction directe [NF P98-086].
La température équivalente
On ne dimensionne pas à la température du jour. La température équivalente θeq est la température constante qui produirait, en un an, le même dommage de fatigue que la succession réelle des températures subies par la structure. Elle vaut 15 °C en France métropolitaine ; pour d'autres climats, la norme donne le principe de son calcul dans une annexe [NF P98-086]. Chaque référentiel a fixé la sienne :
| Référentiel | θeq | Fréquence | Remarque |
|---|---|---|---|
| FR NF P98-086 | 15 °C | 10 Hz | tables E(θ) des matériaux, interpolées |
| TN note circulaire 2017 | 20 °C / 23 °C | 10 Hz | Nord et Centre / Sud |
| TN catalogue révisé | 28 °C | 20 Hz | modules imposés, ν = 0,45 pour les enrobés |
| CI LBTP 2024 | 32 °C | 20 Hz | valeur provisoire « en attendant les mesures » |
| SN Ageroute 2015 | 34 °C | 20 Hz | modules imposés, ν = 0,45 pour les enrobés |
| TR CEBTP 1980 | — | — | pas de θeq unique : vérifications à 20 et 50 °C |
Entre deux températures de sa table (−10, 0, 10, 20, 30 et 40 °C), le module se calcule par interpolation linéaire, bornée aux extrémités, comme le fait Alizé : à 15 °C, c'est exactement la moyenne des modules à 10 et 20 °C. Le rapport E(10 °C)/E(15 °C) qui en résulte — 1,32 pour les GB2 et GB3, 1,30 pour la GB4, 1,21 pour les enrobés à module élevé, 1,33 pour les bétons bitumineux — est celui que la norme tabule [NF P98-086].
Le coefficient kθ
La loi de fatigue est mesurée à 10 °C ; la structure travaille à θeq. Un enrobé plus chaud, plus souple, tolère un allongement plus grand. La norme corrige ε6 par
kθ = √( E(10 °C ; 10 Hz) / E(θeq ; 10 Hz) )
qui vaut 1 à 10 °C et croît avec la température. Mais attention au sens du résultat : le même enrobé, plus chaud, est aussi plus sollicité, parce qu'il répartit moins. Le gain sur l'admissible ne compense pas la perte sur la sollicitation — l'exemple résolu de ce chapitre le chiffre.
Module d'un enrobé à la température équivalente
Interpolation linéaire de la table E(θ) à 10 Hz (materiaux.moduleA) et coefficient kθ. Le tableau donne les mêmes grandeurs aux températures équivalentes des référentiels, calculées avec la table française.
Interpoler la table française à 28 ou 34 °C et croire obtenir le module d'un référentiel tropical. Ces référentiels calculent à 20 Hz, et imposent leurs modules. Pour une grave-bitume, la table française donne … à 28 °C quand le catalogue tunisien révisé impose 4 170 MPa, et … à 34 °C quand le catalogue sénégalais impose 2 588 MPa [catalogue tunisien RevA] [catalogue Sénégal 2015]. On applique le système d'un pays en bloc : θeq, fréquence, modules et coefficients ensemble.
La fatigue des enrobés
Une éprouvette trapézoïdale encastrée, fléchie à déformation imposée à 10 °C et 25 Hz, finit par se rompre ; on répète l'essai à plusieurs niveaux et l'on trace, en coordonnées logarithmiques, la déformation contre le nombre de cycles [NF P98-086]. Les points s'alignent sur une droite :
ε = ε6 · (N / 106)b ⇔ N = 106 · (ε / ε6)1/b
ε6 est la déformation qui rompt l'éprouvette en un million de cycles ; la pente vaut b = −1/5 pour tous les enrobés de la norme. Sa conséquence est brutale : la durée de vie varie comme la puissance cinquième de l'inverse de la déformation. Dix pour cent de déformation en plus, c'est 38 % de durée de vie en moins ; une couche un peu trop mince ne vieillit pas un peu plus vite, elle meurt beaucoup plus tôt. Les valeurs de calcul vont de 80 µdéf (GB2) à 130 µdéf (EME2) ; les bétons bitumineux minces, très minces ou drainants n'ont pas de loi de fatigue : ils ne sont jamais vérifiés, et une couche de roulement de 2 cm ou moins n'est même pas prise en compte dans le calcul [NF P98-086].
Les matériaux traités aux liants hydrauliques et les bétons
Grave-ciment, grave-laitier, grave-liant hydraulique routier, sable-ciment, béton compacté routier, béton de ciment : ce sont des matériaux fragiles, très raides (15 000 à 35 000 MPa pour les graves traitées et les bétons, moins pour les sables traités), caractérisés à 360 jours. Leur fatigue se mesure en contrainte, par flexion d'éprouvettes trapézoïdales : σ6 est la contrainte qui les rompt en un million de cycles [NF P98-086]. À défaut d'essai de fatigue, la norme le déduit de la résistance en traction directe à 360 jours : σ6 = 0,7 · R · Rt360, R valant 0,95 à 1 selon le liant, et le module de calcul vaut 0,9 fois le module à 360 jours.
Leur pente est bien plus plate que celle des enrobés : b = −1/15 pour une grave-ciment, −1/12 pour un sable-ciment, −1/16 pour un béton de classe 5. La durée de vie varie alors comme la puissance quinzième de l'inverse de la contrainte : 5 % de contrainte en plus divisent la durée de vie par deux. Leur dispersion est aussi plus forte (SN = 0,8 à 1, contre 0,25 à 0,3 pour les enrobés), et leur épaisseur moins régulière (Sh = 2,5 à 3 cm).
Durée de vie selon la loi de fatigue
N = 106·(s/s6)1/b, en abscisse le rapport de la sollicitation à sa valeur pour un million de cycles. Les deux courbes ont la même origine ; seule leur pente diffère. Pas de risque, pas de coefficient : c'est la loi de l'éprouvette, à 10 °C pour l'enrobé.
Ces matériaux se fissurent avant même de porter un poids lourd : retrait de prise, puis retrait thermique, ouvrent des fissures transversales que le modèle continu ignore. Le coefficient de discontinuité kd majore la contrainte qu'elles provoquent en réduisant l'admissible :
| Matériau ou structure | kd |
|---|---|
| Graves traitées de classe T2 ou T3, sables traités | 1 |
| Graves traitées de classe T4, béton compacté routier | 1/1,25 |
| Dalles de béton sur couche de forme, sur béton maigre ou sur grave hydraulique | 1/1,7 |
| Dalles goujonnées sur béton maigre ou grave hydraulique | 1/1,47 |
| Béton armé continu sur béton maigre ; dalles goujonnées sur enrobé | 1/1,37 |
| Béton armé continu sur grave-bitume GB3 | 1/1,07 |
Source : NF P98-086, éléments communs aux matériaux traités et tableau des bétons de ciment. Le kc des matériaux traités vaut 1,4 pour la grave-ciment et la grave-liant hydraulique routier de classe T3 ou T2, 1,5 pour les autres et pour tous les bétons.
Les interfaces dépendent du liant. Entre base et fondation traitées, la norme prend l'interface glissante pour une grave-cendres volantes-chaux ou une grave-ciment de classe T4, collée pour une grave-laitier granulé, et semi-collée — demi-somme des calculs collé et glissant — dans les autres cas, l'hypothèse glissante s'étant révélée trop pessimiste au regard des chaussées observées. Surface sur base et fondation sur plate-forme sont collées, sauf couche de cure à l'émulsion non gravillonnée, glissante [NF P98-086].
Les graves non traitées et les sols
Une grave non traitée n'a pas de module propre : sa raideur croît avec la contrainte moyenne qu'elle subit, donc avec la raideur de ce qui la porte et de ce qui la couvre. On ne compacte pas bien une grave sur un sol mou, et une grave sous 30 cm d'enrobé est plus serrée qu'une grave sous un enduit. La norme traduit ce caractère non linéaire par des règles forfaitaires [NF P98-086] :
- en couche de base, jusqu'au trafic T3 : 600, 400 ou 200 MPa selon la catégorie 1, 2 ou 3 de la GNT ;
- en couche de fondation : sous-couches de 0,25 m au plus, numérotées de bas en haut ; la première vaut trois fois le module de la plate-forme, chacune des suivantes k fois celle du dessous (k = 3, 2,5 ou 2 selon la catégorie), sans dépasser le module de la couche de base ;
- sous une chaussée bitumineuse épaisse en trafic T2 ou T1 : k = 3 et plafond de 360 MPa ;
- en structure inverse : 480 MPa.
Le coefficient de Poisson vaut 0,35. Le sol support est représenté par la plate-forme à la borne inférieure de sa classe (chapitre 3) ; un substratum rocheux, par un massif de 10 000 MPa et ν = 0,25.
Subdivision d'une fondation en GNT
Règle de la NF P98-086 pour la fondation ; la couche de base est fixée au plafond de la règle choisie. Le calcul sous le jumelage donne εz au sommet de chaque sous-couche et de la plate-forme.
Le module d'une GNT est une conséquence de la structure, pas une donnée du matériau. Améliorer la plate-forme relève toutes les sous-couches à la fois ; épaissir la fondation ne sert plus à rien dès que les sous-couches supérieures ont atteint le plafond.
Dispersions SN et Sh, coefficient de calage kc
Deux incertitudes pèsent sur la durée de vie d'une couche liée. L'essai de fatigue est dispersé : à déformation donnée, le logarithme décimal du nombre de cycles à la rupture suit une loi normale d'écart-type SN. L'épaisseur mise en œuvre est dispersée aussi, d'écart-type Sh ; or une couche plus mince est plus déformée. La norme combine les deux :
δ = √( SN2 + (c · Sh / b)2 ) c = 2 m−1 = 0,02 cm−1
Le coefficient c traduit qu'un centimètre d'épaisseur en moins augmente le logarithme de la déformation de 0,02 ; divisé par la pente b, cela fait 0,1 sur le logarithme de la durée de vie d'un enrobé — environ un cinquième de durée de vie perdu par centimètre manquant. Pour les enrobés d'assise, Sh dépend de l'épaisseur de la couche : 1 cm jusqu'à 10 cm, 2,5 cm à partir de 15 cm, une interpolation linéaire entre les deux — et 1,5 cm si la plate-forme est réglée à ±1,5 cm. Pour les graves traitées, 3 cm ; pour les sables traités, 2,5 cm ; pour le béton, de 1 à 3 cm selon le matériel de mise en œuvre [NF P98-086]. δ fixe le coefficient de risque kr, étudié au chapitre 8.
D'où vient la dispersion δ
Part de l'essai (SN) et part du chantier (Sh) dans δ, puis kr = 10−u·b·δ au risque choisi (criteres.kr). La courbe montre kr selon l'épaisseur de la couche : pour un enrobé, Sh croît de 10 à 15 cm.
Le coefficient de calage kc, enfin, corrige l'écart entre la prédiction du calcul et le comportement observé des chaussées réelles : 1,1 pour les bétons bitumineux, 1,3 pour les graves-bitume, 1 pour les enrobés à module élevé, 1,4 ou 1,5 pour les matériaux traités et les bétons [NF P98-086]. Il n'a rien de théorique : il vient de l'observation, à 15 °C. La norme précise que le calage pour une autre température équivalente passe par l'analyse de chaussées en circulation sur une période assez longue ; reprendre les kc français à 28 ou 34 °C est une hypothèse, que le manuel ivoirien de 2024 juge d'ailleurs un peu pessimiste [LBTP 2024].
Exemple — Une grave-bitume en France et dans le Sud tunisien
La structure de référence du cours — 6 cm de BBSG, 12 + 13 cm de GB3, plate-forme PF2 à 50 MPa — est calculée à θeq = 15 °C (France) puis à 23 °C (Sud tunisien, note circulaire de 2017, 10 Hz), avec les tables E(θ) françaises.
- Le module de la GB3 chute de … ; kθ passe de …, soit un admissible relevé dans le même rapport.
- Mais l'allongement à la base de l'assise croît davantage : ….
- Le rapport εt/kθ, qui commande la fatigue, augmente de … ; à la puissance 5, la durée de vie est divisée par …. La même chaussée, sous le même trafic, vit deux à trois fois moins longtemps dans le Sud.
La bibliothèque des matériaux
Le tableau ci-dessous est produit par le script à partir de la bibliothèque des solveurs du cours (materiaux.js), qui reprend les valeurs de la NF P98-086 et les tables E(θ) d'Alizé : c'est exactement ce qu'utilisent les calculateurs, l'exerciseur et le bureau de calcul.
Les fiches matériaux des cinq référentiels
France
Valeurs de calcul de la NF P98-086 : modules à 15 °C et 10 Hz, ε6 à 10 °C et 25 Hz, approche empirique ou fondamentale selon le produit, avec des valeurs minimales et maximales admises [NF P98-086]. Le manuel d'autoroutes de 2005 ajoute onze fiches de produits [manuel autoroutes 2005].
Tunisie
La note de 2017 donne ses tables E(θ) et ses modules à 20 et 23 °C, kc 1,1 / 1,3 / 1 et fixe les GNT de base à 500 MPa (catégorie 1) ou 400 MPa (catégorie 2), la fondation bornée à 360 MPa. Le catalogue révisé impose ses modules à 28 °C et 20 Hz — 4 170 MPa pour les GB2 et GB3, 8 650 MPa pour l'EME2 — et ajoute 4 cm d'assise aux matériaux traités et aux bétons pour les surcharges constatées aux pesages [catalogue tunisien RevA].
Sénégal
Modules à 34 °C et 20 Hz : 2 588 MPa pour les graves-bitume, 6 151 MPa pour l'EME2. Matériaux locaux : graveleux latéritique amélioré au ciment GLc1 et GLc2 (σ6 = 0,19 et 0,37 MPa, b = −1/11), banco-coquillage traité au ciment ; graveleux latéritique non traité à 200 ou 400 MPa en base, fondation au double du dessous ; GNT concassée à 600 MPa en base [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Modules à 32 °C et 20 Hz : 3 000 MPa (GB3), 4 000 MPa (GB4), 6 800 MPa (EME2), avec kθ tabulés (2,16, 2,03, 1,67). GNT plafonnée à 400 MPa (k = 2,5), latérite et sables naturels à 300 MPa (k = 2) ; matériaux améliorés au ciment calculés comme non liés (450 et 1 000 MPa), avec εz majoré de 20 % [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Modules en bars, fixés par famille : grave-ciment 80 000, grave-bitume 40 000, concassé 5 000, graves naturelles 3 000 ; module d'un sol corrélé au CBR ; contraintes de traction admissibles tabulées en bars, sans calcul de risque [CEBTP 1980].
Chaque référentiel décrit ses matériaux dans des fiches : à quoi sert le matériau, les normes de produit, d'essai et de mise en œuvre, les exigences sur les granulats et le liant, et les paramètres de calcul. Ce sont elles qui passent dans le CCTP : un module de calcul n'a de sens que si le matériau posé respecte sa fiche. Le cours en reprend cent trente, des sept profils du bureau de calcul ; quand le texte national ne cite pas de norme, la norme française prise à défaut est signalée.
Explorer les fiches matériaux
Choisir un référentiel, une famille, puis une fiche. Les référentiels qui publient une fiche de même code sont indiqués : c'est le moyen le plus sûr de comparer, par exemple, la grave-bitume de France, de Tunisie et du Sénégal.
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Un enrobé se décrit par sa table E(θ) et sa droite de fatigue (ε6, b = −1/5) ; un matériau traité par E, σ6 et une pente très plate ; une GNT par une règle qui dérive son module du support. Les coefficients SN, Sh, kc, kd ne sont pas des marges de sécurité arbitraires : ils transportent la loi de l'éprouvette jusqu'à la couche réelle.
5 · Le demi-espace de Boussinesq
Pourquoi commencer par un massif homogène
En 1885, Joseph Boussinesq publie la solution d'une force ponctuelle posée sur un massif élastique, homogène et illimité vers le bas. En l'intégrant sur un disque, on obtient la réponse du sol à une roue. Ce modèle n'a qu'une couche, quand une chaussée en compte trois ou quatre : il ne sert donc pas à dimensionner. Il reste pourtant indispensable, pour trois raisons.
- C'est le seul cas qui ait une solution exacte simple. Tout moteur multicouche doit la retrouver quand on ne lui donne qu'une couche : c'est le premier test de celui de ce cours (chapitre 6).
- Il donne les bons ordres de grandeur pour un sol chargé directement : profondeur d'influence d'une roue, déflexion d'une plateforme, rôle du module.
- Ses limites sont instructives. Ce qu'il ne sait pas représenter — une couche raide qui répartit la charge sur un sol souple — est exactement ce que fait une chaussée, et c'est ce qui a conduit Burmister au multicouche.
Les hypothèses de l'élasticité linéaire isotrope
Le massif est un demi-espace : limité par un plan horizontal, la surface, et illimité vers le bas comme sur les côtés. Le matériau qui le remplit est supposé :
- continu et homogène : les mêmes propriétés en tout point ;
- isotrope : les mêmes propriétés dans toutes les directions ;
- linéaire et élastique : la déformation est proportionnelle à la contrainte et entièrement restituée au déchargement ;
- soumis à de petites déformations : l'équilibre s'écrit sur la géométrie initiale.
Deux constantes suffisent alors, le module d'Young E et le coefficient de Poisson ν, reliés aux contraintes par la loi de Hooke :
εz = [σz − ν (σx + σy)] / E · εx = [σx − ν (σy + σz)] / E · G = E / [2 (1 + ν)]
Le poids propre n'est pas compté : le modèle donne l'incrément de contrainte dû à la roue, qui s'ajoute à l'état initial des terres. La charge est statique : un essieu qui passe à 80 km/h est représenté par une charge immobile, et la vitesse n'intervient qu'à travers le module des enrobés.
Ces hypothèses paraissent brutales pour des enrobés visqueux et des graves granulaires. Elles tiennent pourtant, à une condition : ne demander au modèle que la réponse à un passage. Sous une roue, les déformations sont de l'ordre de 10−4 (100 µdéf) et la chaussée revient presque entièrement à son état initial. Le dommage naît de la répétition de millions de passages, et c'est la loi de fatigue qui le traduit (chapitre 8), pas le modèle mécanique. La viscosité des enrobés entre par le choix de leur module, à la température et à la fréquence de calcul ; la non-linéarité des graves, par le découpage en sous-couches et le plafonnement de leur module (chapitre 4).
« Élastique » ne veut pas dire « sans dommage ». Le calcul élastique donne la sollicitation d'un passage ; la ruine vient de leur nombre. Comparer une déformation calculée à la déformation de rupture d'un essai monotone n'a pas de sens : on la compare à une déformation admissible pour le trafic cumulé.
Signes. En mécanique, la traction est positive. Les tableaux de chaussées suivent la convention d'Alizé : compression positive pour σz et εz, traction négative pour εT et σT. Dans ce chapitre, les contraintes verticales sont toutes des compressions et s'écrivent positives.
La charge : un disque uniformément chargé
L'empreinte d'un pneu est assimilée à un disque de rayon a sur lequel s'exerce une pression uniforme q, voisine de la pression de gonflage. La charge de la roue vaut :
P = q · π a2 ⇔ a = √(P / π q)
Pour une roue de l'essieu de référence français, q = 0,662 MPa et a = 0,125 m, soit P = 32,5 kN : la moitié d'un jumelage, le quart de l'essieu de 130 kN (chapitre 7).
La vraie pression de contact n'est ni uniforme ni circulaire : l'empreinte est plutôt rectangulaire, la pression varie sous les sculptures et selon la raideur des flancs. Ces détails ne comptent que dans les premiers centimètres. D'après le principe de Saint-Venant, à une profondeur de l'ordre de la taille de l'empreinte, seules la résultante et l'étendue de la charge importent. Les grandeurs de surface sont donc les moins sûres du calcul — et ce ne sont pas elles qui dimensionnent.
σz sous l'axe : la forme fermée
Pour une force ponctuelle P, Boussinesq donne, à la profondeur z et à la distance R du point d'application, σz = 3 P z3 / (2π R5). Sous le centre d'un disque, chaque anneau de rayon ρ et de largeur dρ porte la force q · 2πρ dρ, à la distance R = √(z2 + ρ2). L'intégrale de 0 à a se calcule à la main :
σz(0, z) = q [1 − z3 / (z2 + a2)1,5]
Cette expression ne contient ni E ni ν. Dans un massif homogène, la répartition de la contrainte verticale ne dépend que de la géométrie de la charge : un sable lâche et un rocher sain, chargés par la même roue, portent la même contrainte à la même profondeur. Seuls les déformations et les déplacements dépendent du matériau. C'est précisément ce qui cessera d'être vrai dès qu'il y aura deux couches.
Deux repères : σz tombe à la moitié de q vers z ≈ 1,31 a, et au dixième vers z ≈ 3,71 a — soit 16 cm et 46 cm sous la roue de référence. Sous l'axe, les autres grandeurs ont aussi une forme fermée, avec R = √(z2 + a2) :
| Grandeur sous l'axe | Expression |
|---|---|
| Contraintes horizontales σr = σθ | (q/2) [1 + 2ν − 2 (1 + ν) z/R + z3/R3] |
| Déformation verticale εz | (1 + ν) q/E · [1 − 2ν + 2ν z/R − z3/R3] |
| Déplacement vertical w(z) | (1 + ν) q a/E · [a/R + (1 − 2ν)(R − z)/a] |
Deux remarques. La déformation verticale n'est pas maximale en surface mais un peu en dessous : en surface, la compression latérale due au confinement par le sol voisin (σr = (1 + 2ν) q/2) retranche un terme à εz. Et sous l'axe, σr décroît plus vite que σz : à quelques rayons de profondeur, le sol n'est presque plus que comprimé verticalement.
Ces formes fermées, et les tables d'Ahlvin et Ulery (1962) pour les points hors de l'axe, ont longtemps servi au calcul à la main. Le calculateur les confronte au moteur du cours, qui ne les connaît pas : il intègre numériquement, dans le domaine de Hankel, la même équation que pour le multicouche.
σz et εz sous l'axe : la forme fermée et le moteur
Courbes : formes fermées ; points : moteur de Burmister réduit à une couche. Faire varier E et ν : la courbe de σz ne bouge pas, celle de εz suit 1/E.
La déflexion de surface
En faisant z = 0 dans w(z), on obtient la déflexion au centre de la charge :
w0 = 2 q a (1 − ν2) / E soit w0 = 1,5 q a / E pour ν = 0,5
Trois lectures. La déflexion est inversement proportionnelle au module : c'est par elle qu'on juge la portance d'une plateforme. Elle est proportionnelle à la taille de la charge à pression égale : un disque deux fois plus large s'enfonce deux fois plus. Et elle dépend de ν par le facteur (1 − ν2), qui ne varie que de 0,94 à 0,75 quand ν passe de 0,25 à 0,5.
Au bord de la charge, w(a) = (2/π) w0 ≈ 0,64 w0. Loin d'elle, la roue agit comme une force ponctuelle et w(r) ≈ P (1 − ν2) / (π E r) : la cuvette ne décroît qu'en 1/r, lentement. En surface, toute la cuvette est proportionnelle à (1 − ν2)/E : changer de matériau change l'échelle de la cuvette, pas sa forme.
Surtout, la déflexion intègre toute la profondeur. Le déplacement w(z) d'un point situé à la cote z est ce qui se raccourcit sous lui : pour la roue de référence et ν = 0,35, 40 % de la déflexion de surface se produisent sous 25 cm de profondeur, et encore 11 % sous un mètre. Une déflexion mesurée renseigne donc d'abord sur le sol, et sur le sol profond — on s'en souviendra au rétrocalcul (chapitre 13).
C'est aussi la faiblesse de l'hypothèse d'un sol « illimité vers le bas ». Un vrai sol se raidit avec la profondeur, ou repose sur un substratum : la part profonde de la déflexion calculée est alors en trop. Pour caler les modèles sur des déflexions mesurées, le guide de renforcement modélise le sol sur une épaisseur conventionnelle de 6 m posée sur un massif rigide (E ≥ 10 000 MPa, ν = 0,25) [guide Cerema/IDRRIM 2016]. Sous une roue isolée posée sur le sol nu, l'effet reste faible, de l'ordre du pour cent : la charge est trop petite pour solliciter 6 m de sol. Sous une chaussée, qui étale le jumelage sur une grande surface, il devient sensible : pour la structure de référence du chapitre 6, la déflexion entre les roues passe de 33,4 à 29,8 mm/100 (−11 %), tandis que εT, εz et le rayon de courbure ne bougent pas de plus de 0,3 %.
France
ν = 0,35 pour les bitumineux, les graves non traitées et les sols ; 0,25 pour les matériaux traités aux liants hydrauliques et les bétons [NF P98-086].
Tunisie
La note circulaire de 2017 garde 0,35 pour les GNT et les bitumineux [note 2017] ; le catalogue RevA passe à 0,45 pour les enrobés, calculés à 28 °C et 20 Hz [catalogue RevA].
Sénégal
0,45 pour les enrobés, calculés à 34 °C et 20 Hz ; 0,35 pour la plateforme, les GNT et les graveleux latéritiques ; 0,25 pour les matériaux traités [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
0,45 pour les bitumineux, calculés à 32 °C et 20 Hz, à titre provisoire ; 0,35 pour les non liés [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Le guide CEBTP prend ν = 0,5 de façon générale [CEBTP 1980].
Les référentiels africains relèvent ν des enrobés avec leur température de calcul : un enrobé chaud se rapproche d'un matériau incompressible, pour lequel ν tend vers 0,5. L'effet direct sur la déflexion reste modeste, (1 − 0,452)/(1 − 0,352) = 0,91 ; c'est le module, plusieurs fois plus faible à 34 °C qu'à 15 °C, qui change vraiment la réponse (chapitre 4).
Cuvette de déflexion d'un massif homogène
Cuvette calculée par le moteur sous une roue seule ; en tirets, l'asymptote de la force ponctuelle P (1 − ν2)/(π E r), et la même cuvette pour ν = 0,5. Sous la figure, la déflexion du même sol limité à 6 m sur un substratum rigide.
Le bulbe des contraintes
Hors de l'axe, σz n'a plus d'expression simple : il faut intégrer numériquement, ou lire des tables. Le moteur du cours le fait avec la même intégrale de Hankel que pour le multicouche. Les lignes d'égale contrainte dessinent le bulbe des contraintes.
Trois enseignements. La contrainte reste concentrée sous l'empreinte jusqu'à une profondeur de l'ordre de a ; elle s'étale ensuite et décroît. Au-delà de quelques rayons, la charge agit comme une force ponctuelle, σz ≈ 3P/(2π z2) sous l'axe : la forme de l'empreinte est oubliée. Enfin, la profondeur d'influence est proportionnelle à la taille de la charge : à pression égale, une charge deux fois plus large sollicite deux fois plus profond. C'est pourquoi un essai à la plaque n'interroge le sol que sur quelques rayons de plaque, et pourquoi un jumelage, plus large qu'une roue, porte plus loin.
Dans un massif homogène, σz = q [1 − z3/(z2 + a2)1,5] sous l'axe : la moitié de q vers 1,3 a, le dixième vers 3,7 a, sans dépendre ni de E ni de ν. La déflexion w0 = 2qa(1 − ν2)/E dépend du module et intègre toute la profondeur : elle renseigne d'abord sur le sol.
Deux roues : la superposition
Le matériau étant linéaire, les effets de deux charges s'additionnent : la contrainte sous un jumelage est la somme des contraintes dues à chaque roue, calculées chacune dans son propre repère. Près de la surface, chaque roue agit seule : sous une roue, la voisine, à 37,5 cm, n'ajoute presque rien. En profondeur, les deux bulbes se rejoignent, et au-delà d'une certaine cote la contrainte entre les roues dépasse celle sous chaque roue. Loin en dessous, le jumelage agit comme une charge unique de 2P.
La déflexion, elle, sent la roue voisine beaucoup plus tôt : elle décroît en 1/r, et la seconde roue ajoute sous la première une part de l'ordre de a/(2 × 0,375) ≈ 17 % de la déflexion d'une roue seule. C'est pourquoi la position de calcul — sous une roue ou entre les deux — compte, et pourquoi Alizé examine les deux (chapitre 7).
Superposition de deux roues sur un massif homogène
Contrainte verticale sous une roue isolée (forme fermée), puis sous le jumelage, à l'aplomb d'une roue et au milieu (moteur). Rapprocher ou écarter les roues.
Ce que le monocouche ne sait pas dire
Une chaussée est une couche raide posée sur un sol souple : 3 000 à 15 000 MPa sur 20 à 120 MPa. La couche raide travaille comme une dalle. Elle répartit la charge sur une grande surface de sol, et elle fléchit : sa base s'allonge, et c'est cette traction par flexion, répétée, qui la fatigue. Un massif homogène ne sait représenter ni l'un ni l'autre :
- sa contrainte verticale ne dépend pas des modules : rien ne peut y « répartir » la charge mieux qu'un autre matériau ;
- il n'a pas de couche qui fléchisse : la traction horizontale y reste négligeable, alors qu'elle est la sollicitation qui dimensionne les couches liées.
Remplacer la chaussée par un massif de module « moyen » ne corrige rien. On peut caler ce module pour retrouver une déflexion mesurée — c'est un module de surface, utile pour comparer des zones entre elles — mais les contraintes et les déformations qu'il donne dans les couches n'ont pas de sens.
Une transition historique : l'épaisseur équivalente d'Odemark
Avant les ordinateurs, on a contourné la difficulté en ramenant le multicouche à un massif homogène. L'idée d'Odemark (1949) : une couche de module E1 et d'épaisseur h1 répartit la charge comme l'épaisseur he du sol sous-jacent qui aurait la même rigidité de flexion :
E1 h13 / (1 − ν12) = E2 he3 / (1 − ν22) ⇒ he = f · h1 · [E1 (1 − ν22) / (E2 (1 − ν12))]1/3
On calcule ensuite la contrainte sur le sol par Boussinesq, à la profondeur he au lieu de h1. Le coefficient f, de l'ordre de 0,8 à 1 selon les auteurs, cale la méthode sur des calculs exacts ; 0,9 est courant pour un bicouche, et le guide CEBTP emploie une équivalence de ce type avec ce coefficient [CEBTP 1980].
La racine cubique est la vraie leçon de la méthode : un module dix fois plus fort ne vaut que 2,15 fois plus d'épaisseur. Une couche de 15 cm à 5 000 MPa sur un sol à 50 MPa « vaut » 0,63 m de ce sol avec f = 0,9 : c'est cette épaisseur fictive qui protège le sol.
Odemark face au calcul exact
Contrainte verticale sous l'axe d'une roue de référence : massif homogène sans la couche (pointillés), bicouche exact de Burmister (trait plein) et épaisseur équivalente d'Odemark (tirets). Même ν = 0,35 dans les deux couches, interface collée.
Odemark donne une idée juste de la contrainte transmise au sol, à 10 ou 20 % près selon f et le contraste des modules. Il ne dit rien de la traction à la base de la couche, qui la dimensionne, et f n'est qu'un coefficient de calage. C'est une transition, pas une méthode de dimensionnement : la NF P98-086 repose sur le calcul multicouche exact.
Exemple — Une roue sur une plateforme, nue puis revêtue
- Roue de référence : q = 0,662 MPa, a = 0,125 m ; P = q π a2 = 32,5 kN.
- Plateforme nue, E = 50 MPa, ν = 0,35. À 15 cm de profondeur, σz = 0,662 × [1 − 0,153/(0,152 + 0,1252)1,5] = 0,362 MPa ; le moteur donne 0,362 MPa.
- Déflexion : w0 = 2 × 0,662 × 0,125 × (1 − 0,352) / 50 = 2,90 mm, soit 290 mm/100 ; le moteur donne 290 mm/100.
- On pose 15 cm de grave-bitume, E1 = 5 000 MPa, collée au sol. Le moteur bicouche donne au sommet du sol σz = 0,042 MPa : 8,5 fois moins qu'à la même profondeur sans la couche. La déflexion tombe à 54 mm/100.
- Odemark, f = 0,9 : he = 0,9 × 0,15 × (5 000/50)1/3 = 0,63 m, d'où σz(he) = 0,038 MPa, soit −11 % par rapport au calcul exact : le bon ordre de grandeur, pas la bonne valeur.
Le massif de Boussinesq est l'étalon : solution exacte, ordres de grandeur, test de tout moteur. Il ne sait pas représenter une couche raide qui répartit la charge et fléchit ; Odemark l'a contourné par une épaisseur équivalente en racine cubique du rapport des modules, Burmister l'a résolu par le calcul multicouche — c'est l'objet du chapitre suivant.
6 · Le multicouche de Burmister
De Boussinesq à Burmister
Le chapitre 5 a montré ce qui manque au massif homogène : une couche raide qui répartit la charge et qui fléchit. En 1943, Donald Burmister résout le problème de deux couches élastiques superposées, puis celui de trois couches en 1945. La méthode s'étend à un nombre quelconque de couches, mais les calculs deviennent vite inaccessibles à la main : c'est l'ordinateur qui l'a rendue courante. En France, le programme Alizé du LCPC en est la référence : les structures du catalogue français ont été calculées avec lui, et la NF P98-086 en reprend les conventions. Les mêmes équations sont au cœur de programmes comme BISAR ou KENLAYER.
Ce chapitre ouvre la boîte : ce que le modèle suppose, comment il se résout, et comment vérifier un résultat. Le moteur des calculateurs de ce cours est un portage du moteur de Burmister-Calc ; on le confrontera, en fin de chapitre, aux cas de référence d'Alizé.
Les hypothèses de Burmister
- Les couches sont horizontales, d'épaisseur constante, illimitées en plan.
- Chaque couche est homogène, isotrope, linéaire élastique, définie par son module Ei, son coefficient de Poisson νi et son épaisseur hi.
- La dernière couche, le sol support, est semi-infinie.
- La charge est une pression verticale uniforme sur un disque, statique ; plusieurs roues se traitent par superposition. Le poids propre n'est pas compté.
- Entre deux couches, l'interface est collée (continuité complète) ou glissante (glissement sans frottement) ; Alizé ajoute une convention semi-collée.
Ce que ces hypothèses laissent de côté est connu, et se traite autrement : les bords de chaussée, les fissures et les joints (le modèle est illimité en plan) ; la viscosité des enrobés et le gradient thermique (un seul module par couche, choisi à la température équivalente) ; la non-linéarité des graves (découpage en sous-couches) ; les efforts horizontaux de freinage. Le modèle reste élastique : il calcule la réponse à un passage, la fatigue fait le reste.
Pourquoi ne pas tout calculer aux éléments finis ? Parce que, dans ses hypothèses, la solution de Burmister est exacte : pas de maillage à raffiner, pas de frontière artificielle à placer loin de la charge, et un calcul complet en quelques centièmes de seconde. Les éléments finis reprennent l'avantage là où les hypothèses tombent — bord de dalle, joint, fissure, comportement non linéaire — et c'est d'ailleurs sur Burmister qu'on vérifie qu'un modèle aux éléments finis est bien construit.
La fonction de contrainte de Love
Sous une charge circulaire, le problème est axisymétrique : tout dépend de la distance r à l'axe et de la profondeur z. Love a montré que, dans ce cas, tous les champs dérivent d'une seule fonction φ(r, z), pourvu qu'elle soit biharmonique :
∇2∇2φ = 0 avec ∇2 = ∂2/∂r2 + (1/r) ∂/∂r + ∂2/∂z2
Contraintes et déplacements s'en déduisent par dérivation (traction positive, G module de cisaillement) :
| Grandeur | Expression à partir de φ |
|---|---|
| Contrainte verticale | σz = ∂/∂z [(2 − ν) ∇2φ − ∂2φ/∂z2] |
| Contrainte radiale | σr = ∂/∂z [ν ∇2φ − ∂2φ/∂r2] |
| Contrainte tangentielle | σθ = ∂/∂z [ν ∇2φ − (1/r) ∂φ/∂r] |
| Cisaillement | τrz = ∂/∂r [(1 − ν) ∇2φ − ∂2φ/∂z2] |
| Déplacement vertical | 2G uz = 2 (1 − ν) ∇2φ − ∂2φ/∂z2 |
| Déplacement radial | 2G ur = − ∂2φ/∂r∂z |
L'intérêt est considérable : au lieu de deux composantes de déplacement liées par des équations d'équilibre couplées, une seule fonction scalaire et une seule équation. L'équilibre est satisfait d'office par ces formules ; il reste à trouver, dans chaque couche, la fonction biharmonique qui respecte les conditions aux limites.
La transformée de Hankel : décomposer la charge en ondes de Bessel
Une série de Fourier décompose un signal en sinusoïdes ; la transformée de Hankel décompose une fonction axisymétrique en « ondes » circulaires J0(ξr), où J0 est la fonction de Bessel d'ordre zéro et ξ (en m−1) joue le rôle d'une fréquence spatiale. Le disque uniformément chargé s'écrit ainsi :
q(r) = q a ∫0∞ J1(ξa) J0(ξr) dξ = q pour r < a, 0 pour r > a
L'intérêt de cette décomposition est qu'une charge en J0(ξr) est facile : la fonction de Love s'écrit alors φ = G(ξ, z) J0(ξr), et l'équation biharmonique devient une équation différentielle ordinaire en z, (d2/dz2 − ξ2)2 G = 0, dont la solution générale est connue :
G(ξ, z) = (A + B z) e−ξz + (C + D z) e+ξz
Quatre constantes par couche, pour chaque valeur de ξ. Dans la couche semi-infinie, les termes en e+ξz exploseraient en profondeur : C = D = 0, il n'en reste que deux. Une fois les constantes connues pour chaque ξ, on recompose la réponse à la vraie charge en sommant sur ξ, avec le poids q a J1(ξa) de la décomposition. Sous l'axe, par exemple :
σz(r, z) = − q a ∫0∞ Kσ(ξ, z) J1(ξa) J0(ξr) dξ
où Kσ est la contrainte verticale produite par une onde unité de fréquence ξ. Les contraintes horizontales font intervenir J0 et J1(ξr)/r ; les déplacements, un facteur 1/(2Gξ). Tout Burmister tient dans ces deux étapes : un petit système linéaire par fréquence, puis une somme sur les fréquences.
Conditions aux limites et aux interfaces
Les constantes se déterminent par les conditions aux limites, écrites pour chaque onde :
- en surface, la contrainte verticale égale la charge (σz = −q J0(ξr) pour une onde, la compression étant négative) et le cisaillement est nul, τrz = 0 : deux équations ;
- à chaque interface, quatre équations, selon sa nature (tableau) ;
- à l'infini, les champs s'annulent : c'est ce qui a supprimé C et D dans la dernière couche.
| Interface | σz | τrz | uz | ur |
|---|---|---|---|---|
| Collée | continue | continu | continu | continu |
| Glissante | continue | nul au-dessus et au-dessous | continu | libre : les couches glissent |
| Semi-collée | pas de loi propre : moyenne d'un calcul collé et d'un calcul glissant (convention d'Alizé) | |||
Le compte est juste : 2 équations en surface et 4 par interface, soit 4(n − 1) + 2, pour 4(n − 1) + 2 inconnues. Une structure de quatre couches demande la résolution d'un système de 14 équations — pour chacune des 1 104 valeurs de ξ de la quadrature.
Ces conditions ont des conséquences qu'il faut savoir lire dans un tableau de résultats. À une interface collée, le déplacement radial est continu, donc les déformations horizontales aussi : εT est continue, alors que σT saute dans le rapport des modules. σz est continue, εz saute. À une interface glissante, σz reste continue mais εT saute : chaque couche fléchit pour son compte.
Deux précautions numériques rendent le calcul sûr. Pour ξh grand, le terme e+ξz dépasse la capacité des nombres en double précision : les colonnes correspondantes sont normalisées par e−ξh. Et dès que ξh dépasse 35 pour une couche, elle est traitée comme semi-infinie pour cette fréquence — e−35 ≈ 6·10−16, sous la précision de la machine. Physiquement : une onde courte s'éteint en quelques longueurs d'onde, et ne « voit » pas les couches profondes. C'est la troncature adaptative.
Burmister, c'est la fonction de Love dans chaque couche, la charge décomposée en ondes de Bessel, et pour chaque onde un système de 4(n − 1) + 2 équations : 2 en surface, 4 par interface. Collée : tout est continu, donc εT l'est aussi. Glissante : seuls σz et uz passent, et le cisaillement est nul.
Interfaces semi-collées : une convention
Le collage réel d'une interface n'est ni parfait ni nul, et aucun paramètre mesurable ne le décrit simplement. Alizé tranche par une convention : une interface semi-collée est calculée deux fois, collée puis glissante, et l'on retient la moyenne des champs de contraintes et de déplacements. Les déformations sont recalculées par la loi de Hooke après la moyenne, et les extrema sont cherchés ensuite. Conséquence : la valeur « semi-collée » de εT n'est pas exactement la moyenne des deux εT extrêmes, car l'extremum ne se trouve pas toujours à la même position ni dans la même direction dans les deux calculs.
Le choix de l'interface appartient au référentiel. Le catalogue sénégalais, par exemple, retient une interface collée entre la couche de roulement et l'assise, semi-collée entre base et fondation des structures semi-rigides, glissante entre les deux bétons BC5 et BC2, collée entre fondation et support [catalogue Sénégal 2015]. Pour une chaussée existante, le guide de renforcement suppose toutes les interfaces collées, sauf décollement avéré au carottage entre couches bitumineuses [guide Cerema/IDRRIM 2016]. Les règles françaises par famille de structure sont reprises au chapitre 9.
L'intégration numérique
Reste à calculer l'intégrale sur ξ. La fonction à intégrer oscille, à cause des fonctions de Bessel, et décroît plus ou moins vite selon la profondeur. Le moteur reprend le schéma d'Alizé : une quadrature de Gauss-Legendre par morceaux, dont les bornes suivent les zéros des fonctions de Bessel pour que chaque morceau soit une arche régulière.
- Premier cycle, de ξa = 0 à 5,52 (deuxième zéro de J0) : 24 intervalles, dont les bornes comprennent les zéros de J0 et J1, à 16 points de Gauss.
- Queue, de 5,52 à 137,4 : 14 intervalles de trois zéros consécutifs de J0 chacun, à 12 points.
- Chaque intervalle est encore coupé en deux. En tout, 1 104 valeurs de ξ.
L'intégrale est arrêtée à ξa = 137,4, soit, pour a = 12,5 cm, une longueur d'onde de 6 mm : le modèle ne représente pas de détail plus fin. Arrêter sur un zéro de J0 n'est pas un hasard : sous le centre de la charge et en surface, la somme partielle vaut exactement 1 − J0(ξmaxa), qui tombe juste sur q quand J0 s'annule. Le dédoublement des intervalles, lui, est nécessaire pour que σz s'annule bien en surface hors de l'empreinte.
C'est l'explication d'une réserve connue : les grandeurs de surface sont les plus délicates à intégrer. Sur le cas de référence plus bas, Alizé affiche σz = 0,657 MPa en surface sous la roue, au lieu de la pression appliquée 0,662 MPa, et εz = 19,7 µdéf au lieu de 20,3 — un artefact de son intégration, qui ne touche pas les grandeurs à la base des couches liées ni au sommet du sol.
Juger un logiciel sur ses valeurs de surface, ou alléger sa quadrature parce que « les résultats ne bougent pas » sur un cas. Les grandeurs qui dimensionnent sont à la base des couches liées et au sommet du sol, là où l'intégrale converge bien ; la surface et les couches très minces sont les premières à souffrir d'une quadrature trop grossière.
Valider : les cas de référence
Un moteur de Burmister se vérifie sur des cas dont on connaît la réponse. Le moteur du cours rejoue à chaque modification trois cas de référence de Burmister-Calc, et il est comparé au moteur C# de l'application à 10−9 près sur six structures variées :
- Boussinesq : une seule couche ; σz sous l'axe doit coller à la forme fermée (à mieux que 0,01 %), et la déflexion à 2qa(1 − ν2)/E (chapitre 5) ;
- quatre couches collées sous le jumelage de référence : les sept lignes du tableau d'Alizé, la déflexion entre jumelage et le rayon de courbure ;
- un bicouche glissant : 6 cm de matériau lié sur un sol à 50 MPa, où εT doit sauter à l'interface.
Valeurs d'Alizé reprises des cas de référence de Burmister-Calc ; colonnes « moteur » calculées à l'ouverture de la page. Traction négative pour εT et σT.
On peut, et on doit, faire soi-même quelques contrôles de vraisemblance sur tout tableau de sollicitations : σz en surface sous la roue égale q ; σz est continue à toutes les interfaces ; εT est continue à une interface collée ; une structure réduite à une couche redonne Boussinesq. Un résultat qui viole l'une de ces règles signale une erreur de saisie ou de logiciel, avant toute discussion de dimensionnement.
Ce que montre le bicouche : modules et épaisseur
Le bicouche — une couche liée sur un sol — contient déjà toute la physique de la chaussée. La couche fléchit : sa face supérieure est comprimée, sa base tendue. Le sol reçoit une contrainte verticale d'autant plus faible que la couche est raide et épaisse.
Profils dans un bicouche
Jumelage de référence. Extrema sous roue et entre jumelage, comme dans le tableau des sollicitations : εT négative en traction, σz positive en compression.
Deux leviers, deux effets différents. Augmenter le rapport des modules E1/E2 à épaisseur égale diminue la déformation de traction εT et la déformation du sol εz, mais augmente la contrainte de traction σT : une couche plus raide reprend une plus grande part de la flexion. C'est pourquoi les matériaux bitumineux se vérifient en déformation et les matériaux traités aux liants hydrauliques en contrainte (chapitre 8). Augmenter l'épaisseur fait baisser les trois à la fois, et vite : la rigidité de flexion croît comme h3.
Effet du rapport des modules et de l'épaisseur
Bicouche collé, ν = 0,35, jumelage de référence. Chaque point est un calcul de Burmister ; le point marqué correspond aux valeurs saisies. Échelles logarithmiques.
L'interface : la traction change de place
Deux couches collées fléchissent ensemble, comme une poutre unique : l'axe neutre est quelque part dans l'épaisseur totale, la base de la couche du bas est tendue, la base de la couche du haut est souvent comprimée si elle est au-dessus de l'axe neutre. Décollées, elles fléchissent séparément, chacune autour de son propre axe neutre : la base de chaque couche devient tendue. La couche de roulement, qui ne travaillait pas en traction, se met à fatiguer ; l'assise, qui ne reçoit plus l'aide de la couche supérieure, fatigue plus vite ; le sol est plus sollicité.
Collée, glissante ou semi-collée : la même structure
Béton bitumineux (3 600 MPa) sur grave-bitume (6 300 MPa), GNT de 25 cm (400 MPa) et sol (100 MPa) : la structure de référence du tableau ci-dessus. On fait varier l'état d'une interface ; les autres restent collées.
La carte des champs : la grille d'Alizé
Le tableau des sollicitations ne regarde la structure que sur deux verticales — sous une roue et entre les deux roues — et seulement aux interfaces. Alizé propose aussi une grille : on choisit un plan, des abscisses et des cotes, et le calcul est fait en chaque nœud. Dans le plan vertical qui passe par l'axe des deux roues, la carte montre d'un coup d'œil comment la charge se diffuse, où chaque couche est comprimée et où elle est tendue. Elle ne remplace pas le tableau : elle le situe, et elle vérifie que ses deux verticales tiennent bien les extrêmes qui comptent.
Les champs dans la structure du calculateur précédent
Même structure, mêmes épaisseurs et même interface étudiée que ci-dessus ; on choisit son état et la grandeur. Rouge : traction, bleu : compression (signes d'Alizé, traction négative) ; isolignes aux graduations de l'échelle, ligne 0 en tirets. Les nœuds sont resserrés sous les roues et aux interfaces, où chaque couche est calculée de son côté ; le calcul est étalé en tranches pour ne pas figer la page.
Grille des valeurs aux nœuds — interfaces × abscisses, comme Alizé
Ce que la carte apprend à lire. La ligne 0 de εT, en tirets, est l'axe neutre de la flexion : collées, les couches liées n'en ont qu'un, dans l'assise ; décollées, chacune a le sien, et la base du roulement passe au rouge. Aux interfaces, σz et la déflexion restent continues, mais σT saute à peu près comme le rapport des modules : la carte se lit couche par couche, chaque interface a deux valeurs. Enfin, sous un jumelage, l'extrême de traction n'est pas toujours sur l'une des deux verticales du tableau : la grille le trouve parfois entre l'axe d'une roue et l'axe du jumelage, quelques pour cent au-delà — un écart que la méthode, calée sur les valeurs du tableau, ne retient pas, mais qu'il vaut mieux connaître.
Lire une couleur pour une valeur. L'échelle est commune à toute la structure : les contraintes du sol, cent fois plus faibles que celles des couches liées, y paraissent nulles. Les teintes contrastées font voir les faibles valeurs ; les chiffres, eux, se lisent dans la grille et dans le tableau des sollicitations.
Exemple — Le décollement du roulement sur la structure de référence
- Structure : 6 cm de BB (3 600 MPa), 18 cm de GB (6 300 MPa), 25 cm de GNT (400 MPa), sol à 100 MPa, ν = 0,35, interfaces collées, jumelage de référence.
- Collée : à la base du BB, εT = +23,1 µdéf — une compression ; à la base de la GB, εT = −90,6 µdéf, εz au sommet du sol 270,9 µdéf.
- Interface BB/GB glissante : la base du BB passe à εT = −120,5 µdéf, en traction ; la base de la GB à −114,0 µdéf (+26 %) ; εz au sommet du sol à 346,7 µdéf.
- La déflexion entre jumelage passe de 33,4 à 38,5 mm/100, et le rayon de courbure de 758 à 497 m : la chaussée devient plus souple près de la surface.
- Semi-collée : εT = −42,3 µdéf à la base du BB, quand la moyenne des deux valeurs extrêmes donnerait −48,7 : l'extremum est pris après la moyenne des champs.
Supposer collée une interface qui ne l'est pas. Un défaut de couche d'accrochage, une mise en œuvre sous la pluie ou une interface polluée changent l'endroit où la structure se fatigue, et le calcul collé ne le voit pas. En renforcement, l'état des interfaces se lit sur les carottes ; en chaussée neuve, il se garantit par l'exécution.
Le multicouche de Burmister est exact dans ses hypothèses, et ses hypothèses sont connues. Il se vérifie : Boussinesq pour une couche, tableaux d'Alizé pour les cas de référence, continuités aux interfaces. Le rapport des modules fixe le partage de la flexion, l'épaisseur la rigidité, l'interface l'endroit où la traction apparaît.
7 · Le jumelage de référence
Un essieu conventionnel pour tout le trafic
Une chaussée voit passer des milliers de véhicules différents. La méthode française ne les calcule pas un par un : elle convertit tout le trafic en un nombre NE de passages d'un essieu de référence, en pondérant chaque essieu réel par son agressivité (chapitre 2). Le calcul mécanique se fait alors une seule fois, sous cet essieu. Il faut donc que sa géométrie soit fixée une fois pour toutes : les lois de fatigue et les coefficients de calage de la méthode ont été établis avec elle, et ne valent qu'avec elle.
L'essieu de référence français est un essieu isolé à roues jumelées de 130 kN. Chaque demi-essieu porte un jumelage de deux roues ; c'est lui que l'on modélise, l'autre jumelage, à près de deux mètres, étant négligé.
| Grandeur | Valeur | Remarque |
|---|---|---|
| Charge à l'essieu | 130 kN | quatre roues |
| Charge d'un jumelage | 65 kN | un demi-essieu |
| Charge par roue P | 32,5 kN | P = q · π a2 |
| Pression de contact q | 0,662 MPa | uniforme sur le disque |
| Rayon de contact a | 0,125 m | disque de 25 cm de diamètre |
| Entraxe des roues | 0,375 m | soit 3a ; il reste a = 12,5 cm entre les pneus |
Négliger l'autre jumelage est sans conséquence pour les déformations, qui restent locales : sur la structure de référence du chapitre 6, un second jumelage placé à 1,8 m ajouterait 3 % à εT et 2 % à εz. Il n'en va pas de même pour la déflexion, qui décroît lentement avec la distance (chapitre 5) : elle augmenterait de 32 %. La déflexion calculée sous le jumelage seul est une convention de calcul ; on s'en souviendra en la confrontant à une mesure (chapitres 12 et 13).
France
Essieu isolé à roues jumelées de 130 kN, q = 0,662 MPa, a = 0,125 m, entraxe 0,375 m [NF P98-086]. Le manuel des autoroutes évoque, pour un usage international, des essieux de 115 kN et de 82 kN [manuel autoroutes 2005].
Tunisie
Le catalogue de 1984 compte le trafic en essieux équivalents de 13 t [catalogue 1984]. La note de 2017 et le catalogue RevA adoptent l'essieu de 130 kN : deux disques de 0,25 m de diamètre, entraxe 0,375 m, 0,662 MPa [note 2017] [catalogue RevA].
Sénégal
Essieu de référence de 130 kN ; les autres essieux sont ramenés à lui par une agressivité K (P/130)α, K dépendant du type d'essieu [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Le catalogue de 1977 raisonnait en essieux de 8,2 t, avec une correspondance en essieux de 13 t [LBTP 1977] ; le manuel de 2024 compte en essieux isolés à roues jumelées de 130 kN [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Essieu de 13 t, q = 6,62 bars, a = 12,5 cm, entraxe 3a : le même jumelage [CEBTP 1980]. Le manuel de renforcement tropical reprend cette charge [manuel renforcement tropical].
Treize tonnes et 130 kN désignent en pratique la même charge de référence. L'essieu de 8,2 t (80 kN) est l'essieu standard anglo-saxon de 18 000 livres : un trafic compté dans cette unité n'est pas comparable, sans conversion, à un NE en essieux de 130 kN.
La superposition des deux roues
Le moteur de Burmister sait calculer une roue : sa solution est axisymétrique autour de l'axe de la roue. Pour le jumelage, chaque roue est calculée dans son propre repère cylindrique (r, θ), ses contraintes sont projetées sur les axes x et y, puis les deux contributions sont additionnées — le modèle est linéaire :
σxx = σr cos2θ + σθ sin2θ · σyy = σr sin2θ + σθ cos2θ · τxy = (σr − σθ) sinθ cosθ
Les déformations s'obtiennent ensuite par la loi de Hooke, à partir des contraintes sommées. Sur la ligne qui joint les deux roues (y = 0), θ vaut 0 ou π : la direction transversale x reçoit la contrainte radiale de chaque roue, la direction longitudinale y sa contrainte tangentielle. C'est ce qui explique que les deux directions ne réagissent pas de la même façon à la roue voisine.
Sous le centre d'une roue, la voisine est à 37,5 cm. Sa contribution dépend de la structure. Sous une couche mince, la flexion reste locale : à cette distance, la déformation radiale due à la voisine s'est déjà retournée en compression et soulage la traction transversale, tandis que sa composante tangentielle ajoute un peu de traction longitudinale. Sous une assise épaisse, la flexion s'étend loin et les deux roues s'additionnent franchement, surtout au milieu du jumelage.
Pourquoi jumeler les roues ? Parce qu'à charge égale, deux empreintes écartées sollicitent moins la chaussée qu'une seule. Le tableau compare le jumelage de référence à une roue unique portant les mêmes 65 kN à la même pression — donc sur un disque plus grand, de rayon 17,7 cm.
Le gain porte surtout sur le sol : la roue unique concentre la charge sous un seul bulbe, là où le jumelage l'étale sur deux. Comme le dommage croît avec une puissance élevée de la déformation (chapitre 8), quelques dizaines de pour cent de déformation en plus se paient en durée de vie.
Positions caractéristiques et convention d'extremum
Alizé, et le moteur du cours avec lui, évalue chaque cote en deux positions : sous le centre d'une roue (x = 0) et au milieu du jumelage (x = e/2). À chaque cote, il retient l'extremum, avec la convention de signe des tableaux de chaussées :
| Grandeur du tableau | Définition | Signe |
|---|---|---|
| εT | min(−εxx, −εyy) sur les deux positions | traction négative |
| σT | min(−σxx, −σyy) sur les deux positions | traction négative |
| εz | max(−εzz) sur les deux positions | compression positive |
| σz | max(−σzz) sur les deux positions | compression positive |
Le « min » retient donc la traction la plus forte, toutes positions et directions confondues ; le « max », la compression verticale la plus forte. Le programme indique où il l'a trouvée. Sous une couche liée mince, la traction maximale est sous la roue ; sous une couche épaisse, elle passe entre les roues, où les deux flexions s'ajoutent. La bascule se produit, pour une couche bitumineuse sur un sol à 50 MPa, vers 7 à 13 cm selon le module : le calculateur ci-dessous la localise.
Où se trouve le maximum de εT ?
Couche liée collée sur un sol, jumelage de référence. À gauche, la traction à la base sous roue et entre jumelage selon l'épaisseur ; à droite, le profil transversal à la base pour l'épaisseur saisie, avec les empreintes des roues en grisé.
Chercher « mieux » que la convention. Sous une couche mince, la traction maximale n'est exactement ni sous la roue ni au milieu, mais un peu à l'intérieur de l'empreinte, et elle dépasse de quelques pour cent la valeur retenue. Les coefficients de calage de la méthode ont été établis avec les deux positions d'Alizé : remplacer l'une des conventions sans reprendre le calage rendrait le calcul incohérent, pas plus sûr.
Le tableau des sollicitations
Le résultat d'un calcul se présente comme un tableau : une ligne pour la surface, puis deux lignes par interface — la base de la couche du dessus (cote z−) et le sommet de la couche du dessous (z+). Les deux lignes ont la même cote, mais pas le même matériau : σT et εz y sautent, εT et σz sont continues à une interface collée (chapitre 6). Chaque critère va chercher sa ligne :
- à la base des couches bitumineuses, εT — la fatigue des enrobés et des graves-bitume ;
- à la base des couches traitées aux liants hydrauliques, σT — leur fatigue en traction ;
- au sommet des graves non traitées et du sol, εz — l'orniérage par accumulation de déformations permanentes ;
- en surface, rien ne se vérifie dans la méthode : ces valeurs sont les moins sûres du calcul (chapitres 5 et 6).
Les seuils admissibles et les coefficients qui les accompagnent font l'objet du chapitre 8.
Lire un εT positif comme une traction. Dans la convention d'Alizé, une valeur positive de εT est une compression : la base d'une couche de roulement collée sur une assise épaisse est souvent comprimée, et ne fatigue pas. Seules les valeurs négatives sont des tractions, et c'est la plus négative qui compte. Le même piège guette σT au sommet d'une couche traitée, presque toujours comprimé.
Une structure sous le jumelage de référence
Structure de 3 ou 4 couches, la dernière semi-infinie. Les valeurs initiales sont celles du cas de référence d'Alizé (chapitre 6). Le tableau suit la convention d'Alizé ; la colonne de droite dit où εT a été retenue. La famille de chaque couche, pour la coupe et les repères, est déduite de son module : traitée aux liants hydrauliques au-delà de 18 000 MPa, non traitée en dessous de 1 000 MPa, bitumineuse entre les deux.
| Couche | E (MPa) | ν | h (m) | Interface avec la suivante |
|---|---|---|---|---|
| Roulement | ||||
| Assise | ||||
| Fondation | ||||
| Sol support | semi-infini |
Exemple — Lire le tableau du cas de référence
- Structure : BB 6 cm (3 600 MPa), GB 18 cm (6 300 MPa), GNT 25 cm (400 MPa), sol à 100 MPa, ν = 0,35, interfaces collées, jumelage de référence.
- Base de la GB (z = 0,24 m), roue 1 seule : sous son centre, −εxx = −εyy = −61,5 µdéf ; à 0,1875 m, −εyy = −45,3 µdéf ; à 0,375 m, −εxx = +1,5 et −εyy = −26,1 µdéf.
- Superposition. Sous une roue : −εyy = −61,5 + (−26,1) = −87,6 µdéf. Au milieu : −εyy = 2 × (−45,3) = −90,6 µdéf, plus fort : c'est la valeur retenue, εT = −90,6 µdéf entre jumelage, dans le sens de circulation.
- Sommet du sol (z = 0,49 m) : εz = 270,9 µdéf, retenue entre jumelage ; σz = 0,027 MPa, soit 4 % de la pression de contact.
- Déflexion : 33,9 mm/100 sous roue, 33,4 mm/100 entre jumelage ; rayon de courbure 758 m.
Déflexion, bassin et rayon de courbure
La déflexion est le déplacement vertical de la surface. Le calcul la donne sous roue et entre jumelage ; c'est la seconde que l'on compare aux mesures, parce que la poutre Benkelman et le déflectographe mesurent entre les pneus jumelés de l'essieu (chapitre 12). Quand l'essieu s'éloigne, la déflexion au même point décroît : la courbe obtenue en décalant le point de mesure dans le sens de circulation est le bassin de déflexion.
Le rayon de courbure décrit la forme du bassin à son creux, dans le sens de circulation :
Rdc = 1 / |∂2w / ∂y2| au point entre jumelage
Le moteur le calcule analytiquement. La déflexion est une intégrale de Hankel en J0(ξr) ; on dérive sous le signe somme, et la dérivée seconde de J0(ξr) dans la direction y, au point situé à la distance d = e/2 de chaque roue, vaut −ξ J1(ξd)/d. On obtient la courbure exacte par la même quadrature que la déflexion, sans aucun pas à choisir :
∂2w/∂y2 = 2 · (−q a) ∫0∞ Kw(ξ, 0) J1(ξa) [−ξ J1(ξd)/d] dξ
Pourquoi pas des différences finies sur la déflexion, w'' ≈ 2 [w(0) − w(Δy)]/Δy2 ? Parce que le bassin n'est pas une parabole à l'échelle d'un pas raisonnable. Avec Δy = 25 cm, on mesure la corde d'une courbe qui s'aplatit déjà, et l'on surestime le rayon de moitié ; avec 50 cm, on le double. Pour approcher la courbure à 1 % près, il faut descendre à 2 ou 3 cm — et l'on soustrait alors deux déflexions qui ne diffèrent que de quelques centièmes de mm/100, moins d'un micromètre : le moindre bruit numérique, ou de mesure, l'emporte. Le calculateur ci-dessus donne ces différences finies à côté de la valeur exacte.
Déflexion et rayon de courbure ne disent pas la même chose. La déflexion intègre toute la structure, et d'abord le sol (chapitre 5) ; le rayon de courbure dépend surtout de la raideur des couches supérieures. Une grande déflexion avec un grand rayon désigne un sol faible sous une assise saine ; une déflexion moyenne avec un petit rayon, une assise fatiguée ou trop mince. C'est tout l'intérêt de les relever ensemble à l'auscultation, et de les rétrocalculer ensemble (chapitres 12 et 13).
La déflexion de référence est calculée entre les roues du jumelage ; le bassin s'obtient en déplaçant ce point dans le sens de circulation ; le rayon de courbure est l'inverse de la dérivée seconde exacte du bassin à son creux, calculée analytiquement. Petite déflexion : bon signe. Petit rayon : mauvais signe.
Charge, pression et agressivité
Les essieux réels ne sont pas l'essieu de référence. Un essieu plus chargé, à la même pression de gonflage, s'appuie sur une empreinte plus grande : la sollicitation croît un peu moins vite que la charge. Mais le dommage, lui, croît comme une puissance de la sollicitation : l'exposant −1/b de la loi de fatigue, 5 pour les enrobés, et 1/0,222 ≈ 4,5 pour la déformation du sol (chapitre 8). Si la réponse était exactement proportionnelle à la charge, un passage de l'essieu P coûterait (P/P0)5 passages de l'essieu de référence : c'est le sens mécanique de la loi d'agressivité en puissance (chapitre 2).
Charge par roue, pression et dommage relatif
Structure de référence (BB 6 / GB 18 / GNT 25 cm / sol 100 MPa), jumelage d'entraxe 0,375 m. Dommage d'un passage rapporté à celui de l'essieu de référence : (εT/εT0)5 pour la grave-bitume, (εz/εz0)4,5 pour le sol, comparés à (P/P0)5.
Deux conséquences pratiques. Les surcharges coûtent cher : un essieu de 160 kN au lieu de 130 kN consomme, à lui seul, de l'ordre de deux fois et demie la durée de vie d'un essieu de référence. C'est la raison des pesages, et des marges que certains référentiels ajoutent : le catalogue tunisien RevA majore de 4 cm l'assise des structures traitées aux liants hydrauliques et en béton, pour tenir compte des surcharges constatées aux pesages [catalogue RevA]. Et une pression de gonflage plus forte, à charge égale, concentre la charge : elle pèse surtout sur les couches proches de la surface.
Ordres de grandeur
Trois structures d'étude, sous le jumelage de référence, sur un sol à 50 MPa. Les modules sont des valeurs rondes, de l'ordre de ceux d'un calcul à 15 °C : il s'agit de situer les grandeurs, pas de dimensionner — les épaisseurs se justifient au chapitre 9.
Trois lectures. La traction à la base des enrobés va de quelques dizaines de µdéf sous une assise épaisse à plusieurs centaines sous une couche mince : c'est elle que l'épaisseur d'enrobé fait baisser. La déformation du sol est d'autant plus faible que l'assise est raide. Et la structure semi-rigide se lit autrement : ses couches traitées travaillent en contrainte, et sa déflexion est faible.
Confondre les unités de déflexion. Le tableau d'Alizé et les catalogues donnent des déflexions en mm/100 (centièmes de millimètre) : 33,4 mm/100, c'est 0,334 mm. Une déflexion lue en millimètres et comparée à un seuil en mm/100 conduit à un diagnostic faux d'un facteur cent.
Le calcul de dimensionnement se fait sous un seul chargement conventionnel : le jumelage de 2 × 32,5 kN, q = 0,662 MPa, a = 0,125 m, entraxe 0,375 m. Les deux roues se superposent ; chaque cote est évaluée sous roue et entre jumelage, dans les deux directions, et l'on retient l'extremum. Le tableau des sollicitations, la déflexion entre jumelage et le rayon de courbure sont les résultats que reprennent la vérification (chapitre 8) et l'auscultation (chapitre 12).
8 · La méthode rationnelle NF P98-086
Le principe : ce que la structure subit contre ce que ses matériaux tolèrent
La méthode française est dite rationnelle parce qu'elle sépare deux questions que les catalogues empiriques mêlaient. D'un côté, que subit la structure ? — un calcul mécanique, sous une charge de référence unique. De l'autre, que peuvent tolérer ses matériaux ? — des lois de fatigue mesurées en laboratoire, transportées jusqu'à la chaussée réelle par des coefficients. Le trafic fait le lien : il fixe le nombre de cycles NE que chaque couche doit supporter [NF P98-086].
La norme distingue trois mécanismes d'endommagement, et donc trois critères : la fatigue des matériaux bitumineux, jugée sur leur allongement horizontal εt ; la fatigue des matériaux traités aux liants hydrauliques et des bétons, jugée sur leur contrainte de traction σt ; le cumul de déformations permanentes des matériaux non traités et du sol, jugé sur leur déformation verticale εz. Les deux premières sollicitations se lisent à la base des couches liées, la troisième au sommet des couches non liées, chaque fois à l'aplomb d'une roue et entre les roues ; on retient la plus défavorable (chapitre 7).
Le risque de calcul et le fractile u
Deux chaussées identiques sous le même trafic ne vivent pas aussi longtemps : les matériaux et les épaisseurs varient. La méthode l'assume par une approche probabiliste. Le risque de calcul r est la probabilité que des désordres imposant une reconstruction apparaissent pendant la durée de dimensionnement, sans entretien structurel ; c'est aussi la proportion de la longueur qu'on s'attend à reconstruire [NF P98-086].
Le raisonnement tient en trois lignes. À sollicitation donnée, le logarithme de la durée de vie d'une couche suit une loi normale d'écart-type δ (dispersion de l'essai et du chantier, chapitre 4). Pour que la probabilité de rompre avant NE vaille r, la durée de vie médiane doit valoir NE·10−u·δ, où u est le fractile de la loi normale associé à r (u = −1,645 pour 5 %). Reportée dans la loi de fatigue ε = ε6(N/106)b, cette exigence multiplie l'admissible par
kr = 10−u·b·δ avec δ = √( SN2 + (c·Sh/b)2 ), c = 2 m−1
Le risque est un choix du maître d'ouvrage, lié à sa stratégie d'investissement et d'entretien. La norme donne des valeurs indicatives, plus sévères pour les trafics forts, et différentes selon le matériau — les matériaux traités, plus dispersés, ont parfois un risque plus bas — [NF P98-086] :
| Risque (%), rase campagne et périurbain | TEX | TS | T0 | T1 | T2 | T3 | T4 | T5 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Matériaux bitumineux, toutes structures | 1 | 1 | 2 | 5 | 12 | 25 | 30 | 30 |
| MTLH, structures bitumineuses épaisses et semi-rigides | 1 | 1 | 2,5 | 5 | 7,5 | 12 | 25 | 25 |
| MTLH, structures inverses | 1 | 2 | 5 | 10 | 15 | 24 | 25 | 25 |
| MTLH, structures mixtes | 1 | 2 | 3 | 10 | 20 | 35 | 50 | 50 |
| Béton, couche de base ou de roulement | 1 | 1 | 2,8 | 5 | 7,5 | 15 | 25 | 25 |
Classes de trafic par TMJA poids lourds de la voie la plus chargée : T5 au-dessous de 25, T4 de 25 à 50, T3 de 50 à 150, T2 de 150 à 300, T1 de 300 à 750, T0 de 750 à 2 000, TS de 2 000 à 5 000, TEX au-delà. En milieu urbain, la norme retient 25 % pour les voies de desserte et de distribution, 5 % pour les voies principales à trafic lourd. Durée de dimensionnement indicative : 30 ans sur le réseau structurant de l'État, 20 ans sur le réseau non structurant.
Fractile, dispersion et coefficient de risque
u par l'approximation d'Acklam (fractile.js), kr par criteres.kr. La courbe balaie le risque de 1 à 50 % pour le matériau et l'épaisseur choisis ; à 50 %, u = 0 et kr = 1.
kr n'est pas une marge forfaitaire : c'est le facteur qui garantit, compte tenu de la dispersion δ, qu'une proportion r seulement de la chaussée sera ruinée avant NE. À 5 % de risque, une couche de grave-bitume doit avoir une durée de vie médiane près de quatre fois supérieure au trafic ; une grave-ciment, dont δ est près de quatre fois plus grand, plus de cent fois.
Les coefficients d'ajustement
Quatre coefficients complètent kr [NF P98-086] :
- kθ ramène la loi de fatigue des enrobés, mesurée à 10 °C, à la température équivalente : √(E(10 °C)/E(θeq)) (chapitre 4) ;
- kc, coefficient de calage, corrige l'écart entre la prédiction du calcul et le comportement observé des chaussées : 1,1 pour les bétons bitumineux, 1,3 pour les graves-bitume, 1 pour les enrobés à module élevé, 1,4 ou 1,5 pour les matériaux traités, 1,5 pour les bétons. Il est calé à 15 °C ;
- ks pénalise les hétérogénéités locales de portance de la plate-forme, d'autant plus préjudiciables qu'elle est faible. Il n'affecte que la couche posée sur la plate-forme ; pour une assise traitée dont l'interface base/fondation est glissante ou semi-collée, il ne s'applique qu'à la fondation ;
- kd rend compte des discontinuités — fissures de retrait des matériaux traités, joints et bords de dalles — que le modèle continu ignore ; il porte sur la couche de base (chapitre 4).
| Module de la plate-forme | E < 50 MPa | 50 ≤ E < 80 | 80 ≤ E < 120 | E ≥ 120 |
|---|---|---|---|---|
| ks | 1/1,2 | 1/1,1 | 1/1,065 | 1 |
Appliquer ks partout, ou avec une règle simplifiée. La norme le limite à la
couche posée sur la plate-forme, et distingue quatre niveaux de portance. La fonction
ksSupport des solveurs du cours ne retient que trois niveaux — 1/1,2, 1/1,1 et 1 — et prend donc 1/1,1 sur une PF2qs, un peu plus sévère que la
norme ; et un logiciel qui pénalise toutes les couches bitumineuses surestime légèrement les
couches supérieures. Les calculateurs de ce chapitre suivent la norme.
Critère 1 : la fatigue des matériaux bitumineux
À la base de chaque couche bitumineuse sollicitée en extension, l'allongement calculé doit rester sous
εt,adm = ε6(10 °C ; 25 Hz) · kθ · (NE/106)b · kr · kc · ks
Chaque facteur a sa raison : ε6 et b décrivent l'éprouvette, kθ la température, (NE/106)b le trafic, kr la dispersion et le risque, kc l'expérience des chaussées réelles, ks la plate-forme. NE est celui des matériaux bitumineux : NPL × CAM de la famille. Le critère protège contre la fissuration par la base et le faïençage qui suit.
εt,adm avec tous ses coefficients
criteres.epsTAdmissible : Sh selon l'épaisseur, kr au risque choisi, kθ à θeq par la table E(θ), kc du matériau, ks imposé (couche posée sur la plate-forme ou non).
Critère 2 : la traction des matériaux traités et des bétons
À la base des couches traitées aux liants hydrauliques et des bétons, la contrainte de traction calculée doit rester sous
σt,adm = σ6 · (NE/106)b · kr · kc · ks · kd
Pas de kθ : ces matériaux ne dépendent pas de la température. σ6 est la contrainte de rupture en un million de cycles sur éprouvettes mûries 360 jours. Si les couches traitées sont collées, on vérifie la base de l'assise ; sinon, la base de chacune [NF P98-086]. Le critère protège contre la rupture par fatigue des plaques traitées, qui se morcellent et perdent leur pouvoir de répartition.
Oublier le facteur (NE/106)b parce que la pente est faible. Burmister-Calc l'omet ; les solveurs du cours l'appliquent, comme la norme. Pour une grave-ciment T3 à 107 essieux, l'omettre surestime l'admissible de … — avec une loi de fatigue en puissance quinzième, cela divise la durée de vie réelle par ….
σt,adm d'un matériau traité
criteres.sigmaTAdmissible. Pour les bétons, la bibliothèque ne porte pas Sh : on prend 3 cm (couche unique sur couche de forme, tableau F.11), et kd selon la structure.
Critère 3 : la déformation verticale du sol et des GNT
Au sommet de la plate-forme et des couches non liées, la déformation verticale calculée doit rester sous
εz,adm = A · NE−0,222
avec A = 12 000 µdéf quand NE dépasse 250 000 et 16 000 µdéf au-dessous. Pour une GNT d'assise, il n'y a pas de critère de calcul jusqu'à 250 000 essieux — le choix du matériau suffit — et A = 12 000 au-delà ; pour la GNT intercalaire d'une structure inverse, A est majoré de 20 % : 14 400 et 19 200 µdéf [NF P98-086]. NE est celui de la famille sols et GNT. Ce critère n'a ni kr ni kc : il est empirique, calé d'emblée sur le comportement observé des chaussées, et protège contre l'orniérage à grand rayon — pas contre le fluage des enrobés.
Ce que chaque critère protège, famille par famille
| Famille | Critères à vérifier | Critère habituellement dimensionnant | Particularités du calcul |
|---|---|---|---|
| Souple | εz de la plate-forme | εz plate-forme | base GNT fixée (0,15 ou 0,20 m), seule la fondation se dimensionne ; couches collées |
| Bitumineuse épaisse | εt à la base des couches bitumineuses ; εz plate-forme et GNT | εt à la base de l'assise | couches collées ; fondation au moins égale à la base + 1 cm |
| Assise traitée (semi-rigide) | σt à la base des couches traitées ; εz | σt à la base de la fondation, ou de chaque couche si l'interface n'est pas collée | interface selon le liant ; kd ; ks sur la seule fondation |
| Mixte | σt de la fondation (phase 1), εt de la base (phase 2), εz | la somme des deux durées de vie NPL1 + NPL2 | phase 2 : fondation à E/5, interface glissante ; CAM propre à chaque famille |
| Inverse | εt, σt, εz plate-forme, εz GNT (+20 %) | εt des enrobés ou σt de la fondation | GNT de 0,12 m à 480 MPa, couches collées |
| Béton | σt à la base de la dalle et de la fondation | σt à la base de la dalle | kd de 1/1,07 à 1/1,7 ; interfaces propres à chaque montage |
Vérifier une structure
La vérification enchaîne tout le chapitre : NE par famille, sollicitations de Burmister, admissibles, puis un taux de travail par critère, rapport de la sollicitation à l'admissible. La structure convient si aucun ne dépasse 100 % ; le plus élevé désigne le critère dimensionnant, celui qu'on fait varier en jouant sur l'épaisseur (chapitre 9). Un taux très bas n'est pas une vertu : il signale une couche inutilement épaisse.
Vérification complète NF P98-086
criteres.verifier, avec ks appliqué à la seule couche posée sur la plate-forme et un risque par famille. CAM et risque proposés d'après les tableaux de la norme selon la classe de trafic ; enrobés à 15 °C ; épaisseur d'assise répartie selon les règles de la norme ; structure mixte en phase 1 seulement.
Exemple — Vérifier une grave-bitume sur PF2
Route nationale à caractère non autoroutier : … poids lourds par jour sur la voie la plus chargée à la mise en service, croissance de 3 % par an, 20 ans. Structure : 6 cm de BBSG, 12 + 13 cm de GB3 collés, sur une plate-forme PF2 (50 MPa) ; θeq = 15 °C.
- Trafic. …
- Risque. …
- Admissible de la GB3 de fondation (13 cm, posée sur la plate-forme). …
- Sollicitation. …
- Plate-forme. …
- Conclusion. …
Ce que font les autres référentiels
France
La NF P98-086 telle que décrite : risque selon la classe et le matériau, ks à quatre niveaux, A = 12 000 ou 16 000 µdéf au seuil de 250 000 essieux, θeq = 15 °C.
Tunisie
La note circulaire de 2017 reprend la méthode et le tableau des risques de la norme. Le catalogue révisé simplifie : 25, 10 et 5 % pour les bitumineux (T1–T3, T4–T5, T6 et plus), 25, 15 et 5 % pour les matériaux traités et le béton, à θeq = 28 °C [note circulaire 2017] [catalogue tunisien RevA].
Sénégal
Mêmes trois critères, à 34 °C et 20 Hz ; risque de 25 % pour les classes C1 à C4 (moins de 3 millions d'essieux), 5 % de C5 à C8 ; A = 16 000 ou 12 000 µdéf de part et d'autre de 250 000 essieux ; ks à quatre niveaux [catalogue Sénégal 2015].
Côte d'Ivoire
Risque de 30 % (TC1) à 5 % (TC5, TC6). Pour la plate-forme, A = 0,020 sous assise non traitée ou améliorée — avec εz calculé majoré de 20 % pour les matériaux améliorés au ciment — et, sous assise bitumineuse, 0,016 (TC2), 0,014 (TC3–TC4), 0,013 (TC5–TC6) [LBTP 2024].
Pays tropicaux
Pas de risque probabiliste : contraintes de traction admissibles tabulées en bars à la base des couches liées, et compression admissible en tête de plate-forme selon une formule de type Kerkhoven-Dormon, fonction du CBR et du nombre d'essieux [CEBTP 1980].
Trois critères, trois sollicitations, trois familles de matériaux : εt,adm avec kθ, kr, kc, ks pour les enrobés ; σt,adm avec kr, kc, ks, kd pour les matériaux traités ; εz,adm = A·NE−0,222 pour le sol et les GNT. Chacun avec le NE de sa famille. Le taux de travail le plus élevé dimensionne.
9 · Dimensionner une structure
Le calcul vérifie, l'ingénieur propose
Les chapitres 6 à 8 ont livré deux outils. Le modèle de Burmister donne, pour une structure donnée, les sollicitations sous le jumelage de référence ; la méthode rationnelle leur oppose des valeurs admissibles, qui dépendent du trafic, du risque et du matériau. Aucun des deux ne fabrique une chaussée : on leur soumet un empilement de couches, ils répondent s'il tient. La NF P98-086 est une méthode de vérification [NF P98-086].
Dimensionner, c'est donc chercher : proposer une structure, la calculer, lire quelle couche travaille le plus, corriger, recommencer — jusqu'à la structure qui satisfait tous ses critères avec le moins de matière, et qui se construit avec les ateliers du chantier. Les catalogues du chapitre 10 sont le produit de cette boucle, menée une fois pour toutes sur des cas types. Ce chapitre la déroule pas à pas, sur chaque famille de structure.
Les données d'entrée
Chacune a son chapitre. On les rassemble ici parce qu'une erreur sur l'une d'elles traverse toute la boucle sans qu'aucun calcul ne la signale : le moteur vérifie fidèlement la structure qu'on lui donne, sous le trafic qu'on lui donne.
- Le trafic, converti en essieux équivalents par famille de matériaux : NE = NPL × CAM, avec un coefficient d'agressivité propre aux bitumineux, aux matériaux traités et aux sols (chapitre 2). Il y a trois NE, et chaque couche est vérifiée sous le sien.
- La plateforme : sa classe et son module de calcul, qui est la borne inférieure de la classe — 50 MPa pour une PF2 (chapitre 3).
- Les matériaux : module à la température équivalente, loi de fatigue (ε6 ou σ6, pente b), dispersions SN et Sh, coefficient de calage kc (chapitre 4).
- Le risque de calcul, fixé par le maître d'ouvrage selon l'enjeu, la famille et le trafic, et les coefficients kr, ks, kd qui l'accompagnent (chapitre 8).
France
Température équivalente de 15 °C, modules à 10 Hz : la grave-bitume de classe 3 y vaut 9 000 MPa. Essieu de 130 kN à roues jumelées [NF P98-086].
Tunisie
Le catalogue RevA calcule à 28 °C et 20 Hz, avec ν = 0,45 pour les enrobés : la même GB3 n'y vaut plus que 4 170 MPa. Même essieu, mêmes critères, mêmes coefficients de calage que la norme française [catalogue RevA]. La note circulaire de 2017 retenait 20 °C au Nord et au Centre, 23 °C au Sud, à 10 Hz [note 2017].
Choisir la famille de structure
Le choix de la famille précède le calcul et ne s'en déduit pas : le calcul compare des épaisseurs, il ne pèse ni le prix d'un liant, ni la distance d'une carrière, ni la fissuration de retrait. Quatre ordres de raisons y conduisent.
- Le trafic. Une chaussée souple n'est raisonnable qu'à faible trafic : le catalogue français de 1998 ne propose sa structure GNT/GNT qu'en TC2₂₀ et TC3₂₀, sur le réseau non structurant ; le catalogue tunisien RevA, sa structure souple qu'en T1 à T3 [catalogue 1998] [catalogue RevA]. Aux fortes classes, il faut des assises liées épaisses, bitumineuses ou traitées — et le catalogue de 1998 rend la préfissuration des bases traitées obligatoire à partir de TC6.
- La plateforme. Une assise très raide posée sur un sol médiocre travaille mal, et son support se compacte mal. Le catalogue de 1998 ne retient plus la PF1 pour une chaussée neuve ; le catalogue tunisien n'emploie l'EME2 que sur PF2qs au moins.
- Les matériaux disponibles. Granulats concassés pour les graves-bitume et graves-ciment, ciment ou laitier, sols traitables en place : le catalogue tunisien emploie des sols traités aux liants hydrauliques dans 12 de ses fiches. Une famille qui exige un matériau absent de la région se paie en transport, sur toute l'épaisseur de l'assise.
- Le contexte. Le climat (un enrobé à 28 °C est deux fois plus souple qu'à 15 °C), la sensibilité à l'eau du sol, le phasage des travaux sous circulation, la capacité d'entretien — une assise traitée fissure par retrait et ces fissures remontent —, le savoir-faire des entreprises.
| Famille | Assise | Ce qui la ruine | Critères vérifiés |
|---|---|---|---|
| Souple | GNT sous un enrobé mince ou un enduit | orniérage : déformation du sol et des graves | εz du sol et des GNT |
| Bitumineuse épaisse | grave-bitume ou EME collées, parfois sur GNT | fatigue à la base de l'assise bitumineuse | εt des bitumineux, εz des GNT et du sol |
| Semi-rigide | grave-ciment, sable-ciment, grave-laitier, sol traité | fatigue en traction de la couche traitée ; fissures de retrait | σt des couches traitées, εz du sol |
| Mixte | grave-bitume sur fondation traitée | d'abord la fondation traitée, puis l'assise bitumineuse | deux phases : σt, puis εt ; εz du sol |
| Inverse | grave-bitume sur GNT sur couche traitée | fatigue de la grave-bitume ou de la couche traitée | εt, εz de la GNT, σt, εz du sol |
| Béton | dalle BC5 ou béton armé continu, sur béton maigre ou couche traitée | fatigue de la dalle, aggravée aux joints et aux bords | σt de la dalle (avec kd) et de la fondation, εz du sol |
Critères par famille d'après le fascicule 4 du catalogue tunisien RevA, qui reprend la méthode française [catalogue RevA] ; la structure inverse, que ce catalogue ne retient pas, suit la même logique couche par couche.
Pour fixer les idées, chaque famille a été dimensionnée par le calcul pour le projet de référence du chapitre : 300 PL/j/sens à la mise en service, 2 %/an sur 20 ans, plateforme PF2, risque de 5 % pour toutes — à armes égales —, référentiel français. Une seule couche est cherchée par famille ; les autres sont fixées.
La grave-bitume demande 23 cm d'assise, l'EME2 17 cm : son module élevé et sa meilleure tenue en fatigue économisent un quart de l'épaisseur. La grave-ciment demande 34,5 cm en une couche : plus épaisse, mais d'un matériau moins cher, qui répartit si bien la charge que le sol ne voit presque rien. La souple, elle, reste à 186 % : à ce trafic, la famille est hors de son domaine, et aucune épaisseur de fondation ne l'y ramène.
La structure mixte mérite un mot à part. Tant que sa fondation traitée est intacte, toutes les couches sont collées et c'est elle qui travaille ; quand elle s'est fissurée, l'interface avec la grave-bitume devient glissante et c'est la grave-bitume qui porte. Le catalogue tunisien la dimensionne ainsi en deux phases, la somme des trafics des deux phases devant couvrir le trafic de la durée de calcul [catalogue RevA]. Le moteur du cours vérifie une phase à la fois (calculateur ci-dessous) ; il ne cumule pas les deux, et une vérification d'un seul coup, interfaces de la phase 2 et fondation intacte, n'est ni l'une ni l'autre.
Prédimensionner
Un bon point de départ divise le nombre de boucles. On en a trois : une fiche de catalogue de la même classe de trafic et de plateforme (chapitre 10), un projet voisin, ou les épaisseurs usuelles de mise en œuvre. Les couches de surface, elles, ne se calculent pas : leur épaisseur suit le trafic et la famille, pour protéger l'assise et tenir l'orniérage. Le catalogue tunisien la fixe par classe : pour les structures bitumineuses, 6 cm puis 8 cm ; pour les semi-rigides, de 6 à 14 cm, mise en œuvre en deux couches au-delà de 8 cm [catalogue RevA]. Le catalogue français renvoie à des jeux de couches de surface, sans les chiffrer dans la fiche (chapitre 10).
Calculer : taux de travail et critère dimensionnant
Tout le calcul se résume, couche par couche, à un rapport :
taux de travail = s / sadm avec s = εt, σt ou εz
On le calcule pour chaque couche qui relève d'un critère : à la base de chaque couche liée (εt des bitumineux, σt des matériaux traités), au sommet de chaque couche non liée et du sol (εz), chacune sous le NE de sa famille. Le plus grand taux désigne le critère dimensionnant : c'est lui qu'on amènera à 100 %, et lui seul dit de combien épaissir. Une structure bien dimensionnée a un critère dimensionnant voisin de 100 % et les autres en dessous — parfois très en dessous, sans que ce soit un gaspillage : ces couches sont là pour d'autres raisons, étancher, protéger, offrir un support au compactage.
La couche qui commande n'est pas toujours celle qu'on croit. Dans une assise bitumineuse collée, c'est la base de la dernière couche, pas celle de la première, proche de la fibre neutre. Sur une plateforme faible, la déformation du sol peut prendre le pas sur la fatigue. Dans une semi-rigide dont les couches sont semi-collées, la base de la couche supérieure peut commander à son tour.
Étude complète d'une structure
Six familles, deux référentiels. Matériaux du référentiel à sa température équivalente, graves non traitées découpées selon sa règle, interfaces d'Alizé pour la famille, ks selon le module du support. Changer de famille rétablit ses épaisseurs par défaut. En France, le module des matériaux traités et le kd des bétons sont ceux du même matériau dans le catalogue tunisien. Le dernier menu ne sert qu'à la structure mixte.
Chercher l'épaisseur
Une fois la couche qui commande identifiée, on cherche l'épaisseur qui amène son taux à 100 %. Pour une couche liée, le taux décroît avec l'épaisseur : plus épaisse, la couche fléchit moins et sa base s'allonge moins. La recherche du cours procède par dichotomie, au pas de 5 mm, entre une épaisseur basse et une épaisseur haute. Deux issues signalent un problème de conception plutôt que de calcul : si l'épaisseur haute ne suffit pas, épaissir cette couche ne soulage pas le critère qui commande ; si l'épaisseur basse suffit, c'est la mise en œuvre qui fixe l'épaisseur, pas le dimensionnement.
La dichotomie suppose que le taux décroît régulièrement. C'est vrai pour une couche liée seule ; ça cesse de l'être quand l'épaisseur change la modélisation elle-même — une grave non traitée franchit 25 cm et se découpe en deux sous-couches de modules différents —, ou quand un critère cède la place à un autre. Le guide de Burmister-Calc préfère pour cette raison un balayage [guide Burmister-Calc]. Le calculateur trace la courbe entière, pour qu'on voie sa forme avant de croire son minimum.
Recherche de l'épaisseur et découpage
La couche cherchée est l'assise (ou la fondation de la souple, la dalle du béton) ; la couche de roulement est hors critère. Courbes : taux de chaque famille de critère en fonction de l'épaisseur, sur 20 ans à 2 %/an. Sous la courbe, l'épaisseur trouvée est découpée en couches de mise en œuvre d'après les épaisseurs du catalogue du pays, puis la structure réelle est revérifiée.
Découper en couches de mise en œuvre
L'épaisseur trouvée est une épaisseur de calcul. Sur le chantier, chaque matériau se répand et se compacte en couches d'épaisseur bornée : trop mince, un enrobé refroidit avant d'être compacté et une grave ne se serre pas ; trop épaisse, le compacteur n'atteint plus la densité au fond. Le guide de Burmister-Calc retient de l'ordre de 4 cm au minimum pour un enrobé et de 12 cm pour une grave [guide Burmister-Calc] ; le catalogue tunisien de 1984 bornait chaque couche de grave à 30 cm [catalogue 1984]. Les catalogues en disent davantage par l'exemple : le tableau relève, fiche par fiche, les épaisseurs qu'ils posent pour chaque matériau.
On y lit les ordres de grandeur : la grave-bitume se pose rarement en plus de 15 cm d'un coup ; la grave-ciment va jusqu'à 32 cm, mais le catalogue de 1998 précise qu'une telle épaisseur exige un atelier de compactage adapté [catalogue 1998]. Le découpage n'est pas neutre pour le calcul, pour deux raisons opposées.
- Deux couches bitumineuses collées se comportent mécaniquement comme une seule. Mais la dispersion d'épaisseur Sh, qui entre dans kr, se compte couche par couche : 1 cm jusqu'à 10 cm, 2,5 cm à partir de 15 cm, linéaire entre les deux (chapitre 8). Une assise en deux couches est donc moins pénalisée qu'une couche unique de même épaisseur.
- Deux couches traitées aux liants hydrauliques ne sont pas collées : leur interface est semi-collée, voire glissante, et l'assise découpée est plus faible que l'assise monolithique du calcul. Le découpage d'une grave-ciment se revérifie toujours — le calculateur le fait, et cherche au besoin la couche inférieure à couches réelles.
Les catalogues ajoutent leurs propres dispositions : préfissuration des bases traitées sous fort trafic, nivellement de la plateforme à ± 2 cm quand l'assise bitumineuse ne dépasse pas 12 cm [catalogue 1998], majoration de 4 cm des assises traitées et des dalles pour couvrir les surcharges constatées aux pesages [catalogue RevA]. Aucune ne sort du calcul ; toutes en conditionnent la validité.
Les interfaces retenues au calcul
Le modèle de Burmister ne connaît que deux états : collé, quand les déplacements sont continus de part et d'autre de l'interface, et glissant, quand le cisaillement y est nul. La réalité est entre les deux, et elle évolue : un collage parfait au jeune âge se dégrade sous le trafic et l'eau. La méthode fixe donc, famille par famille, l'état à retenir ; l'état intermédiaire, semi-collé, se calcule comme la moyenne des deux calculs extrêmes (chapitre 6). Le tableau applique ces règles, telles que les code le moteur du cours d'après la grille d'Alizé, à des structures types.
Trois idées résument la grille. Entre matériaux bitumineux, tout est collé. Entre couches traitées aux liants hydrauliques, l'interface est semi-collée par défaut — glissante pour certaines graves (grave-ciment de classe 4, grave-cendres volantes), collée pour la grave-laitier granulé. Entre une dalle de béton et sa fondation, elle est glissante. La structure mixte, enfin, change d'état au cours de sa vie.
France
Grille d'Alizé, guide LCPC-SETRA 1994 et NF P98-086, avec ses options : membrane de cure sous la fondation, étude globale, âge d'un béton armé continu sur grave-bitume [NF P98-086].
Tunisie
Le catalogue RevA publie sa propre grille : enrobé collé sur GNT, grave-bitume, EME ou grave-ciment, semi-collé sur sol traité ; base et fondation collées dans les souples et bitumineuses, semi-collées dans les semi-rigides, glissantes dans les rigides ; mixte collée puis glissante ; fondation collée sur la plateforme [catalogue RevA].
L'enjeu se chiffre. Une assise de deux fois 20 cm de grave-ciment sous 8 cm d'enrobé, sur PF2, pour le trafic de référence :
Collée, la base de la couche supérieure est proche de la fibre neutre de l'assise : σt = 0,1 MPa. Semi-collée, elle travaille en flexion pour son propre compte : 0,5 MPa ; glissante, 0,9 MPa, pour 0,8 MPa admissibles. La fondation, elle, passe de 60 % à 80 % puis à 100 % : à mesure que les deux couches se désolidarisent, chacune ne compte plus que sur sa propre épaisseur.
Vérifier toutes les couches, puis ajuster
Quand le critère dimensionnant dépasse 100 %, ou reste très en dessous, on modifie la structure et on recommence. Les leviers n'ont pas le même prix ni le même effet ; le tableau les compare autour de la structure prédimensionnée de l'exemple résolu (BBSG 6 cm + GB3 10 cm + GB3 10 cm sur PF2, trafic de référence), qui ne passe pas.
Épaissir la couche qui commande est le levier direct ; un centimètre ne suffit pas toujours. Changer de matériau — une EME2 au lieu d'une GB3 — gagne beaucoup à épaisseur égale, au prix d'un enrobé plus cher et plus exigeant à fabriquer. Améliorer la plateforme par une couche de forme coûte du terrassement, mais protège toute la structure et soulage aussi la fatigue de l'assise, mieux portée. Épaissir le roulement aide également — de 108 % à 98 % ici —, car le roulement collé participe à la flexion ; mais c'est l'enrobé le plus cher de la structure, et son épaisseur se fixe pour d'autres raisons. Le risque, enfin, n'est pas un levier technique : c'est une décision du maître d'ouvrage. Le relever pour faire passer une structure revient à accepter davantage de reconstructions avant terme.
Une famille contre une autre
À trafic donné, la comparaison des familles se fait sur l'épaisseur — et ensuite sur le coût, que le calcul ne connaît pas. Le calculateur dimensionne deux familles pour le même projet et les dessine à la même échelle. Les écarts varient avec le trafic : à faible trafic, les épaisseurs minimales de mise en œuvre égalisent tout ; à fort trafic, la raideur des assises traitées et des EME creuse les différences.
Deux familles pour le même trafic
Pour chaque famille, la couche cherchée est dimensionnée par dichotomie ; 20 ans à 2 %/an, critère des sols « trafic fort ». Le même risque s'applique aux deux familles, ce qui n'est pas l'usage des catalogues : celui de 1998 donne aux assises traitées un risque plus faible qu'aux bitumineuses aux trafics moyens.
Exemple — Une chaussée bitumineuse épaisse, de la prédimension à la structure retenue
Projet de référence : 300 PL/j/sens à la mise en service, croissance géométrique de 2 %/an sur 20 ans ; plateforme PF2 (E = 50 MPa) ; risque 5 % ; référentiel français, θeq = 15 °C ; ks selon le module du support.
- Trafic. C = ((1,02)20 − 1)/0,02 = 24,30 ; NPL = 365 × 300 × C = 2,66 millions de poids lourds. Avec les CAM du profil français, 0,8 pour les bitumineux et 1 pour le sol : NE = 2,13 millions d'essieux pour les couches bitumineuses, 2,66 millions pour la plateforme.
- Prédimensionnement. BBSG 6 cm + GB3 10 cm + GB3 10 cm, toutes interfaces collées : l'ordre de grandeur d'une fiche de catalogue à ce trafic, un peu juste.
- Calcul. La GB3 vaut 9 000 MPa à 15 °C. À la base de la GB3 de fondation, εt = 82,1 µdéf. Admissible : ε6 = 90 µdéf, kθ = 1,149, (NE/106)b = 0,860, Sh = 1,30 cm d'où kr = 0,781 pour u = −1,645, kc = 1,3, ks = 0,909 sur PF2 : εt,adm = 82,0 µdéf. Taux de travail : 100,1 %.
- Les autres critères. La base de la GB3 de base, près de la fibre neutre de l'assise collée, travaille à 24 % ; la plateforme, avec εz = 289 µdéf pour 450 admissibles, à 64 %. Le roulement, couche de surface, n'est pas un critère. Le critère dimensionnant est la fatigue de la GB3 de fondation, en dépassement : il faut épaissir.
- Recherche. En ne faisant varier que la fondation, le taux atteint 100 % pour 12,0 cm ; arrondie au centimètre supérieur, l'épaisseur retenue est 12 cm. Taux final : 98 %.
- Découpage. L'assise de 22 cm reste en deux couches, 10 cm et 12 cm, dans la plage des fiches. Structure retenue : 28 cm au total.
- Contre-épreuve. Calculée comme une couche unique, l'assise demanderait 22,5 cm ; une couche unique de la même épaisseur que l'assise retenue travaillerait à 102 %, parce que sa dispersion d'épaisseur Sh = 2,50 cm, au lieu de 1,60 cm pour la couche de fondation réelle, rend kr plus sévère. Le découpage, imposé par le chantier, ne coûte rien ici : il fait même gagner un peu.
Quatre pièges
La norme vérifie les couches qui relèvent d'un critère de dimensionnement, c'est-à-dire les couches d'assise ; les couches de surface n'en sont pas [NF P98-086 § 5.3 et § 5.4]. C'est le rôle dans la structure qui décide, pas le matériau : un BBSG employé en base relèverait du critère. Sur une bitumineuse épaisse, l'erreur est sans effet, la base du roulement collé sur l'assise étant comprimée. Sur une souple, elle est grossière : pour 6 cm de BBSG sur 45 cm de GNT, à 35 PL/j sur PF2 et avec le coefficient A des faibles trafics, ce qui commande est la plateforme, à 90 % ; soumettre l'enrobé mince à la fatigue le ferait travailler à 300 % (εt = 300 µdéf), et ferait conclure à tort qu'il faut l'épaissir. À l'inverse, ne pas le modéliser serait une autre faute : il ne relève d'aucun critère, mais il porte, et il fait partie de la structure calculée.
Une GNT n'a pas de module propre : il dépend de ce qui la porte. Le profil français la découpe en sous-couches de 25 cm au plus et donne à chacune 2,5 fois le module de celle du dessous, plafonné à 360 MPa. Saisir un module unique de 400 MPa pour toute l'épaisseur raidit la structure à tort : sur la souple de faible trafic du piège précédent, la plateforme passerait de 90 % à 70 %. La règle a un second effet : la modélisation change à 25 cm. Avec 25 cm de fondation, une seule sous-couche à 125 MPa et une base à 313 MPa ; avec 26 cm, deux sous-couches (313 puis 125 MPa, de haut en bas) et une base à 360 MPa. Le taux de la plateforme passe de 90 % à 80 % pour un centimètre : la courbe d'une GNT est en marches d'escalier. En Tunisie, la règle n'est pas la même : la note de 2017 fixe la base à 500 MPa (catégorie 1) ou 400 MPa (catégorie 2) et multiplie par 3 ou 2,5 en fondation [note 2017], quand le catalogue RevA écrit, pour les souples, 200 MPa en base et k = 2 [catalogue RevA] ; le profil tunisien du cours applique la note.
Supposer collées deux couches de grave-ciment, c'est les faire travailler comme un bloc dont la couche supérieure ne fléchit presque pas. Le tableau des interfaces l'a montré : la base de la couche supérieure passe de 8 % à 75 % de son admissible quand on la calcule semi-collée, et la fondation gagne 18 points de taux de travail. Une semi-rigide calculée collée est sous-dimensionnée. Et l'état semi-collé n'est pas un état physique : c'est une convention, la moyenne de deux calculs, qu'on ne remplace pas par un état « plutôt collé » à sa convenance.
Le module de calcul est la borne basse de la classe : 50 MPa pour une PF2, même si les essais de réception donnent 65. Calculer la structure retenue dans l'exemple avec 65 MPa ferait passer son taux de 100 % à 95 % — une économie qui n'est pas acquise, la classe ne garantissant que 50 MPa à long terme. Sur une PF1 (20 MPa), que le catalogue de 1998 ne retient plus pour une chaussée neuve, la même structure monterait à 130 % (fondation). Le module du support entre deux fois : dans le calcul, et dans ks, qui passe à 1/1,2 sous 50 MPa.
France
Une méthode, la NF P98-086, et un catalogue qui en est l'application : risque choisi par famille et par classe, CAM par famille, θeq = 15 °C, GNT découpées en sous-couches de 25 cm (k = 2,5, 360 MPa au plus). Hors catalogue, le projeteur refait la boucle de ce chapitre.
Tunisie
La même méthode, calée sur les matériaux et le climat tunisiens : 28 °C et 20 Hz, risque par classe de trafic (25, 10 puis 5 % pour les bitumineux ; 25, 15 puis 5 % pour les matériaux traités), CAM par classe, assises traitées majorées de 4 cm [catalogue RevA]. La boucle est la même ; ses données changent, et avec elles les épaisseurs.
Dimensionner, c'est boucler : choisir une famille, prédimensionner, calculer, lire le critère dimensionnant — le plus grand taux de travail —, ajuster l'épaisseur de la couche qui commande, découper en couches constructibles, revérifier. Toutes les couches d'assise et le sol sont vérifiés, chacun sous le trafic de sa famille ; le roulement ne l'est pas. Les interfaces, la subdivision des graves et le module de la plateforme ne sont pas des détails : ce sont des hypothèses qui changent l'épaisseur.
10 · Les catalogues de France et de Tunisie
Un catalogue, c'est une boucle déjà parcourue
Le chapitre 9 a déroulé la boucle du dimensionnement : choisir une famille, prédimensionner, calculer, ajuster, découper. Un catalogue de structures types est le résultat de cette boucle, menée une fois pour toutes par l'administration sur des cas normalisés : quelques familles de structures, quelques classes de trafic, quelques classes de plateforme, et pour chaque case une structure vérifiée, constructible, éprouvée par l'expérience. Le projeteur y gagne du temps et l'homogénéité d'un réseau entier.
Le prix est caché dans les hypothèses : durée de calcul, loi de croissance du trafic, définition du poids lourd, coefficients d'agressivité, risque, matériaux, température, module de plateforme. Utiliser une fiche, c'est les adopter toutes. Vérifier que le projet les respecte reste le travail de l'ingénieur, et c'est l'objet de ce chapitre : lire les deux catalogues, puis recalculer leurs fiches par la méthode rationnelle pour voir ce qu'elles supposent.
Le catalogue français de 1998
Le Catalogue des structures types de chaussées neuves du réseau routier national, publié par le SETRA et le LCPC en 1998, est le document de référence pour une chaussée neuve en France [catalogue 1998]. Il ne faut pas le confondre avec le manuel de conception des chaussées d'autoroutes de Scetauroute (2005), document d'entreprise destiné aux autoroutes concédées, dont les classes t4− à tex+ portent sur un débit journalier de poids lourds de plus de 50 kN de charge utile [manuel Scetauroute 2005]. Le catalogue de 1998 compte 25 fiches pour le réseau structurant et 27 pour le réseau non structurant, soit 518 cases renseignées.
Deux réseaux, deux durées
Les voies du réseau structurant (VRS) se dimensionnent sur 30 ans, celles du réseau non structurant (VRNS) sur 20 ans. Le choix du réseau ne se calcule pas : il appartient au maître d'ouvrage. Chaque série a ses propres classes, repérées par leur durée en indice : TC4₃₀ et TC4₂₀ ne recouvrent pas le même trafic, et une fiche d'une série ne vaut rien pour l'autre, puisqu'elle n'a pas été calculée sur la même durée.
Le trafic cumulé et les classes TCi
Trois conventions fixent le trafic du catalogue, et chacune piège le lecteur pressé.
- Le poids lourd est un véhicule de plus de 35 kN de poids total autorisé en charge (NF P 98-082). Le catalogue de 1977 comptait les véhicules de plus de 50 kN de charge utile ; on passe de l'un à l'autre par NPTAC = 1,25 × NCU — 100 poids lourds « anciens » en font 125 « nouveaux » —, relation valable en rase campagne seulement.
- Le trafic est celui de la voie la plus chargée : en section courante de rase campagne, 100 % du trafic d'un sens sur une chaussée à une voie, 90 % à deux voies, 80 % à trois voies.
- La croissance est linéaire, et non géométrique comme au chapitre 2 : 5 %/an sur le réseau structurant, 2 %/an sur le réseau non structurant.
NPL = 365 × T × C avec C = d + t · d (d − 1) / 2 [catalogue 1998]
où T est le trafic journalier de la voie la plus chargée à la mise en service, d la durée et t le taux de croissance. Les classes ne portent donc pas sur un débit, mais sur un nombre de poids lourds cumulé sur toute la durée :
Pour 500 PL/j sur une voie du réseau non structurant, C = 23,8 et le cumul atteint 4,34 millions de poids lourds : classe TC5₂₀. Sur le réseau structurant, le même débit donne C = 51,75, 9,44 millions, classe TC5₃₀. Et les 4,34 millions du réseau non structurant, lus sur l'échelle du réseau structurant, tomberaient en TC4₃₀ : deux classes de même rang ne couvrent pas le même trafic.
À 5 %/an sur 30 ans, le facteur de cumul vaut 51,75 en croissance linéaire et 66,44 en croissance géométrique, soit 28 % de plus. Pour 650 PL/j sur une voie du réseau structurant, la règle du catalogue donne 12,3 millions de poids lourds, classe TC5₃₀ ; la formule géométrique donnerait 15,8 millions, classe TC6₃₀, et une chaussée plus épaisse sans raison. Les fiches ont été calculées avec la croissance linéaire : c'est elle qu'il faut prendre pour retrouver leur classe.
Risque, agressivité et trafic de calcul
Le risque de calcul dépend de la famille de structure et de la classe : il décroît quand le trafic croît, à mesure que l'enjeu d'une reconstruction grandit. Les familles se distinguent par la dispersion de leur comportement en fatigue : à trafic moyen, une assise traitée reçoit un risque plus faible qu'une assise bitumineuse. La structure mixte porte deux risques, un pour son assise et un, bien plus élevé, pour sa fondation traitée, dont on attend qu'elle se fissure avant la fin de la durée de calcul. Le coefficient d'agressivité moyen dépend de la famille et du réseau [catalogue 1998].
Le catalogue publie aussi le nombre d'essieux équivalents avec lequel chaque case a été calculée : c'est la valeur à reprendre pour recalculer une fiche.
La plateforme se vérifie à part, avec εz,adm = 0,012 · NE−0,222 sur tout le réseau — la relation des trafics forts, A = 12 000 µdéf, retenue par souci d'homogénéité — et avec un CAM propre (dernière ligne du premier tableau), qui ne vient pas des stations de comptage mais du comportement observé.
La plateforme
Quatre classes, de PF1 à PF4, caractérisées par leur module à long terme ; le module de calcul est la borne inférieure de la classe : 50 MPa pour une PF2, 120 pour une PF3, 200 pour une PF4, avec ν = 0,35. Le catalogue ne retient plus de PF1 pour une chaussée neuve : sa portance à long terme est trop faible pour garantir la tenue de la structure [catalogue 1998].
Lire une fiche
Une fiche réunit une famille de structure et une série. C'est une matrice : une ligne par classe de trafic, une colonne par classe de plateforme, et dans chaque case les épaisseurs d'assise, de haut en bas, nominales au bord de la voie la plus chargée.
- La couche de surface n'est pas chiffrée. La case renvoie, par une couleur, à un jeu de couches de surface de la page de commentaires (bleu, rose, vert ou orange). Seule la fiche GNT/GNT chiffre sa couverture ; les chaussées en béton n'en ont pas.
- L'astérisque n'a pas le même sens selon l'assise. Sur une assise traitée aux liants hydrauliques, il impose la préfissuration de la couche de base, obligatoire à partir de TC6 et vivement conseillée en dessous. Sur une assise bitumineuse de 12 cm au plus, il exige un nivellement de la plateforme à ± 2 cm, qu'une couche de réglage de 10 cm de GNT insensible à l'eau peut assurer.
- Le renvoi (2) signale une épaisseur qui exige un atelier de compactage adapté.
Une fiche française donne l'assise ; une fiche tunisienne, la structure complète, couche de roulement comprise. Comparer les totaux, ou comparer deux cases françaises dont les jeux de surface diffèrent, c'est comparer des choses différentes. Le catalogue de 1998 présente ainsi une fiche dont l'assise est plus mince à la classe supérieure, parce que la couche de surface y est plus épaisse : la donnée est juste, sa lecture hâtive ne l'est pas.
Rechercher et recalculer une fiche du catalogue de 1998
Le trafic se saisit sur la voie la plus chargée, à la mise en service. Le cumul suit la règle du catalogue (croissance linéaire, durée du réseau). La fiche choisie est recalculée sous le NE de calcul du tableau 7, avec le risque du tableau 5 et le CAM de plateforme du tableau 10, puis sous le NE du projet ; la couche de surface, que la fiche ne chiffre pas, est une hypothèse, hors critère de fatigue.
Les catalogues tunisiens
La Tunisie a dimensionné ses chaussées neuves par trois textes successifs : un catalogue déterministe en 1984, une note circulaire qui y introduit la méthode rationnelle en 2017, et le catalogue RevA, qui la met en œuvre complètement. Le premier reste utile pour lire les chaussées existantes, construites selon ses fiches.
Le catalogue de 1984
Établi pour la Direction des Ponts et Chaussées en août 1984, il couvre les chaussées souples et semi-rigides des routes de rase campagne, hors autoroutes et zones urbaines ou industrielles [catalogue 1984]. Ses classes de trafic se lisent au rebours de celles qui suivront : T1 est la plus lourde, de 600 à 1200 PL/j sur la voie chargée à la mise en service, T5 la plus légère, sous 50 PL/j. Les fiches supposent une durée de 15 ans et une croissance de 8 % ; un poids lourd y vaut environ 0,36 essieu de 13 t, d'après les pesages de mars 1983. Le sol est classé de S1 à S4 par son CBR (5 à 8, 8 à 12, 12 à 20, plus de 20) ; en dessous de 5 (S0), il faut une couche de forme.
Les 10 fiches de chaussées neuves croisent T1 à T5 avec S1 à S4. Le renforcement suit une autre logique : la chaussée existante est classée de C1 (la plus faible) à C5, par sa coupe ou par un indice de structure de type AASHTO :
SN̄ = Σ ai hi / 2,54 + ΔSN(CBR) (hi en cm) [catalogue 1984]
Pour une chaussée de 5 cm de béton bitumineux faïencé sur 15 cm de grave reconstituée et 20 cm de grave concassée, sur un sol S1 : SN = (0,20 × 5 + 0,12 × 15 + 0,10 × 20) / 2,54 = 1,89, ΔSN = 1,10, SN̄ = 2,99 : classe C3. Sous un trafic T2, les fiches de renforcement proposent alors, au choix : ….
Le catalogue de 1984 ne donne aucune loi de fatigue : il ne se vérifie pas par la méthode rationnelle avec ses propres données, et le profil du cours le signale en déclarant ses critères non applicables.
En 1984, T1 désigne le trafic le plus lourd ; dans le catalogue RevA, le plus léger. Une étude de renforcement qui cite « une chaussée T1 » sans dire de quel catalogue elle parle peut se tromper d'un ordre de grandeur. De même, S1 à S4 classent un sol par son CBR, tandis que PF1 à PF4 classent une plateforme par son module : les deux échelles ne se correspondent pas.
La note circulaire de 2017
La note de la DGPC du 4 mars 2017 est un additif au catalogue de 1984 : elle introduit la méthode rationnelle alignée sur la NF P98-086, sous l'essieu de 130 kN [note 2017]. Elle fixe la période de calcul à 15 ans pour les chaussées courantes et à 20 ans pour les autoroutes et les voies urbaines, donne des risques par type de structure et par couche sur une échelle de trafic voisine de l'échelle française (T5 à TEX), et des coefficients d'agressivité qui distinguent le réseau autoroutier, où les poids lourds dépassent 10 % du trafic. Elle calcule les enrobés à 10 Hz et à 20 °C au Nord et au Centre, 23 °C au Sud ; elle encadre les graves non traitées — base en catégorie 1 (GRH, 500 MPa) ou 2 (400 MPa), fondation découpée en sous-couches de 25 cm avec un rapport de 3 ou 2,5, bornée à 360 MPa, et seule la catégorie 1 admise sous une grave-bitume ; elle module enfin ks en quatre paliers, dont un de 1/1,065 entre 80 et 120 MPa.
Le catalogue RevA
Le catalogue de dimensionnement RevA, en six fascicules (trafic, plateforme et sols, matériaux, hypothèses de dimensionnement, structures neuves, renforcement), applique la méthode rationnelle aux matériaux et au climat tunisiens [catalogue RevA]. Ses choix majeurs :
- huit classes T1 à T8 indexées par le NPL cumulé, et non par le débit, avec une durée type par classe ; la croissance est géométrique (chapitre 2) ;
- des enrobés calculés à 28 °C et 20 Hz, avec ν = 0,45 ;
- des CAM et des risques par classe de trafic ;
- des graves non traitées de catégorie CG3 seulement, découpées en sous-couches de 25 cm — base de 200 MPa et rapport 2 sous les souples, rapport 3 et 360 MPa au plus sous les bitumineuses ; l'EME2 réservé aux plateformes PF2qs et mieux ; les assises traitées et les dalles majorées de 4 cm pour couvrir les surcharges constatées aux pesages.
La température change tout. La grave-bitume de classe 3 vaut 9 000 MPa dans le calcul français à 15 °C ; 6 120 MPa à 20 °C et 5 334 MPa à 23 °C d'après les tables de la note de 2017, à 10 Hz ; 4 170 MPa dans le catalogue RevA, à 28 °C et 20 Hz. Les matériaux de calcul du catalogue RevA :
Ses fiches de structures neuves — 29 en comptant la variante à enduit superficiel de la structure souple, 401 cases — vont de la chaussée souple (BBSG ou enduit sur GNT, en T1 à T3) aux chaussées en béton (BC5, béton goujonné ou armé continu sur béton maigre, grave-ciment ou sol traité), en passant par les bitumineuses, les semi-rigides et les mixtes. Contrairement aux fiches françaises, chacune chiffre sa couche de roulement. Le fascicule de renforcement classe les chaussées existantes (fissuration, orniérage, déflexion) mais ne publie pas de fiches d'épaisseur.
France, 1998
Classes de trafic cumulé TCi, croissance linéaire, deux réseaux de 30 et 20 ans ; risque et CAM par famille ; θeq = 15 °C ; fiches d'assise, couche de surface à part.
Tunisie, RevA
Classes T1 à T8 de NPL, croissance géométrique, durée type de 10 à 30 ans ; risque et CAM par classe ; 28 °C et 20 Hz ; coefficients de calage de la norme française ; fiches complètes, assises traitées majorées de 4 cm.
Rechercher et recalculer une fiche tunisienne
Le même débit sert aux deux catalogues : NPL géométrique pour le catalogue RevA (sur la durée type de la classe obtenue, ou sur une durée imposée), débit de la voie chargée pour celui de 1984. La fiche RevA choisie est recalculée à 28 °C avec le CAM et le risque de sa classe, au NPL du projet puis à la borne haute de la classe.
Ce que la méthode rationnelle dit d'une fiche
Une fiche se vérifie comme n'importe quelle structure : on la convertit en couches de calcul — chaque matériau du pays trouvé par sa clé, les interfaces d'Alizé, la plateforme semi-infinie au module de sa classe —, on la calcule sous le jumelage de référence, et on la vérifie avec les hypothèses du catalogue. Pour une fiche française : le NE de calcul du tableau 7, le risque du tableau 5, le CAM de plateforme du tableau 10, une couche de surface supposée de 6 cm sur le réseau non structurant et de 8 cm sur le réseau structurant, hors critère. Pour une fiche tunisienne : le NPL à la borne haute de la classe, le CAM et le risque de la classe, 28 °C.
Les fiches françaises bitumineuses et semi-rigides se retrouvent entre 90 et 102 % : le calcul rationnel retombe sur le catalogue à quelques pour cent près, l'écart venant de la couche de surface supposée, des arrondis au centimètre et des conventions (ks, Sh). La fiche béton se recalcule à 99 % avec le coefficient kd = 1/1,7 du béton non goujonné, repris de la bibliothèque tunisienne ; sans lui, elle ne travaillerait qu'à 58 % : c'est l'indice que le catalogue l'a calculée avec ce coefficient, que la bibliothèque française du cours ne porte pas.
Les fiches tunisiennes bitumineuses se recalculent entre 86 et 93 %, les fiches à assise traitée ou en béton entre 78 et 89 % : la majoration de 4 cm pour surcharges se voit, elle n'est pas dans le calcul de fatigue.
Trois familles ne se vérifient pas d'un seul calcul. La mixte, qui se dimensionne en deux phases. La souple, dont la grave de base, juste sous un enrobé mince, est très sensible à la règle qui fixe son module : avec celle de la note de 2017, la fiche souple tunisienne ne passe pas au sommet de sa grave de base. Et les fiches dont un matériau n'a pas de loi de fatigue dans la bibliothèque — grave-laitier granulé, béton armé continu, dalle, couche drainante —, ainsi que tout le catalogue de 1984.
Une fiche est un point de départ, pas une preuve. Recalculée avec les hypothèses de son catalogue, elle retombe près de 100 % : la méthode et le catalogue disent la même chose. Dès que le projet s'en écarte — agressivité mesurée, durée plus longue, autre matériau, climat plus chaud —, il faut refaire le calcul avec les données du projet, et la fiche ne sert plus que de prédimensionnement.
France et Tunisie sur un même projet
Exemple — Une route de 500 PL/j dans les deux catalogues
Route du réseau non structurant, 500 PL/j sur la voie la plus chargée à la mise en service, croissance de 2 %/an, plateforme PF2, structure en grave-bitume de classe 3.
- Classe française. C = 23,8 ; cumul 4,34 millions de PL : TC5₂₀.
- Fiche GB3/GB3. Assise 10 + 11 cm, soit 21 cm, sous une couche de surface du jeu bleu, non chiffrée.
- Recalcul français. Risque 5 %, CAM 0,5 ; sous le NE de calcul du catalogue, 2,0 millions d'essieux, le taux maximal est de 101 % ; sous le NE du projet, 2,17 millions, de 103 %. À la précision du recalcul près — la couche de surface est supposée —, la fiche est juste dimensionnée pour sa classe ; le projet, un peu au-dessus du trafic de calcul de la case, la sollicite un peu plus.
- Classe tunisienne. NPL = 4,43 millions de PL sur 20 ans (croissance géométrique) : classe T5.
- Fiche 1.3. 8 + 11 + 12 cm : BBSG de 8 cm sur 23 cm de GB3, soit 31 cm.
- Recalcul tunisien. CAM 0,2, d'où NE = 0,89 million ; risque 10 % ; taux maximal au NPL du projet : 80 %.
- Lecture. L'assise tunisienne est plus épaisse de 2 cm pour un trafic voisin. À 28 °C, la grave-bitume est deux fois plus souple et fléchit davantage ; la loi de fatigue, ramenée à cette température, l'admet en partie, et le CAM tunisien, plus faible, allège le trafic équivalent. Les deux catalogues n'ont ni les mêmes poids lourds, ni la même croissance, ni le même risque : leurs épaisseurs se comparent, leurs classes ne se convertissent pas.
Épaisseurs des deux catalogues pour un même trafic
Pour chaque trafic de la courbe, la classe est déterminée dans chaque pays selon sa règle, et l'épaisseur lue sur la fiche de même famille. Une case sans fiche interrompt la courbe. Traits pleins : l'assise seule ; en tirets, la structure complète — couche de surface de la fiche en Tunisie, couche de surface supposée en France, faute d'épaisseur dans la fiche.
Une fiche française suppose un CAM, une durée, une croissance linéaire et un poids lourd de plus de 35 kN de PTAC ; une fiche tunisienne, 28 °C, le CAM et le risque de sa classe, des matériaux caractérisés en Tunisie. Prendre une fiche française pour une route tunisienne revient à calculer l'enrobé à 15 °C sous un climat que le catalogue tunisien représente par 28 °C ; prendre une fiche tunisienne sans vérifier que le CAM mesuré aux pesages reste dans celui de sa classe, c'est ignorer que le catalogue l'a justement tiré des pesages. Dans les deux cas, on recalcule.
France
Un catalogue de 1998 pour le réseau national, deux séries de fiches indexées par le trafic cumulé, une méthode — la NF P98-086 — qui permet de sortir du catalogue en gardant les mêmes critères. Les autoroutes concédées ont leur propre manuel.
Tunisie
Trois strates : les fiches déterministes de 1984, toujours utiles pour lire l'existant ; la note de 2017, qui introduit la méthode rationnelle ; le catalogue RevA, qui la cale sur les matériaux, le trafic pesé et le climat du pays.
Le catalogue français de 1998 indexe ses fiches par un trafic cumulé en croissance linéaire, sur 30 ans (VRS) ou 20 ans (VRNS), et ne chiffre que l'assise. Le catalogue tunisien RevA les indexe par le NPL, calcule à 28 °C et donne des structures complètes ; celui de 1984 classe trafic et sols à sa façon, T1 étant le plus lourd. Recalculée avec ses propres hypothèses, une fiche retombe près de 100 % : la méthode rationnelle permet de comprendre un catalogue, et d'en sortir quand le projet l'exige.
11 · Sénégal, Côte d'Ivoire et pays tropicaux
Les catalogues d'Afrique de l'Ouest parlent la même langue que le catalogue français : essieu de référence de 13 t ou 130 kN pour la plupart, jumelage, couches de surface, de base et de fondation, plateforme. Ils s'en séparent sur trois points, qui font l'objet de ce chapitre. Le climat : des enrobés calculés vers 32 à 34 °C au lieu de 15 °C, et une saison des pluies qui décide de la portance du sol. Les matériaux : là où la roche massive manque, l'assise se fait en graveleux latéritique, en sable ou en matériau coquillier, naturels ou améliorés au ciment. Et la méthode : deux générations de référentiels coexistent, les catalogues déterministes des années 1970-1980, vérifiés par des contraintes admissibles en bar, et les catalogues rationnels récents, calqués sur la NF P98-086.
Deux générations de référentiels
| Référentiel | Méthode | Trafic | Sol support | Température des enrobés |
|---|---|---|---|---|
| TR Guide pratique CEBTP, 1980 | catalogue empirique CBR × trafic, vérifié par contraintes admissibles (bar) | T1 à T5, en véhicules par jour ; essieu de 13 t | S1 à S5 par le CBR | pas de θeq : vérification aux températures extrêmes |
| CI Catalogue LBTP, 1977 | formule de Peltier et abaques CBR, contraintes admissibles (bar) | T1 à T5, en véhicules par jour ; essieu de 8,2 t | S1 à S5 par le CBR, sept régions R1 à R7 | pas de θeq unique |
| SN Catalogue Ageroute, 2015 | rationnelle NF P98-086, Alizé | C1 à C8 en NE de 130 kN, T5 à TEX en PL/j | arase AR0 à AR4, plateforme PF1 à PF4 | 34 °C, 20 Hz |
| CI Manuel LBTP, 2024 | rationnelle, type NF P98-086 | TC1⁻ à TC6⁺ en NE de 130 kN | PPF1 à PPF5, portance à long terme | 32 °C, 20 Hz, provisoire |
Le manuel CEBTP/LCPC de 1985 complète le guide de 1980 pour le renforcement ; il est traité au chapitre 14. Le manuel ivoirien de 2024 remplace le catalogue de 1977, que le cours garde parce qu'il reste cité dans les études et qu'il montre une méthode déterministe complète.
Le contexte tropical : la chaleur, l'eau, les matériaux
La chaleur. Un enrobé est d'autant plus souple qu'il est chaud. Le module d'une grave-bitume, voisin de 9 000 MPa à 15 °C et 10 Hz, tombe à 2 588 MPa à 34 °C et 20 Hz [catalogue Sénégal 2015] : l'assise étale moins la charge, le sol travaille davantage. La loi de fatigue compense en partie : ε6 est mesuré à 10 °C et le coefficient kθ = √(E10 °C/Eθeq) relève l'admissible quand le module baisse. Le coefficient de Poisson des enrobés passe de 0,35 à 0,45. Les méthodes déterministes n'ont pas de température équivalente : elles adoptent un module fixe (40 000 bars pour une grave-bitume) et vérifient la structure aux températures extrêmes [CEBTP 1980].
France
θeq = 15 °C à 10 Hz, tables E(θ) des enrobés [NF P98-086].
Tunisie
28 °C à 20 Hz au catalogue RevA ; la note de 2017 proposait 20 ou 23 °C à 10 Hz selon la région.
Sénégal
34 °C à 20 Hz, d'après des mesures de température dans des chaussées de Dakar et de Kaolack (annexe H).
Côte d'Ivoire
32 °C à 20 Hz, retenu « de manière provisoire » en 2024 ; des mesures de profils de température sont annoncées pour le confirmer. Le catalogue de 1977 n'en avait pas.
Pays tropicaux
Pas de température équivalente : modules de 5 000 bars à 50 °C à 50 000 bars à 20 °C, vérification aux extrêmes.
L'eau. Sous les tropiques, la portance d'un sol se juge après la saison des pluies. Le guide CEBTP et le catalogue de 1977 classent le sol par son CBR à 95 % de l'optimum Proctor modifié, mesuré après quatre jours d'immersion ; les catalogues récents gardent cet essai pour l'arase et pour les matériaux. La pluviométrie ivoirienne va de 1 000 à 2 500 mm/an selon la région [LBTP 1977], et au Sénégal l'arase la plus courante est AR1 (20 MPa) : les sables et les latérites y sont majoritairement sensibles à l'eau [catalogue Sénégal 2015]. On élimine les sols gonflants (gonflement linéaire au moule CBR supérieur à 2 %), très plastiques (Ip au-delà de 40, wL au-delà de 70) ou organiques — au-delà de 3 % de matières organiques pour le guide CEBTP, de 10 % pour le catalogue sénégalais.
Les matériaux locaux. Le dimensionnement est un compromis entre la structure idéale et ce que l'on trouve à moins de quelques dizaines de kilomètres du chantier.
- Graveleux latéritiques : sols résiduels des climats tropicaux, riches en oxydes de fer et d'alumine, faits de nodules graveleux dans une matrice plus ou moins argileuse. Ils se déclinent naturels (GL1, GL2 au Sénégal ; GLn en Côte d'Ivoire), litho-stabilisés par un correcteur granulaire (GLi), améliorés par 2 à 3 % de ciment, qui restent souples (GLa), ou traités à 4 à 6 %, qui deviennent semi-rigides (GLc). Leurs granulats sont souvent tendres (Los Angeles et micro-Deval au-delà de 45) et leur comportement est non linéaire et anisotrope : c'est le matériau le plus employé et le plus variable.
- Graves concassées : GNT de carrière, réservées aux régions rocheuses ou aux trafics qui les justifient ; le catalogue sénégalais ne retient que la GNT B2.
- Sables : sables argileux (SAn), sables améliorés ou traités au ciment (SAa, sable-ciment), sable-bitume ; sur le littoral, banco-coquillage, sable coquillier et corail.
- Matériaux traités : grave-ciment, grave-latérite-ciment, sol-chaux, béton ; et les graves-bitume et l'EME sur les axes lourds.
- Enduits superficiels : bicouches ou tricouches, couche d'usure sans rôle structurel, réservée aux faibles trafics (T1-T2 du guide CEBTP, TC1⁻ en Côte d'Ivoire), souvent rechargée en enrobé après quelques années.
Trois écarts avec la France pèsent sur l'épaisseur : un module d'enrobé divisé par trois ou quatre, une portance jugée après imbibition, et des matériaux d'assise naturels dont le module se mesure mal. Les catalogues tropicaux les absorbent par des modules plafonnés, des règles d'emploi par classe de trafic et, dans les méthodes anciennes, des épaisseurs empiriques.
Le catalogue sénégalais de 2015 SN
Le catalogue Ageroute applique la méthode rationnelle de la NF P98-086 avec le logiciel Alizé-LCPC : essieu de 130 kN, critères εt, σt et εz, risque et dispersions. Ce qui lui est propre tient dans les données.
Deux échelles de trafic. Les classes journalières T5 à TEX (moins de 25 à 7 000 PL/j sur la voie la plus chargée) servent aux règles d'emploi des matériaux ; les classes de trafic cumulé C1 à C8 (de 0,05 à 100 millions d'essieux de 130 kN, NE = NPL × CAM) indexent les fiches et le risque, 25 % de C1 à C4 et 5 % de C5 à C8. Au-delà de 100 millions, une étude spécifique s'impose. La durée est de 20 ans, jamais plus de 30.
Le catalogue ne tabule pas de CAM : il le calcule d'une campagne de pesage, A = K (P/130)α, avec α = 5 pour les chaussées souples et bitumineuses, 11 pour la grave-latérite-ciment, 12 pour les semi-rigides et le béton. Sur l'exemple du catalogue, le même parc donne un CAM de 0,90 pour une chaussée souple et de 10 à 11 pour une assise traitée : avec α = 12, un essieu surchargé de 20 % compte pour (1,2)12 ≈ 9 essieux de référence. Reprendre un CAM « bitumineux » pour une grave-latérite-ciment sous-estime son trafic d'un ordre de grandeur.
La plateforme, du sol au module. Le moteur a besoin d'un module ; le catalogue l'obtient d'essais CBR par une chaîne en quatre temps.
- La classe d'arase se lit sur le CBR à long terme : AR0 sous 5, puis AR1, AR2, AR2qs, AR3 et AR4 à partir de 5, 10, 15, 25 et 40.
- Le matériau de la partie supérieure des terrassements doit exister sur une épaisseur minimale pour que son CBR compte : de 25 cm sous CBR 5 à 65 cm au-delà de 30. Sinon, on retient le CBR, plus faible, de la couche inférieure.
- Une couche de forme fait gagner une ou deux classes : non traitée depuis AR0 (tableau 7), traitée depuis AR1 ou AR2 (tableau 8). Sans elle, la plateforme prend le rang de l'arase ; AR0 n'en ouvre aucune.
- La plateforme PF1, PF2, PF2qs, PF3 ou PF4 donne le module de calcul : 20, 50, 80, 120 ou 200 MPa. PF1 est réservée au réseau secondaire ; à partir de C6, on vise PF2qs ou PF3.
Matériaux et règles d'emploi. Chaque matériau d'assise a un domaine de trafic, exprimé en classe journalière [catalogue Sénégal 2015] :
| Matériau | Module de calcul | Emploi |
|---|---|---|
| GNT concassée | 600 MPa en base ; fondation par sous-couches de 25 cm au plus, 3 × la couche inférieure, plafonnée à 600 (sur GNT) ou 360 MPa (sous GB) | tout trafic |
| GL1, latérite naturelle | 200 MPa ; fondation 2 × la couche inférieure, plafonnée à 200 | base jusqu'à T3, fondation jusqu'à T1 |
| GL2, GLi, GLa | 400 MPa ; fondation 2 ×, plafonnée à 400 | assise jusqu'à T1 |
| GLc1, GLc2 (latérite-ciment) | 2 500 / 3 000 MPa ; σ6 = 0,19 / 0,37 MPa | jusqu'à T4 / T2 |
| GC-T3, SC-T2 | 23 000 / 12 000 MPa | GC-T3 tout trafic ; SC-T2 base jusqu'à T5, fondation jusqu'à T1 |
| GB2, GB3, EME2 | 2 588 / 2 588 / 6 151 MPa à 34 °C et 20 Hz | assises bitumineuses |
Le plafond d'une latérite est son propre module de base : de bas en haut, Ei = min(2 Ei−1 ; Ebase). Sur une PF2 à 50 MPa, une fondation en GL1 de 30 cm, découpée en deux sous-couches de 15 cm, vaut 100 puis 200 MPa. Le facteur 2, plus faible que le facteur 3 de la GNT, vient d'une comparaison avec un calcul non linéaire confirmée par des mesures de déflexion ; le catalogue rappelle que les latérites ont un comportement non linéaire et anisotrope, et que E ≈ 5 × CBR n'en donne qu'un ordre de grandeur.
Ce qu'on vérifie dépend de la famille. Pour une chaussée souple, la base granulaire est fixée (15 cm jusqu'à NE = 100 000, 20 cm au-delà) et seule la déformation de la plateforme est vérifiée. Pour une bitumineuse épaisse, on vérifie la fatigue de la base des enrobés et εz au sommet de la couche granulaire et de la plateforme ; pour une semi-rigide, la traction à la base des couches traitées et la plateforme. Le coefficient A du critère de sol vaut 16 000 µdéf jusqu'à NE = 250 000, 12 000 au-delà. Les dix-sept tableaux T1 à T17 croisent C1-C8 et PF1-PF4 en 270 structures, de la GNT sous enduit au béton goujonné.
Côte d'Ivoire : le catalogue LBTP de 1977 CI
Le catalogue de 1977 croise trois entrées : une région R1 à R7, du littoral à la montagne du nord-ouest, qui dit quels matériaux on trouve ; un sol S1 à S5 (CBR inférieur à 5, puis 5, 10, 15 et 30) ; un trafic T1 à T5, de 100 à 12 000 véhicules par jour, ramené à l'essieu de 8,2 t par la loi en puissance 4. Les épaisseurs viennent de la formule de Peltier et des abaques CBR, majorées d'environ 5 cm, puis sont vérifiées par le calcul élastique : chaque couche liée doit tenir une contrainte de traction admissible à sa base, et le sol une contrainte de compression admissible à son sommet, toutes deux tabulées en bar. Les modules sont ceux d'une époque : 30 000 bars pour les enrobés, 40 000 pour la grave-bitume, 80 000 pour la grave-ciment, 3 000 pour les graveleux non liés. Seize structures types couvrent les couples base/fondation disponibles (graveleux naturel, tout-venant concassé, sable argileux, matériaux traités au ciment ou au bitume), avec une règle unique pour les graves : h ≥ 2,5 D.
Côte d'Ivoire : le manuel LBTP de 2024 CI
Le manuel d'avril 2024 garde les sept régions mais change les deux autres entrées et la méthode. Le sol devient une classe de portance à long terme de la plateforme, PPF1 à PPF5 (20, 50, 80, 120 et 200 MPa, calcul à la borne inférieure) : le CBR seul ne suffit plus, et le manuel renvoie au GTR français en attendant un guide ivoirien. PPF1 est exclue du catalogue ; dès TC4, il faut PPF3 au moins. Le trafic devient un nombre d'essieux de 130 kN, en douze sous-classes de TC1⁻ (0,07 à 0,2 million) à TC6⁺ (35 à 50 millions), et l'on dimensionne à la borne haute de la sous-classe.
Faute d'étude de trafic, le manuel fixe des valeurs par défaut : 20 ans, croissance linéaire de 5 %/an et CAM 1,5 pour les autoroutes, les routes communautaires de l'UEMOA et les nationales de plus de 200 PL/j/sens ; 15 ans, 5 % et CAM 1 pour les autres nationales. Le cumul linéaire s'écrit C = n [1 + (n − 1) t/2].
Le manuel l'écrit en toutes lettres : le TMJA ne peut pas seul déterminer la classe de trafic cumulé. La même route de 150 PL/j/sens tombe en TC2 ou en TC3 selon la durée, la loi de croissance et le CAM retenus. Le calculateur de recherche ci-dessous classe donc sur le NE.
Les matériaux sont calculés à 32 °C et 20 Hz : BBM 1 500 MPa et BBSG 2 000 MPa en surface, non vérifiés en fatigue ; GB3, GB4 et EME2 à 3 000, 4 000 et 6 800 MPa, avec ε6 = 90, 100 et 130 µdéf et kθ = 2,16, 2,03 et 1,67. Les non liés sont découpés en sous-couches de 25 cm : GNT k = 2,5 et 400 MPa au plus, graveleux et sables naturels k = 2 et 300 MPa. Le changement majeur porte sur les matériaux améliorés au ciment : en 1977, une grave-ciment comptait pour 80 000 bars ; en 2024, un graveleux amélioré reste un matériau souple, plafonné à 450 MPa en fondation (qualité Q1) et fixé à 1 000 MPa en base (Q2), alors que son module de laboratoire à 28 jours atteint 1 000 à 2 000 MPa (Q1) et 2 000 à 3 000 MPa (Q2). Sa fissuration, qui le rend anisotrope, est prise en compte par un facteur ka = 1,20 qui majore la déformation verticale calculée au niveau du sol.
εz (× ka) ≤ A · NE−0,222 au sommet de la plateforme · A = 0,020 (assise non traitée ou améliorée) · A = 0,016 / 0,014 / 0,013 (assise bitumineuse, TC2 / TC3-TC4 / TC5-TC6)
Le risque décroît avec le trafic : 30, 25, 15, 10, 5 et 5 % de TC1 à TC6. Les dix-sept fiches vont des souples à assise non traitée (F1 à F3), puis améliorée (F4 à F7) ou bitumineuse (F8 à F13), aux bitumineuses épaisses des axes lourds (F14 à F17) ; la surface est un enduit ou 3 cm de BBM en TC1⁻, 4 cm de BBM en TC1⁺, 5 cm de BBSG au-delà. Le manuel ne traite pas le renforcement.
Le guide CEBTP de 1980 et le manuel de 1985 TR
Le guide pratique du CEBTP s'adresse à tous les pays tropicaux. Son essieu est celui de la France (13 t, 6,62 bars, a = 12,5 cm, entraxe 3a), sa durée de 15 ans, ses classes T1 à T5 celles du catalogue ivoirien de 1977, avec environ 30 % de poids lourds. L'agressivité se calcule par C = (P/8,2)α, α = 4 pour les chaussées souples, 4 à 8 pour les rigides ; le guide ne tabule pas de CAM. Le sol est rangé en S1 à S5 par le CBR des 30 cm supérieurs après quatre jours d'imbibition, et la plateforme reçoit un module adopté de 250 à 3 000 bars.
Le catalogue propose vingt-neuf familles de solutions, qui épousent les ressources locales : latérite naturelle ou améliorée, concassé, sable-ciment, sable-bitume, grave-ciment, grave-bitume, sol-chaux, scories volcaniques, banco-coquillage, corail. Le revêtement suit le trafic : enduit bicouche ou 3 cm d'enrobé en T1, 4 cm ou un tricouche en T2, béton bitumineux au-delà. Les fiches de matériaux fixent les seuils d'emploi : une latérite de base doit atteindre un CBR de 80 (60 admis en T1), avec moins de 20 % de fines et Ip ≤ 15 ; en fondation, un CBR de 30 (25 en T1, 35 en T4 et T5). En T4 et T5, la latérite naturelle est proscrite en base : il faut l'améliorer au ciment ou passer à la grave-bitume ou à la grave-ciment.
La vérification se fait en contraintes : traction admissible à la base des couches liées, donnée en fourchette par famille de matériau, et compression admissible sur la plateforme par la formule de Kerkhoven et Dormon, où N est le nombre d'essieux de 13 t :
σz,adm = 0,3 · CBR / (1 + 0,7 log N) (kg/cm², soit le bar à 2 % près)
Le guide prend ν = 0,5 ; le profil de calcul du site garde 0,35 pour la stabilité du modèle multicouche. Le manuel CEBTP/LCPC de 1985, consacré au renforcement, passe aux déformations : εt admissible par classe de trafic à 30 °C environ (de 250 µdéf en T1 à 80 µdéf en T5 pour une grave-bitume) et εz par la loi de Shell, 2,8 · 10−2 · N−0,25.
Chercher dans un catalogue, puis vérifier
Un catalogue se lit en deux temps : classer le projet, puis choisir parmi les fiches de la case. Le calculateur fait les deux et ajoute un troisième temps, que les catalogues ne demandent pas mais qu'un ingénieur doit savoir faire : recalculer chaque fiche avec le modèle de Burmister et les règles du référentiel, rationnelles ou déterministes.
Recherche dans les catalogues SN, CI et CEBTP
Le projet est décrit une fois : TMJA (deux sens), part de poids lourds et 2 × 1 voie pour les PL/j/sens, croissance géométrique, CAM commun, CBR de l'arase. Le calculateur en déduit les classes du référentiel, liste les fiches de la case et les vérifie. Changer de référentiel ; faire varier le CBR autour de 10 et de 15 pour voir la case changer.
Le recalcul ne reproduit jamais exactement les hypothèses de la fiche : borne de la classe (une fiche C4 tient 3 millions d'essieux, le projet en a peut-être 2), interfaces, coefficient de Poisson, valeur retenue dans une fourchette, module donné aux pavés. Les catalogues anciens le montrent bien. Recalculées avec leurs modules adoptés et des couches collées, leurs structures granulaires et en grave-bitume tombent autour de 100 % ; leurs assises minces traitées au ciment ou en sable-bitume montent nettement plus haut, parfois au double. Ces fiches ont été établies par la formule de Peltier puis contrôlées avec d'autres hypothèses : c'est l'écart entre deux modèles qui se lit, et le recalcul d'une assise traitée mince est très sensible à son module et à ses interfaces. Pour un catalogue rationnel récent, en revanche, un écart de 20 à 30 % doit faire chercher une erreur de classe, de matériau ou de plateforme.
Contraintes admissibles en bar : la vérification déterministe
Les deux méthodes anciennes vérifient la structure par deux inégalités, en contraintes et en bar (1 MPa = 10 bar) :
σt (base de chaque couche liée) ≤ σt,adm · σz (sommet de la plateforme) ≤ σz,adm
Les admissibles sont tabulés. En 1977, la traction dépend du matériau et de la classe de trafic, la compression de la seule classe de sol ; en 1980, la traction est une fourchette par famille, dont le profil retient le milieu, et la compression suit le trafic par Kerkhoven-Dormon. Les couches non liées n'ont pas de critère : une base en graveleux naturel n'est protégée que par la vérification de la plateforme et par ses spécifications de matériau (CBR, fines, plasticité).
Vérifier une structure en graveleux latéritique
Revêtement enrobé, base, fondation en graveleux latéritique naturel, sur la plateforme de la classe S du CBR. La base peut être naturelle, améliorée au ciment, en grave-bitume ou en grave-ciment. Le trafic donne la classe T (1977) et le nombre N d'essieux de 13 t (Kerkhoven-Dormon, CAM 1). Repère : la fiche 1 du guide CEBTP pour S3 et T3 est 5 + 20 + 20 cm.
Trois constats, à lire en changeant la couche de base. Sur une base naturelle, c'est le revêtement qui travaille : mince et posé sur un matériau souple, il fléchit et sa base est tendue. Avec une assise liée, le revêtement est comprimé, la traction descend à la base de l'assise et la plateforme est soulagée. Enfin, plus l'assise est raide, plus elle attire la traction : une base améliorée au ciment, dont l'admissible n'est que de 2 à 3,5 bars, ou une grave-ciment de 80 000 bars dépassent leur seuil à 20 cm là où la grave-bitume passe — c'est la fragilité des assises traitées minces, qui fissurent.
Kerkhoven-Dormon : du CBR à l'épaisseur
La formule donne la compression admissible du sol ; le modèle de Burmister dit quelle épaisseur d'un corps granulaire homogène (module E, ν = 0,35) ramène la compression sous le jumelage à cette valeur, sur une plateforme au module adopté de la classe S. Doubler N, puis doubler le CBR : comparer les effets.
Le trafic n'entre que par son logarithme : décupler N ne retire qu'un peu plus de 10 % à l'admissible et ajoute quelques centimètres, alors qu'un CBR doublé le double. C'est la signature des méthodes CBR : le sol décide de l'épaisseur totale, le trafic de la qualité des couches du haut.
Méthode rationnelle, méthode déterministe : ce qui change
| Rationnelle (SN 2015, CI 2024) | Déterministe (CI 1977, CEBTP 1980) | |
|---|---|---|
| Grandeur vérifiée | εt pour les enrobés, σt pour les traités, εz pour le sol | σt pour toute couche liée, enrobés compris ; σz pour le sol |
| Trafic | continu : (NE/106)b, NE−0,222 | par classe (1977) ou par log N (Kerkhoven-Dormon) |
| Aléa | risque r, dispersions SN et Sh, coefficient kr | aucun : la marge est dans les tables |
| Température | θeq, E(θeq), kθ | module adopté, extrêmes vérifiés à part |
| Graves non traitées | sous-couches, module plafonné, εz au sommet | module adopté, h ≥ 2,5 D, pas de critère |
| Résultat | épaisseur juste suffisante pour le risque choisi | vérification d'une épaisseur empirique |
Un taux de travail de 80 % n'a pas le même sens dans les deux familles. En rationnel, il porte sur une valeur qui contient déjà le trafic, le risque et la température : c'est une réserve de durée de vie. En déterministe, il compare une contrainte à une valeur tabulée pour une classe entière : c'est une marge sur un seuil conventionnel, qui ne se convertit pas en années.
Un même projet dans les cinq référentiels
Exemple — Une route nationale à 2 000 véhicules par jour
Route à 2 × 1 voie, TMJA de 2 000 véh/j dont 30 % de poids lourds, croissance de 3 %/an, 15 ans, CAM pris égal à 1 partout pour isoler l'effet de la méthode. Le sol a un CBR de 12 après imbibition. Structure commune : 6 cm d'enrobé, une grave-bitume à dimensionner, 30 cm de grave non traitée.
- Trafic. … PL/j/sens ; C = [(1,03)15 − 1]/0,03 = … ; NPL = 365 × … × C = … millions, et NE autant avec CAM = 1.
- Classes. SN … en trafic cumulé et … en trafic journalier, arase … donc … sans couche de forme ; CI 2024 … et … ; CI 1977 et TR … et … ; FR … ; TN …. Le même sol vaut 50 MPa en PF2 ou PPF2, mais 75 MPa en S3.
- Ce que proposent les catalogues africains pour une assise en grave-bitume sur grave non traitée, et ce qu'en dit le recalcul :
- Ce que donne le calcul pour la structure commune, en cherchant l'épaisseur minimale de grave-bitume dans chaque référentiel :
- Lecture. Les quatre méthodes rationnelles convergent : … cm de grave-bitume. Elles ne le font pas pour les mêmes raisons. En France, la GB vaut … MPa et c'est … qui fixe l'épaisseur ; au Sénégal elle ne vaut plus que … MPa, mais kθ = … relève son admissible, et c'est … qui impose … cm contre … en France. Les méthodes déterministes se contentent de … cm (LBTP 1977) et … cm (CEBTP) : module adopté plus élevé, plateforme plus raide, admissibles qui ne dépendent pas du cumul. Leurs propres fiches, au point 3, sont du même ordre, et le recalcul les trouve à la limite de leurs admissibles.
France
Classes TC en poids lourds cumulés, croissance linéaire, sur 20 ou 30 ans ; risque de 30 à 1 % selon la classe [catalogue 1998].
Tunisie
Classes T1 à T8 en NPL cumulé ; risque de 25, 10 ou 5 % pour les assises bitumineuses [catalogue RevA].
Sénégal
C1 à C8 en NE, risque 25 % puis 5 % au-delà de 3 millions ; T5 à TEX pour l'emploi des matériaux.
Côte d'Ivoire
2024 : TC1⁻ à TC6⁺ en NE, risque de 30 à 5 %. 1977 : T1 à T5 en véh/j, sans risque.
Pays tropicaux
T1 à T5 en véh/j, N en essieux de 13 t pour Kerkhoven-Dormon, sans risque [CEBTP 1980].
Même projet, cinq référentiels
La structure commune de l'exemple, avec les matériaux, la température, les classes et les critères de chaque référentiel ; la Côte d'Ivoire apparaît sous ses deux catalogues. Le tableau donne le taux de travail à l'épaisseur saisie et l'épaisseur minimale de grave-bitume (au demi-centimètre). Faire monter le trafic, puis baisser le CBR sous 10.
« Le catalogue de 1977 donne 10 cm de moins » n'est pas un argument d'économie. La plateforme y vaut 75 MPa là où le manuel de 2024 en compte 50 pour le même sol, le module de la grave-bitume n'y dépend pas de la chaleur, et le contrôle ne porte pas sur une durée de vie. Pour un projet ivoirien, le référentiel est le manuel de 2024 ; l'ancien catalogue sert à comprendre une chaussée existante, pas à en dimensionner une neuve.
12 · Ausculter une chaussée
Pourquoi ausculter avant de renforcer
Une chaussée neuve se dimensionne sur des hypothèses ; une chaussée à renforcer se juge sur des mesures. Elle a vingt ans, ses enrobés ont vieilli, sa fondation a peut-être pris l'eau, et personne ne sait ce qu'il reste de sa durée de vie. Trois questions commandent toute l'étude : que vaut encore cette chaussée ?, quelle couche est le point faible ?, est-elle la même d'un bout à l'autre de l'itinéraire ? L'auscultation y répond par trois familles de données : l'état apparent (ce qu'on voit), la déflexion (ce que la chaussée fait sous une charge), les carottages et sondages (ce qu'il y a dedans).
Les trois guides de renforcement suivis dans ce cours partagent la même démarche, en quatre temps. Le fascicule 6 du catalogue tunisien adapte explicitement le guide Cerema/IDRRIM de 2016, et le guide sénégalais de 2023 suit la même logique sous d'autres noms [synthèse renforcement]. Seuils, classes et forfaits diffèrent ; la méthode, non.
| Temps | Cerema/IDRRIM 2016 | Tunisie, fascicule 6 | Sénégal, GRS 2023 |
|---|---|---|---|
| Recueil | ch. 2 — auscultation | § 4, auscultations | ch. 4 — étape 1 |
| Découpage | zones homogènes, sections témoins | interprétation, sections de 100 m | zones homogènes, sections témoins |
| Diagnostic | ch. 3 — modélisation et endommagement | appréciation globale Cli | ch. 5 — modèles SCT1 et SCT2 |
| Conception | ch. 4 — solutions | définition des solutions | ch. 6 — modèle SCT3 |
Le guide Cerema découpe le recueil en trois phases : auscultation à grand rendement de tout l'itinéraire, découpage en zones homogènes, investigations fines — carottages, sondages, essais — sur des sections témoins [guide Cerema/IDRRIM 2016]. Ce chapitre suit cet ordre ; le chapitre 13 en tire les modules en place, le chapitre 14 le renforcement.
L'état apparent : lire la surface
Le relevé visuel classe les dégradations par famille, parce qu'elles ne racontent pas la même histoire. Sur une chaussée souple ou bitumineuse, le guide Cerema distingue :
- les dégradations qui traduisent une fatigue du corps de chaussée : orniérage à grand rayon, fissure longitudinale dans la bande de roulement, faïençage dans la bande de roulement. Elles naissent sous les roues, là où l'assise travaille en flexion ;
- les affaissements de rive, signe d'un défaut de drainage ou de stabilité de l'accotement ;
- le fluage des couches bitumineuses, en virage ou sous trafic canalisé ;
- les dégradations de la couche de roulement seule : arrachements, nids-de-poule, fissures non spécifiques aux bandes de roulement, remontées d'eau.
Seules les premières relèvent d'un renforcement. Une fissure longitudinale hors des traces de roues dit le vieillissement du liant ; la même fissure dans la trace de roue dit la fatigue de l'assise. On mesure chaque dégradation par son étendue (pourcentage du linéaire touché) et sa gravité, sur un schéma itinéraire.
Le fascicule 6 tunisien chiffre ce relevé en deux notes, puis les croise [fascicule 6, tab. 1 à 3]. La fissuration (faïençage et fissures longitudinales, toutes gravités) donne F1 à F3 : dans les bandes de roulement, moins de 10 % du linéaire donne F1, 10 à 30 % F2, au-delà F3 ; ailleurs, les seuils passent à 30 et 50 %. L'orniérage donne O1 à O3 selon son étendue (10 et 30 %), mais il ne compte qu'à partir de 10 mm de profondeur, et au-delà de 20 mm il vaut O3 quelle que soit son étendue.
| Fissuration \ Orniérage | O1 | O2 | O3 |
|---|---|---|---|
| F1 | CH1 | CH2 | CH3 |
| F2 | CH2 | CH2 | CH3 |
| F3 | CH3 | CH3 | CH4 |
CH1 est un bon comportement, CH2 un comportement moyen, CH3 et CH4 un mauvais comportement : cette classe de dégradation est l'un des deux termes de l'appréciation globale de la chaussée, l'autre étant la déflexion (chapitre 14). Le manuel tropical de 1985 code l'état apparent autrement, en trois groupes : bon (code 1), fissuré non déformé (codes 2-3), déformé et fissuré (codes 4-7) [CEBTP 1985].
Les notes tunisiennes F1 à F3 ne sont pas les classes F1 à F5 du guide Cerema. Ces dernières, établies d'après le pourcentage fissuré et la gravité (avec majoration si plus de 10 % du linéaire est réparé), servent à choisir un module forfaitaire des enrobés quand on n'a ni carotte ni rayon de courbure : F1 garde le module de référence, F2 et F3 tombent à 3 000 MPa, F4 et F5 à 2 000 MPa [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. 21]. Même lettre, deux échelles, deux usages.
Mesurer la déflexion
La déflexion est le déplacement vertical d'un point de la surface au passage d'une charge. En France, on la mesure au passage de l'essieu de référence de 130 kN, entre les deux roues du jumelage ; sa valeur maximale, en centièmes de millimètre, est la « déflexion » tout court. Elle caractérise la rigidité globale de la chaussée, plateforme comprise. Le guide en souligne la sensibilité : faible aux modules des couches du corps de chaussée, forte aux épaisseurs, très forte à la portance du support [guide Cerema/IDRRIM 2016]. On l'a vu au chapitre 5 : la déflexion intègre toute la profondeur, et d'abord le sol.
Quatre familles d'appareils coexistent. Les deux premières mesurent en continu, à grand rendement ; les deux dernières mesurent point par point.
| Appareil | Chargement et mode | Ce qu'il donne |
|---|---|---|
| Déflectographe [NF P98-200-3 à 5] | essieu roulant sous 10 km/h, deux bandes de roulement, pas < 5 m ; châssis court (02, 03) pour les souples, long (04, Flash) pour tous types | le déflectogramme : d, et R par dérivation ou inclinomètres |
| Curviamètre [NF P98-200-7] | essieu roulant vers 18 km/h, bande de rive, pas de 5 m | d et R, par intégration du signal |
| Poutre Benkelman [NF P98-200-2] | camion chargé, mesure ponctuelle ; souples, inverses, bitumineuses épaisses | d ; R avec la poutre modifiée |
| Déflectomètre à masse tombante (FWD) | impulsion sur une plaque, mesure ponctuelle ; tous types | le bassin d(r) autour de la plaque |
Pour les mesures ponctuelles, le pas s'adapte à l'hétérogénéité visuelle et ne dépasse pas 50 m. À la poutre, le guide conseille de découper d'abord l'itinéraire en zones homogènes d'après les autres données, puis de mesurer sur les seules sections témoins, avec au moins vingt points par zone pour une moyenne et un écart-type fiables [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 2.6.1]. Le manuel tropical décrit les mêmes outils — poutre Benkelman, déflectographe Lacroix sous un essieu de 13 t, curviamètre qui relève à la fois la déflexion et le rayon [CEBTP 1985].
La poutre Benkelman est le plus simple de ces appareils, et celui qui fait le mieux comprendre ce qu'est une déflexion [NF P98-200-2 ; méthode d'essai LPC n° 39]. Un camion dont l'essieu arrière porte 130 kN (13 t) sur deux jumelages s'arrête sur le point de mesure ; l'opérateur glisse la pointe d'une longue poutre entre les deux roues d'un jumelage, la poutre reposant sur ses pieds deux à trois mètres en arrière. Sous la charge, on lit le comparateur ; le camion s'éloigne lentement, la chaussée remonte, et l'on relit le comparateur quand le camion est sorti de la cuvette. La différence des deux lectures, multipliée par le rapport des bras de levier (2 sur la poutre d'origine), est la déflexion d0 : on mesure le rebond de la chaussée qui se décharge. La poutre dite modifiée, celle de la norme, donne aussi le rayon de courbure : les relevés successifs près du sommet de la cuvette dessinent une parabole, d'où l'on tire R. On note la température à l'ombre, on porte la poutre au point suivant, et l'on recommence. Deux limites tiennent à l'appareil. Ses pieds reposent dans la cuvette, qu'il sous-estime d'autant plus qu'elle est large — d'où son domaine, les chaussées souples, inverses et bitumineuses épaisses [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 2.6.1]. Et la résolution du comparateur rend les très grands rayons non mesurables.
Le déflectographe Lacroix automatise la poutre. Le camion porte entre ses essieux un bâti muni de deux poutres, une par jumelage : le bâti est posé sur la chaussée, le camion avance au-dessus sans s'arrêter, les pointes relèvent la déflexion au passage des roues jumelées, puis le bâti est ramené vers l'avant et reposé. On obtient une mesure tous les quelques mètres sur les deux traces de roue — 2,50 à 5 m environ, à 5 à 10 km/h [guide AGEROUTE 2023, § 5.1.4.1] —, c'est-à-dire le schéma itinéraire continu que la poutre ne peut pas donner.
Banc d'essai · La poutre Benkelman sur une section témoin
Le camion de 13 t se place, la pointe est glissée entre les roues jumelées, le camion s'éloigne : le comparateur lit la remontée de la chaussée, et les relevés près du sommet donnent le rayon de courbure. Point après point sur 200 m, chaque déflexion est ramenée à 15 °C, puis la section est résumée — déflexion caractéristique, rayon, classes du guide Cerema. Changer la chaussée (une semi-rigide montre les limites de la poutre), le nombre de points et l'heure des mesures.
Banc d'essai interactif : dans le cours en ligne.
Le FWD charge une plaque par une impulsion, pas par un jumelage qui roule : les seuils du guide Cerema valent pour une charge roulante sous 20 km/h, et un autre chargement oblige à justifier l'équivalence des deux mesures. Mais il donne un bassin complet en chaque point — plusieurs mesures là où la poutre en donne une ou deux : c'est l'appareil du rétrocalcul (chapitre 13).
Sur la route, le FWD est une remorque tirée par un véhicule léger. À chaque point, la plaque — 300 mm de diamètre en usage routier — et une barre portant les capteurs descendent sur la chaussée ; une masse, levée par un vérin, tombe sur des tampons posés sur la plaque. L'impulsion, une demi-sinusoïde de quelques dizaines de millisecondes (de l'ordre de 25 à 40 ms selon l'appareil et ses tampons), culmine entre 30 et 75 kN environ [guide AGEROUTE 2023, § 5.1.4.2] ; on la règle par la masse et la hauteur de chute. Les géophones — des capteurs de vitesse, dont le signal intégré donne le déplacement — sont posés au centre de la plaque puis à distance croissante, 7 à 10 au total, le plus éloigné vers 2,5 m. Ils n'ont besoin d'aucune référence fixe : le FWD échappe au défaut des pieds de la poutre. Une chute d'assise met la plaque en place, deux ou trois chutes de mesure sont ramenées à la charge nominale — 65 kN, celle d'un demi-essieu de 130 kN, dans le guide sénégalais ; souvent 50 kN ailleurs en Europe —, et la remorque repart. Le capteur central voit toute la structure, les capteurs éloignés ne voient plus que le sol : le bassin se lit de loin vers près.
Banc d'essai · Le déflectomètre à masse tombante, FWD ou HWD
La masse tombe sur les tampons, l'impulsion traverse la plaque, les géophones enregistrent les signaux et le bassin ; quatre chutes par point, puis la remorque avance au point suivant. Passer du FWD routier au HWD d'aérodrome : charge, plaque, bassins et contraintes dans le sol sont comparés sur la même chaussée, et le bilan prépare le rétrocalcul.
Banc d'essai interactif : dans le cours en ligne.
Le HWD (Heavy Weight Deflectometer, déflectomètre lourd) est un FWD renforcé pour les chaussées d'aérodrome. Le principe ne change pas — une masse tombe sur des tampons, une plaque transmet l'impulsion, des géophones relèvent le bassin —, mais tout est dimensionné pour solliciter la chaussée comme une roue d'avion : des charges de pointe de l'ordre de 150 à 250 kN au lieu de quelques dizaines, une plaque plus grande (450 mm de diamètre le plus souvent), des masses plus lourdes, des capteurs portés plus loin. Deux raisons à cela. Une chaussée aéronautique est épaisse : sous 50 ou 65 kN, elle défléchit peu, et la sollicitation s'éteint avant d'atteindre le sol. Surtout, les sols et les graves ne sont pas élastiques linéaires : leur module dépend de la contrainte qu'ils supportent, et un module rétrocalculé ne vaut qu'au niveau de contrainte de l'essai. On ausculte donc à une charge voisine de celle de l'avion. Le banc le montre sur une même chaussée : au sommet du sol, le FWD n'apporte qu'une fraction de la contrainte d'une roue de gros porteur, le HWD en apporte l'essentiel.
Le HWD sert à évaluer la portance des pistes, des voies de circulation et des aires de stationnement. Les bassins sont rétrocalculés en modules (chapitre 13) ; on en déduit la charge admissible, puis la classification de la chaussée publiée au sens de l'OACI — le PCN de la méthode ACN-PCN, que remplace le PCR de la méthode ACR-PCR, applicable depuis la fin de 2024. On l'emploie aussi sur les routes très épaisses ou rigides. Le guide sénégalais rappelle qu'un module de sol rétrocalculé n'est pas encore un module de matériau : il le corrige par un coefficient, compris entre 0,33 et 0,5 dans la référence américaine qu'il cite, de 0,4 dans une étude française menée au HWD [guide AGEROUTE 2023, § 6.1.3].
| Ordre de grandeur | FWD (routes) | HWD (aérodromes) |
|---|---|---|
| Charge de pointe | 30 à 75 kN environ ; essais courants à 50 ou 65 kN | jusqu'à 200 à 250 kN environ ; essai à la charge d'une roue d'avion |
| Plaque | Ø 300 mm | Ø 450 mm le plus souvent, 300 mm possible |
| Pression sous la plaque | 0,7 à 0,9 MPa (50 à 65 kN) | 1,3 à 1,6 MPa (200 à 250 kN), celle d'un pneu d'avion |
| Masse et hauteur de chute | quelques dizaines à quelques centaines de kilogrammes, de quelques centimètres à quelques décimètres | plusieurs centaines de kilogrammes, hauteurs du même ordre |
| Durée de l'impulsion | 25 à 40 ms environ, fixée par la masse et les tampons | du même ordre |
| Géophones | 7 à 10, jusqu'à 1,8 à 2,5 m de la plaque | une dizaine ou davantage, portés plus loin pour suivre un bassin plus large |
| Déflexion au centre | quelques dixièmes de mm sur une chaussée saine, 1 à 2 mm sur une souple faible | de l'ordre du millimètre sous 200 kN sur une chaussée aéronautique épaisse |
| Usages | diagnostic et rétrocalcul des routes, contrôle de réception, voirie urbaine | portance des chaussées aéronautiques (rétrocalcul, puis PCN ou PCR) ; routes très épaisses ou rigides |
Ordres de grandeur, selon les constructeurs et les guides cités (plaque, charge et capteurs du FWD : guide AGEROUTE 2023, § 5.1.4.2) : chaque appareil a sa fiche, et les protocoles — charges, nombre de chutes, position des capteurs — varient d'un maître d'ouvrage à l'autre. Les déflexions indiquées sont celles que le banc calcule pour ses chaussées ; celles du terrain dépendent de la structure et de la saison.
Le rayon de courbure
Près de son point bas, la déformée de surface ressemble à une parabole. Son rayon de courbure R est l'inverse de la dérivée seconde au sommet : plus la cuvette est pointue, plus R est petit.
d(x) ≈ d0 − x2/(2R) ⇔ 1/R = |d''(0)| (d en m, x en m, R en m)
Les deux grandeurs ne parlent pas de la même chose. La déflexion intègre toute la structure et surtout le sol ; le rayon se joue près de la charge, là où la raideur des couches liées domine. Le guide Cerema en tire deux usages : d renseigne sur la rigidité globale, et le produit R × d caractérise la rigidité relative du corps de chaussée par rapport au sol. Le rayon est plus sensible que la déflexion à la qualité et à l'épaisseur des couches traitées, aux conditions d'interface et à la température des enrobés ; son interprétation devient délicate quand les enrobés dépassent 25 °C en moyenne (ou 35 °C en surface). Le manuel tropical exploite le même produit : R × d donne le rapport E1/E2 du corps de chaussée à son support, lu sur un abaque — vers 4 000, corps de chaussée en mauvais état ; vers 5 500, en bon état ; au-delà de 8 000, forte épaisseur d'enrobé ou d'assise traitée [CEBTP 1985]. Un R × d élevé ne dit donc pas que la chaussée est bonne : il dit que le corps de chaussée est raide par rapport à son sol, ce qui arrive aussi quand c'est le sol qui a faibli.
La distribution des rayons n'est pas gaussienne : on la résume par sa médiane et par le seuil à 20 % des rayons, le 2e décile, appelé rayon caractéristique Rcar. Un petit rayon est mauvais signe, une petite déflexion bon signe : les deux échelles vont en sens inverse.
Bassin de déflexion sous le jumelage : le calcul face à la mesure
La cuvette est calculée par le moteur de Burmister au point entre les roues du jumelage de référence, décalé dans le sens de la circulation. Les points sont des mesures (distance en m, déflexion en 1/100 mm, séparées par « ; »). Ajuster les modules pour faire passer la courbe par les points : c'est, à la main, le rétrocalcul du chapitre 13.
Corriger : température, saison, appareil
Un enrobé chaud est plus souple : la même chaussée défléchit davantage l'après-midi que le matin. Le guide Cerema ramène chaque mesure à la température conventionnelle de 15 °C par la formule [guide Cerema/IDRRIM 2016, E5 et tab. 6] :
d15 = dθ / [1 + K (θ − 15)/15]
θ est la température relevée à mi-hauteur des matériaux bitumineux s'ils dépassent 0,15 m d'épaisseur, à défaut en surface, à l'abri du soleil. K dépend de la structure : 0,15 pour une chaussée souple, 0,20 pour une bitumineuse épaisse, 0,08 pour une mixte, 0,04 pour une semi-rigide. Plus la part bitumineuse de la rigidité est grande, plus la correction compte.
Le 15 du dénominateur appartient à la corrélation : ce n'est pas la température de dimensionnement du pays. Le fascicule 6 tunisien, dont la référence est 28 °C, ramène d'abord la mesure à 15 °C puis la transpose par c = 1 + K (28 − 15)/15, soit 1,13 pour une chaussée souple et 1,17 pour une bitumineuse [fascicule 6].
La saison pèse davantage encore, parce qu'elle agit sur le sol. Le guide cite des suivis de chaussées souples en métropole : de février à août, 70 à 80 % des sections gardent une déflexion au moins égale à 80 % de leur maximum, alors qu'en automne la déflexion moyenne tombe à la moitié du maximum. Il recommande de mesurer hors des périodes de faible pluviométrie et de fortes chaleurs, et de tenir compte des conditions hydriques des deux mois précédents. Transposée aux climats tropicaux, la consigne revient à mesurer en saison humide plutôt qu'en saison sèche, quand le sol est au plus bas de sa portance.
Une déflexion n'a de sens qu'avec sa température, sa saison et son appareil. On corrige la température par d15 = dθ/[1 + K(θ − 15)/15] ; on ne corrige pas la saison, on la choisit.
Résumer une campagne : la déflexion caractéristique
Sur une zone donnée, les déflexions se dispersent : une chaussée saine et homogène donne des valeurs serrées, une chaussée dégradée des valeurs chahutées. On ne dimensionne ni sur la moyenne, qui laisse la moitié de la zone plus faible qu'elle, ni sur le maximum, qui dépend d'un seul point. On retient une valeur caractéristique, que les référentiels ne définissent pas de la même façon :
dc = dmoy + k · σd σd = √[Σ (di − dmoy)2 / (n − 1)]
| Référentiel | Déflexion caractéristique | Rayon | Section élémentaire |
|---|---|---|---|
| FR Cerema 2016 | seuil à 97,5 % des déflexions maximales, corrigées à 15 °C ; ≈ dmoy + 1,96 σ si la distribution est gaussienne | 2e décile (Rcar) et médiane | 200 m, au moins 10 points |
| TN fascicule 6 | dmoy + 1,3 σ (10 % de dépassement), à 28 °C | mêmes classes de rayon que le Cerema | 100 m |
| TN catalogue 1984 | dmoy + 2 σ, déflectographe Lacroix sous 13 t | — | — |
| TR CEBTP 1985 | dmoy + k σ, k = 2 (≈ 2,5 %, usage français) ou 1,3 (≈ 10 %) | R × d | tronçons homogènes |
Le Cerema préfère le centile à la formule parce que la distribution n'est gaussienne que sur une chaussée homogène. Sur une semi-rigide fissurée transversalement, les déflexions mesurées sur les fissures font une seconde population ; dmoy + 1,96 σ n'y a pas de réalité physique, et seul le centile reste juste [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 2.6.2].
Un seuil à 97,5 % et une moyenne majorée de 1,3 écart-type ne désignent pas le même point de la distribution : sur la même série, le premier dépasse le second de plusieurs dizaines de pour cent. Comparer un dc calculé selon une règle aux classes d'un autre référentiel fausse le classement. Le calculateur ci-dessous affiche les deux et ne classe que selon la règle du pays.
Découper en zones homogènes
Un itinéraire de plusieurs kilomètres n'est jamais uniforme : la structure change au gré des travaux successifs, le sol au gré des déblais et des remblais, le drainage au gré du relief. On le découpe en zones homogènes — même situation, même historique, même comportement —, sur chacune desquelles on calculera une seule solution. Le guide Cerema procède par analyse synoptique : toutes les données sont reportées sur un même schéma itinéraire, chacune donne un prédécoupage, et l'on agrège ensuite ces prédécoupages [guide Cerema/IDRRIM 2016, ch. 2 § 3 et 3.6 ; ch. 3 § 3.2]. Un changement de structure, de trafic — de part et d'autre d'un carrefour — ou de drainage ouvre d'office une nouvelle zone [ch. 3 § 3.2.1]. Pour le reste, ce sont les mesures qui découpent, en six étapes :
- Sections élémentaires classées. L'itinéraire est coupé en sections de longueur constante, chacune classée pour chaque paramètre. Par 100 m : la fissuration et le faïençage (F1 à F5, majorés d'une classe si les réparations couvrent plus de 10 % du linéaire, de deux au-delà de 30 %), l'orniérage (ORN) et l'affaissement de rive (AFF), et pour les semi-rigides les fissures transversales (FT). Par 200 m : la déflexion caractéristique ramenée à 15 °C, au seuil de 97,5 % d'au moins dix points (D1 à D9) [ch. 3, tab. 13, 15 et 16 pour les chaussées souples].
- Purges. Une section isolée bien plus déformée que ses voisines — un affaissement ou une ornière de deux classes au-dessus, un groupe de nids-de-poule — trahit un point singulier : un ouvrage, une tranchée, une venue d'eau. Elle se traite par une purge et sort des zones homogènes, qui s'entendent « hors purge ».
- Regroupement. Les sections voisines qui ont toutes les mêmes classes forment un premier découpage, fin.
- Agrégation. Ce découpage fin est agrégé en un nombre raisonnable de zones — typiquement une à quatre par étude, d'au moins 200 m hors purge [ch. 3 § 3.2.4]. Le guide laisse la manière au jugement de l'ingénieur ; le banc la rend reproductible par la méthode de Ward : il réunit d'abord les morceaux de moins de 200 m à leur voisin le plus proche en classes, puis, deux à deux, les voisins les plus semblables — l'écart de leurs classes moyennes, pondéré par leurs longueurs, la déflexion comptant un peu plus que les dégradations —, jusqu'à quatre zones au plus, et tant que l'écart reste faible.
- Frontières affinées. Les extrémités des zones se redéfinissent ensuite plus finement d'après les mesures individuelles [ch. 2 § 3.6] : pour la déflexion, par les différences cumulées, ci-dessous.
- Synthèse par zone. Sur chaque zone, on recalcule les pourcentages de dégradation et les valeurs caractéristiques. Le niveau retenu — de déflexion, de fissuration, d'orniérage — est le plus défavorable rencontré dans la zone [ch. 3 § 3.2.4], et le comportement se lit au tableau du type de chaussée.
Pour placer une frontière au point près sur un profil en long de déflexion, un outil statistique simple aide l'œil : la courbe des différences cumulées. On cumule l'écart de chaque mesure à la moyenne des points considérés :
Zk = Σi ≤ k (di − dmoy) · Δxi
Sur une zone plus faible que la moyenne, Z monte ; sur une zone plus forte, il descend. Les changements de pente de Z marquent les frontières. À l'étape 5, le banc calcule Z sur les deux zones qui se touchent et déplace leur frontière, de 200 m au plus, là où |Z| est maximal — à condition que leurs moyennes diffèrent nettement (écart supérieur à deux fois son incertitude) et que chaque zone garde ses 200 m.
Le calculateur de dépouillement, plus bas, suit les mêmes étapes avec les seules déflexions : sections de la longueur du référentiel, classées selon sa règle, regroupées, agrégées, frontières affinées, niveau le plus défavorable retenu dans chaque zone. Faute de relevé, il n'a pas de purge à isoler ; et la classe de déflexion étant son seul critère, il ne s'y fie pas seul. Il ne regroupe deux sections de même classe que si leurs déflexions ne diffèrent pas nettement : au seuil de 97,5 %, deux points faibles suffisent à donner à une section saine la classe de sa voisine affaiblie. Et pour agréger, il mesure la ressemblance de deux voisins sur les déflexions elles-mêmes : rapporté à la variance, le coût de Ward de leur fusion est le carré de leur écart de Welch, et deux zones restent séparées quand cet écart dépasse 2 — le critère même de l'étape 5. Les classes seules seraient trop grossières : sur la campagne d'exemple, la zone faible et ses voisines, de moyennes presque doubles, ne sont qu'à une classe l'une de l'autre. C'est une aide : la frontière définitive tient compte des dégradations, des carottages, des ouvrages et des changements de profil que la déflexion ne voit pas.
Dans chaque zone, on implante une ou deux sections témoins, choisies pour leur représentativité ; une section témoin peut couvrir toute la zone. La sécurité prime : jamais en sommet de côte ni en zone de faible visibilité. C'est là que l'on carotte, que l'on sonde et que l'on mesure le rayon de courbure s'il ne l'a pas été en continu — au moins dix points par zone de 200 m, vu la dispersion de ce paramètre.
Le banc ci-dessous fait tout le chemin, sur une route d'étude de quelques kilomètres. Le véhicule d'auscultation roule à 4 km/h : en cabine, l'opérateur note chaque dégradation au PK — début, fin, position dans le profil en travers, gravité —, une rampe laser mesure l'ornière tous les 5 m, et le déflectographe relève la déflexion au pas choisi, avec la température de la chaussée. À l'arrivée, le banc applique les six étapes ci-dessus aux seules mesures. La situation et l'historique sont reportés sur la fiche pour contrôler que les frontières trouvées tombent sur un changement réel : sur la route souple, la frontière affinée se place à quelques mètres du carrefour de 1+150, où l'historique change aussi. Le banc dresse enfin la fiche itinéraire : schéma des dégradations, profils mesurés, classes, zones et tableau de synthèse, en format A3 à imprimer. Essayer un pas de 50 m : les sections de 200 m n'ont plus que quatre points au lieu de dix, et sur la semi-rigide une frontière se décale de près de 150 m.
Banc d'essai · Ausculter un itinéraire et dresser sa fiche
Trois routes d'étude — souple, semi-rigide, bitumineuse épaisse : relevé des dégradations au PK, ornières et déflexions mesurées, puis schéma itinéraire et découpage en zones homogènes.
Banc d'essai interactif : dans le cours en ligne.
Classer la déflexion et la qualité
Le guide Cerema range la déflexion caractéristique, corrigée à 15 °C, en neuf classes, et le rayon caractéristique en six [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. 7 et 8] :
| Classe | D1 | D2 | D3 | D4 | D5 | D6 | D7 | D8 | D9 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| dcar (1/100 mm) | < 20 | 20–29 | 30–44 | 45–74 | 75–99 | 100–149 | 150–199 | 200–299 | ≥ 300 |
| Classe | R1 | R2 | R3 | R4 | R5 | R6 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Rcar à 20 % (m) | < 200 | 200–399 | 400–799 | 800–1 199 | 1 200–1 599 | ≥ 1 600 |
Le guide ne qualifie pas une déflexion dans l'absolu : 60 centièmes sont excellents pour une chaussée souple à faible trafic et inquiétants pour une autoroute. Le fascicule 6 tunisien, lui, franchit le pas : il donne des classes à 28 °C, différentes pour les chaussées souples et bitumineuses, et un niveau de comportement selon le trafic cumulé [fascicule 6, tab. 6 à 8].
| Classe tunisienne | D1 | D2 | D3 | D4 | D5 | D6 | D7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| dc à 28 °C (1/100 mm) | < 35 | 35–55 | 55–85 | 85–110 | 110–170 | 170–220 * | ≥ 220 |
| souple, moins de 0,3 M PL | bon | bon | bon | bon | bon | moyen | mauvais |
| bitumineuse, < 1 M PL | bon | bon | bon | bon | moyen | mauvais | — |
| bitumineuse, 1 à 10 M PL | bon | bon | moyen | moyen | mauvais | mauvais | — |
| bitumineuse, 10 à 100 M PL | bon | bon | moyen | mauvais | mauvais | mauvais | — |
* Pour les bitumineuses, D6 est ouverte (≥ 170). Pour une souple sous plus de 300 000 poids lourds, le catalogue ne se prononce pas : c'est en soi une information.
Les pays tropicaux procèdent par seuils locaux d1 et d2, publiés pour des chaussées en matériaux latéritiques mécaniquement stabilisés [CEBTP 1985, tab. 3], puis croisent la bande de déflexion avec l'état apparent pour obtenir une classe de qualité Q1 à Q5 [CEBTP 1985, tab. 2].
| Pays | d1 | d2 |
|---|---|---|
| Niger | 40 | 60 |
| Mali | 60–70 | 80–100 |
| Côte d'Ivoire | 50–75 | 100–150 |
| Cameroun | 50–60 | 80 |
| Gabon | 80 | 100 |
| État \ Déflexion | dc < d1 | d1–d2 | dc > d2 |
|---|---|---|---|
| bon (1) | Q1 | Q2 | Q3 * |
| fissuré non déformé (2-3) | Q2 | Q3 * | Q4 |
| déformé et fissuré (4-7) | Q3 * | Q4 | Q5 |
Les cases marquées * sont grisées dans le manuel : la combinaison est ambiguë (une chaussée en bon état qui défléchit beaucoup, une chaussée déformée qui défléchit peu) et des sondages s'imposent. Quand dc tombe dans une fourchette publiée (le d1 ivoirien va de 50 à 75), la bande se tranche du côté défavorable. La classe Q oriente directement l'intervention : Q1 entretien courant, Q2 entretien prioritaire, Q3 rechargement de 10 à 15 cm de grave, Q4 renforcement de 15 à 30 cm, Q5 renforcement en matériaux traités [CEBTP 1985].
Dépouiller une campagne de déflexion
Coller une colonne de tableur : PK (m), déflexion (1/100 mm), température (°C, facultative), rayon de courbure (m, facultatif), une ligne par point. Le calculateur corrige la température selon le référentiel, découpe en zones homogènes comme le banc ci-dessus — sections classées, regroupées, agrégées, frontières affinées par les différences cumulées — et retient dans chaque zone le niveau de sa section la plus défavorable. La campagne proposée compte 66 points à la poutre sur 650 m, avec une zone affaiblie au milieu.
Exemple — Une campagne à la poutre sur 650 m de chaussée souple
- Soixante-six points, un tous les 10 m, mesurés entre 12 et 32 °C de surface. Au PK 330, on lit 137 centièmes à 28 °C ; ramenée à 15 °C (souple, K = 0,15) : 137 / 1,13 = 121 centièmes.
- Sur toute la campagne corrigée : dmoy = 90, σ = 30, dmoy + 2σ = 150, et le seuil à 97,5 % vaut 140 centièmes, classe D6. Ce chiffre unique ne décrit pourtant aucun endroit réel de la route.
- Découpage, à la manière du banc : sections de 200 m classées D5 · D6 · D6. La dernière ne doit sa classe qu'aux deux points faibles des PK 400 et 410 : ses déflexions diffèrent nettement de celles de la deuxième, et les deux ne se regroupent pas. Les 3 groupes, agrégés puis affinés par les différences cumulées (PK 400 → 415), donnent 3 zones : …. La zone faible porte toute la dispersion de la campagne.
- Rayon de courbure dans la zone faible : Rcar = 70 m, classe R1. Le produit Rméd × dmoy y vaut 9 000, contre 8 000 dans la première zone : la cuvette est plus profonde sans être proportionnellement plus pointue. Le corps de chaussée n'a pas changé ; c'est le sol qui a faibli.
- Lecture tunisienne de la même zone : transposée à 28 °C, dmoy + 1,3σ = 150 centièmes, classe D5. Pour une souple, le catalogue ne juge le comportement que sous 0,3 million de PL : à 0,2 million, ce serait un comportement « moyen » ; au-delà, il ne se prononce pas.
- Lecture tropicale, seuils ivoiriens, état fissuré non déformé : dmoy + 2σ des mesures brutes = 150 centièmes, classe Q4 — un renforcement.
Carottages et sondages
La déflexion dit qu'une zone est faible, pas pourquoi. Les carottages, de diamètre supérieur à 140 mm, donnent la nature, l'état et l'épaisseur des couches liées, l'état de leurs interfaces, et montrent si les fissures sont parties du haut ou du bas. Les sondages à la pelle, après découpe des enrobés, reconstituent la coupe transversale de l'axe au bord de la voie, prélèvent la grave et le sol pour les classer selon le GTR (chapitre 2), et montrent l'état hydrique : matériau sec, humide, ou suintant avec de l'eau libre dans le trou. Un à deux sondages par zone homogène suffisent le plus souvent en rase campagne, avec au minimum un par kilomètre sur les chaussées souples [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 4.3 et 4.4].
Chaque interface entre couches liées est qualifiée en trois états [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. 10] :
| Interface | Ce qu'on voit sur la carotte |
|---|---|
| Collée | bon accrochage, bonne liaison |
| Semi-collée | liaison détruite au carottage : surface brillante de l'interface |
| Décollée | paroi lisse au niveau de la liaison, ou cavité, ou érosion des bords des deux couches, ou pollution de l'interface |
Le matériau de chaque couche est classé en cinq états — sain, médiocre, fissuré ou mauvais, fragmenté, désagrégé — en croisant l'aspect de la carotte et celui de la paroi du trou [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. 11 ; fascicule 6, tab. 4] :
| Paroi \ Carotte | Saine | Médiocre | Fissurée | Fragmentée | Désagrégée |
|---|---|---|---|---|---|
| Lisse | sain | médiocre | fissuré | non rencontré | non rencontré |
| Granulats arrachés | non rencontré | mauvais | mauvais | fragmenté | désagrégé |
Les cases « non rencontré » ne décrivent pas un matériau meilleur ou pire : c'est une combinaison que le terrain ne produit pas, et qui signale une erreur de relevé. Au-delà de 5 cm, un qualificatif peut ne porter que sur une partie de la carotte : le haut et le bas d'une couche peuvent être désagrégés quand le cœur est sain.
Une section témoin compte plusieurs carottes. Le guide les résume par une règle qu'il faut connaître mot à mot [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.3] : l'épaisseur retenue est la moyenne des relevés, cas atypiques éliminés ; la qualité des matériaux et des interfaces est le cas qui suit immédiatement le plus défavorable, celui-ci étant éliminé — sauf s'il apparaît plus d'une fois. Une carotte catastrophique isolée ne fait pas l'état d'une section ; deux, si.
L'état retenu donne ensuite le module de départ de la couche dans le modèle de calcul : le module de référence pour une carotte saine, 0,7 fois ce module pour une carotte médiocre, 2 000 MPa pour une fissurée (1 500 MPa en Tunisie), 1 000 MPa pour une fragmentée, 500 MPa pour une désagrégée [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. 31]. Toutes les interfaces sont supposées collées, sauf celles avérées décollées entre couches bitumineuses. Le chapitre 14 reprend ces barèmes pays par pays.
Trois carottes, une section témoin
Chaque carotte traverse un enrobé puis une grave-bitume. Le calculateur classe chaque couche (carotte × paroi), applique la règle de synthèse de la section témoin et en déduit le module de départ. Essayer de rendre deux carottes fissurées : l'état retenu bascule.
Carotte C1
Carotte C2
Carotte C3
France
Guide Cerema/IDRRIM 2016 : déflexion à 15 °C, seuil à 97,5 %, classes D1 à D9 et R1 à R6 ; zones homogènes d'au moins 200 m ; carottes classées par carotte × paroi.
Tunisie
Fascicule 6 du catalogue RevA : même démarche, référence 28 °C (transposition par 1,13 ou 1,17), dmoy + 1,3 σ, sections de 100 m, classes propres aux souples et aux bitumineuses ; relevé de surface chiffré F × O → CH1 à CH4. Le catalogue de 1984 retenait dmoy + 2 σ au déflectographe Lacroix.
Sénégal
Guide AGEROUTE 2023 : mêmes étapes — auscultation visuelle et par déflexion, zones homogènes, sections témoins — jusqu'au vocabulaire ; l'examen des carottages et sondages se substitue aux hypothèses du modèle réglementaire, et l'état hydrique des couches non liées se lit dans le trou de sondage (humide, ou très humide avec eau libre).
Côte d'Ivoire
Le manuel de 2024 ne traite que du neuf, le guide de renforcement de 1980 est à actualiser : on suit le manuel tropical de 1985, seuils ivoiriens d1 = 50 à 75 et d2 = 100 à 150 centièmes.
Pays tropicaux
Manuel CEBTP/LCPC 1985 : dc = dmoy + k σ (k = 2 ou 1,3), seuils d1/d2 par pays, grille état apparent × déflexion → Q1 à Q5, qui oriente directement vers l'entretien, le rechargement ou le renforcement ; R × d pour juger le corps de chaussée.
L'auscultation croise trois regards : la surface (quelles dégradations, où, quelle étendue), la déflexion (combien la chaussée s'enfonce, et sur quelle longueur elle le fait de la même façon), les carottes et les sondages (ce qui se trouve dedans, et dans quel état). On résume la déflexion par une valeur caractéristique — centile à 97,5 % en France, dmoy + k σ ailleurs —, on découpe en zones homogènes, et l'on n'emploie jamais les seuils d'un référentiel avec la règle d'un autre.
13 · Rétrocalculer les modules
Le problème inverse
Jusqu'ici, le moteur de Burmister a toujours travaillé dans le même sens : on lui donne une structure — épaisseurs, modules, coefficients de Poisson, interfaces — et il rend des déplacements, des contraintes et des déformations. C'est le problème direct. Sur une chaussée à renforcer, la question se pose à l'envers : on a mesuré une déflexion, un rayon de courbure, parfois un bassin complet, et l'on cherche les modules qui les produisent. C'est le problème inverse, ou rétrocalcul.
On en a besoin parce qu'aucun catalogue ne donne le module d'un enrobé de vingt ans, ni celui d'une grave qui a pris l'eau, ni celui d'un sol à la fin d'un hivernage. Le rétrocalcul ne crée pourtant aucune physique nouvelle : il interroge le moteur direct autant de fois qu'il faut pour que le calcul reproduise la mesure. Deux limites en découlent, qui gouvernent tout ce chapitre.
- Seuls les modules se rétrocalculent. Les épaisseurs se relèvent sur le terrain — carottes, sondages, radar, archives de travaux — et entrent dans le modèle comme des données. Deux mesures ne peuvent pas déterminer à la fois quatre modules et quatre épaisseurs.
- On ne trouve pas plus de modules qu'on n'a de mesures indépendantes. Une équation à deux inconnues a une infinité de solutions, et un calcul qui converge parfaitement peut rendre un résultat parfaitement faux.
Ce que chaque mesure voit
Toutes les mesures ne renseignent pas sur les mêmes couches. Le chapitre 5 l'a montré sur un massif homogène, le chapitre 12 sur une chaussée : la déflexion se produit pour l'essentiel dans le sol. La figure le chiffre en sensibilités : de combien de pour cent varie chaque mesure quand le module d'une couche varie de 1 %.
Pour le rayon de courbure, les sensibilités sont tout autres : …. Le rayon parle des couches liées, la déflexion du sol.
D'où la règle de comptage, que le logiciel affiche avant tout calcul :
| Mesures disponibles | Nombre de mesures | Modules qu'on peut chercher |
|---|---|---|
| Déflexion d0 seule (poutre, déflectographe) | 1 | un seul, en pratique le sol |
| d0 et rayon de courbure R | 2 | deux : le sol et un bloc de couches liées |
| Bassin (FWD, curviamètre), 6 à 9 points | 6 à 9 | deux ou trois : les points sont corrélés, ils n'apportent pas chacun une information indépendante |
Moins de mesures que d'inconnues : le système est sous-déterminé, une infinité de jeux de modules reproduisent exactement les mêmes mesures. Autant : il est déterminé, la solution est unique. Davantage : il est surdéterminé, la solution est unique au sens des moindres carrés et l'écart résiduel mesure la qualité du modèle autant que celle du calage.
Couches libres, fixées et liées
Pour ramener le nombre d'inconnues à celui des mesures, chaque couche reçoit un statut :
- libre : son module est cherché ;
- fixée : son module est imposé — d'après les carottes, un forfait du guide ou un essai ;
- liée : son module vaut un rapport k fois celui de la couche du dessous, éventuellement plafonné. Elle ne coûte aucune inconnue, mais elle suit le calage.
Le guide Cerema construit ainsi son modèle de calcul inverse, qui n'est pas la coupe relevée mais sa mise en forme [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.4.1] :
- les graves non traitées sont découpées en sous-couches d'au plus 0,10 m, en partant du bas : 0,25 m donne 0,10 + 0,10 + 0,05 m, le reliquat en haut ;
- chaque sous-couche granulaire vaut k = 2 fois la couche immédiatement inférieure, plafonnée selon sa propreté et son état hydrique (600 MPa au mieux en France, 360 MPa en Tunisie) ;
- le sol reçoit une épaisseur conventionnelle de 6 m et repose sur un massif rigide semi-infini (E = 10 000 MPa, ν = 0,25), pour rendre compte de la non-linéarité du sol ;
- toutes les interfaces sont collées, sauf celles avérées décollées entre couches bitumineuses ; les couches liées prennent le module tiré des carottes (chapitre 12), ou 2 000 MPa sans carottage.
Il ne reste alors qu'une inconnue, le module du sol : une inconnue pour une mesure, la solution est unique. Le troisième point n'est pas cosmétique. Un sol semi-infini laisse la déformée s'étendre indéfiniment vers le bas : il gonfle la déflexion sans toucher au rayon, qui se joue près de la charge. Sur la coupe ci-dessus, le massif rigide fait passer la déflexion de … à … centièmes, quand le rayon passe de … à … m. Sans lui, aucun jeu de modules crédibles ne reproduit à la fois une déflexion et un rayon mesurés.
La méthode de Levenberg-Marquardt
Chercher des modules qui reproduisent des mesures revient à minimiser un écart. Le solveur du cours, repris de Burmister-Calc, procède ainsi.
Les inconnues sont les logarithmes des modules, xj = ln Ej. Un module reste ainsi toujours positif, et un pas de calcul est une variation relative : passer de 50 à 55 MPa coûte le même effort que de 5 000 à 5 500.
Les écarts sont relatifs. Pour chaque mesure mi et sa simulation si(x), le résidu vaut ri = (mi − si)/mi, et l'on minimise la somme de leurs carrés :
S(x) = Σi ri2 = Σi [(mi − si(x)) / mi]2
Sans cette division, un rayon de 600 m pèserait dix fois une déflexion de 60 centièmes, et ses résidus cent fois : le calage ignorerait la déflexion.
Le jacobien J dit comment chaque simulation répond à chaque inconnue : Jij = ∂ri/∂xj. On l'estime par différences finies, en relançant le moteur avec un module augmenté de 0,01 % (h = 10−4 sur ln E). Une itération coûte donc une simulation de plus par inconnue.
Le pas est celui de Gauss-Newton — on remplace s(x + Δx) par sa tangente s(x) + J Δx et l'on résout le système linéaire des moindres carrés — amorti par Levenberg et Marquardt :
(JTJ + λ · diag JTJ) · Δx = JT r
Quand λ est petit, c'est Gauss-Newton : rapide près de la solution, imprudent loin d'elle. Quand λ est grand, le pas devient un petit pas dans la direction de plus forte descente : lent mais sûr. Le solveur part de λ = 10−3 ; un pas qui fait baisser S est accepté et λ est divisé par 10, un pas qui le fait monter est refusé et λ multiplié par 10. Il s'arrête quand S ne baisse plus que d'une fraction 10−6 d'une itération à l'autre, ou quand λ dépasse 1012 sans qu'aucun pas ne passe : c'est alors un point stationnaire, que l'on juge sur l'écart restant. Quand le système est sous-déterminé, JTJ est singulière ; le solveur maintient λ au-dessus de 10−6, ce qui borne les pas et l'arrête sur la solution la plus proche du point de départ.
Levenberg-Marquardt est une suite de moindres carrés linéarisés, dont l'amortissement λ s'adapte : grand loin de la solution, petit près d'elle. Le solveur cherche les ln E qui annulent les écarts relatifs entre mesures et simulations ; chaque itération coûte 1 + n simulations du moteur pour n modules libres.
Rétrocalcul à la poutre : d0 et rayon de courbure
Une chaussée à quatre couches, des mesures, des statuts. Le tableau suit l'optimiseur itération par itération. Valeurs proposées : l'exemple du chapitre, avec des modules de départ volontairement faux (7 000 et 80 MPa). Passer le rayon à « non mesuré » : le calcul converge encore, mais vers autre chose.
Unicité et compensation
Avec la seule déflexion, chercher à la fois la grave-bitume et le sol revient à résoudre une équation à deux inconnues. Toutes les paires (Eassise, Esol) situées sur une même courbe — la vallée du coût — donnent exactement la même déflexion : une assise raide sur un sol mou s'enfonce comme une assise molle sur un sol ferme. Le solveur en rend une, celle vers laquelle son point de départ l'a conduit, et il n'a aucun moyen de savoir que ce n'est pas la bonne.
Le rayon de courbure départage les deux, parce qu'il varie surtout avec les couches liées : sa propre vallée coupe celle de la déflexion en un point, et un seul. Le calculateur suivant trace les deux courbes et montre ce qu'il en coûte de se tromper de point.
Deux chaussées, une même déflexion
Chaussée de l'exemple, mesurée d0 = 58,8 centièmes et R = 582 m. On choisit le module de la grave-bitume ; le solveur trouve le module du sol qui redonne exactement d0. Les deux chaussées sont indiscernables à la poutre sans rayon — mais pas pour la fatigue.
Exemple — RD 45 : une seule mesure ne suffit pas
- Chaussée en place : 6 cm de BB à 3 200 MPa, 20 cm de grave-bitume, 30 cm de GNT à 220 MPa, sol support. Les « mesures » sont fabriquées par le moteur avec la grave-bitume à 4 500 MPa et le sol à 45 MPa : d0 = 58,8 centièmes et R = 582 m. On connaît donc la vérité, ce qui n'arrive jamais sur le terrain.
- Variante A, d0 seule, grave-bitume et sol libres, départ à 7 000 et 80 MPa : le solveur converge en 4 itérations, avec un écart de 0 % sur d0, vers EGB = 1 760 MPa et Esol = 55 MPa. Le calcul reproduit parfaitement la mesure — et se trompe d'un facteur 2,6 sur l'assise.
- Variante B, d0 et R calés : 4 itérations, EGB = 4 500 MPa et Esol = 45 MPa. Deux mesures pour deux inconnues : la solution est unique, et c'est la bonne.
- Conséquence : à la base de la grave-bitume, la variante A donne εt = … µdéf, la vraie chaussée … µdéf. Avec une loi de fatigue de pente b = −0,2, la durée de vie varie comme εt−5 : la variante A sous-estime la capacité restante de l'assise d'un facteur …, et conduirait à un renforcement surdimensionné.
Les pièges
Le rétrocalcul est le seul endroit de l'étude où un calcul parfaitement convergé peut être parfaitement faux. Les causes ne sont presque jamais numériques ; elles tiennent au modèle qu'on a donné au solveur.
- Des épaisseurs mal connues. Sur l'exemple, si l'on croit la grave-bitume épaisse de 18 cm au lieu de 20, le calage d0 + R reste parfait mais rend EGB = … MPa ; avec 22 cm, … MPa. Le module compense l'épaisseur : c'est la rigidité de flexion, de l'ordre de E h3, que la mesure fixe. La déformation à la base de l'assise, elle, ne bouge presque pas (… µdéf) — ce qui rassure pour la fatigue, pas pour le module publié.
- Une interface mal décrite. Supposer le BB glissant sur la grave-bitume, alors qu'il est collé, oblige le solveur à raidir l'assise pour reproduire le même rayon : EGB = … MPa au lieu de 4 500, avec un écart toujours nul.
- Un sol semi-infini, sans le massif rigide du guide : la déflexion et le rayon ne peuvent plus être reproduits ensemble par des modules plausibles.
- Les conditions de la mesure. Une poutre à 4 km/h sollicite la chaussée vers 1 Hz, le curviamètre vers 3 Hz, quand les catalogues donnent leurs modules à 10 Hz ; et la chaussée était à la température du jour, pas à 15 °C. Un module retrouvé n'a de sens qu'avec ses conditions.
- Un point au lieu d'une valeur caractéristique. On cale la valeur caractéristique de la section témoin, pas une mesure isolée relevée au hasard du linéaire.
- La saison. Un sol mesuré après une période anormalement humide ou sèche donne une vision trop pessimiste ou trop optimiste ; pour un sol fin, le guide propose un contrôle de vraisemblance, Esol ≈ 5 × IPI [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.4.2].
Un écart nul entre mesure et calcul ne prouve rien sur les modules : il prouve seulement que le solveur a trouvé un jeu de modules compatible. Avant de lire un résultat, comptez les inconnues et les mesures ; après, demandez-vous si les épaisseurs et les interfaces du modèle sont celles de la chaussée.
Bassin de déflexion : plusieurs points, plusieurs modules
Un bassin relevé au FWD ou au curviamètre donne six à neuf déflexions à des distances croissantes de la charge. Les points lointains ne voient que le sol ; les points proches voient toute la structure. Le système devient surdéterminé, et l'on peut chercher deux ou trois modules. Au-delà, les couches minces et les couches voisines se compensent, et le calcul devient instable : le bruit de mesure, quelques pour cent, suffit à déplacer les modules de plusieurs dizaines de pour cent.
Rétrocalcul sur un bassin
Le bassin « mesuré » est fabriqué par le moteur avec des modules vrais, puis bruité ; on le confie au solveur à partir de modules de catalogue. Comme le solveur, ce calcul représente la charge par le jumelage de référence (bassin d'un déflectographe ou d'un curviamètre) ; pour un FWD, on modéliserait la plaque, le principe restant le même. Libérer de plus en plus de couches et augmenter le bruit.
Le calage en deux étapes
Le guide Cerema ne cale pas la déflexion et le rayon ensemble. Il découpe la modélisation en trois étapes, dont les deux dernières sont deux calages successifs à une inconnue chacun [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.4.2 et 3.4.3] :
| Étape | Ce qu'on fixe | Ce qu'on cherche | Avec quelle mesure |
|---|---|---|---|
| 1 | — | épaisseurs, interfaces, état des couches liées | carottes et sondages |
| 2 | couches liées au module tiré des carottes, granulaires à k = 2 | le module du sol | la déflexion caractéristique |
| 3 | le sol trouvé à l'étape 2 | les modules bitumineux, ensemble, dans leurs proportions | le rayon de courbure, « indépendamment de la déflexion » |
La raison est celle de la figure des sensibilités : chaque mesure renseigne d'abord sur une partie de la chaussée. À chaque étape il n'y a qu'une inconnue pour une mesure, et chacune est satisfaite exactement, là où un calage simultané chercherait un compromis entre deux mesures qu'aucun jeu de modules plausible ne satisfait ensemble. Le guide retient le rayon médian pour les chaussées souples (§ 3.4.3), le rayon caractéristique pour les bitumineuses épaisses (§ 4.4.3).
Les modules bitumineux de l'étape 3 sont ceux de la chaussée le jour de la mesure : à sa température, et à la fréquence de l'appareil, estimée à 1 Hz sous 10 km/h (déflectographe, poutre) et à 3 Hz au-delà (curviamètre). Pour les ramener aux conditions de dimensionnement, on divise par 0,5 (ou 0,75) pour passer à 10 Hz, puis on applique le coefficient de température de l'annexe 7 [guide Cerema/IDRRIM 2016, tab. A7.3] :
| Température (°C) | −10 | 0 | 10 | 15 | 20 | 30 | 40 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| BB (couche de surface) | 0,36 | 0,45 | 0,75 | 1,00 | 1,50 | 4,15 | 5,40 |
| Grave-bitume | 0,40 | 0,49 | 0,76 | 1,00 | 1,48 | 3,44 | 9,30 |
| EME | 0,47 | 0,58 | 0,82 | 1,00 | 1,27 | 2,33 | 4,67 |
Le coefficient multiplie le module mesuré à θ pour le ramener à 15 °C ; on interpole entre les colonnes, sans extrapoler hors du tableau. Le chemin inverse sert à l'aller : les modules tirés des carottes, exprimés à 15 °C et 10 Hz, sont d'abord ramenés aux conditions de la mesure avant de caler le sol. Dans un pays dont la référence n'est pas 15 °C, le retour se fait vers la température du projet — 28 °C en Tunisie, 34 °C au Sénégal —, pas vers 15 °C.
Exemple — Calage en deux étapes d'une chaussée bitumineuse
- Coupe relevée : 6 cm de BB, carotte médiocre (0,7 × 9 310 MPa), 15 cm de grave-bitume saine (11 880 MPa), 25 cm de GNT, sol. Le modèle de diagnostic découpe la GNT en … cm, pose le sol sur 6 m et ajoute le massif rigide.
- Mesures à la poutre, 4 km/h, chaussée à 20 °C : déflexion caractéristique 70 centièmes, rayon caractéristique 300 m.
- Aller : aux conditions de la mesure (1 Hz, 20 °C), les modules de départ valent … MPa.
- Étape 2, la déflexion seule : Esol = … MPa ; les sous-couches de GNT suivent à … MPa.
- Étape 3, le rayon seul, sol figé : les deux enrobés, déplacés ensemble, valent … MPa aux conditions de la mesure.
- Retour à 15 °C et 10 Hz : BB … MPa, grave-bitume … MPa — à comparer aux 6 517 et 11 880 MPa tirés des carottes : la chaussée est moins raide que son aspect ne le laissait croire.
Lire et critiquer un rétrocalcul
Un rétrocalcul se relit comme une note de calcul, en quatre questions.
- Combien d'inconnues pour combien de mesures ? Si les inconnues l'emportent, le résultat dépend du point de départ, quel que soit l'écart affiché.
- L'écart résiduel est-il petit ? Quelques pour cent sur chaque mesure : le calage tient. Plus de 10 %, ou pas de convergence : on ne l'applique pas tel quel, on revoit le modèle.
- Les modules sont-ils plausibles ? Une GNT de l'ordre de deux fois son support, plafonnée ; un sol cohérent avec sa nature et son IPI ; un enrobé ramené à 15 °C et 10 Hz qui ne dépasse pas les valeurs de catalogue — le plus raide du tableau A7.2, un EME de classe 2, vaut 14 000 MPa, et un résultat au-delà de 20 000 MPa signale une erreur en amont (rayon douteux, température fausse, épaisseur mal relevée).
- Le résultat résiste-t-il ? Relancer depuis un autre point de départ, faire varier une épaisseur de ±2 cm, changer une interface : un résultat qui bouge beaucoup n'est pas une donnée, c'est une hypothèse.
France
Guide Cerema/IDRRIM 2016 : modèle de diagnostic (GNT en tranches de 10 cm, k = 2 plafonné, sol de 6 m sur massif rigide), calage en deux étapes, retour à 15 °C et 10 Hz par le tableau A7.3.
Tunisie
Fascicule 6 : la même démarche, citée figure par figure, avec le plafond GNT tunisien (360 MPa au mieux), une carotte fissurée à 1 500 MPa et un module de référence exprimé à 28 °C et 20 Hz ; le retour se fait vers la température du projet.
Sénégal
Guide AGEROUTE 2023 : le modèle SCT1 décrit la chaussée actuelle, modules rétrocalculés sur le bassin (déflectographe Lacroix, poutre ou FWD), pris à 2 Hz ; modules de départ par l'état de dégradation et la température de surface (tableau 4), sous-couches non liées au rapport 2 à l'état sec et 1,5 à l'état humide ; ν = 0,45 pour les enrobés.
Côte d'Ivoire
Pas de méthode nationale de renforcement : on suit le manuel tropical de 1985.
Pays tropicaux
Manuel CEBTP/LCPC 1985 : ancienne chaussée en bicouche ou tricouche ; support E = k × CBR avec k = 50 retenu (50 à 100) ; rapport E2/E3 = 2 retenu (2 à 4) ; le produit R × d donne le rapport du corps de chaussée au support sur abaque — un rétrocalcul graphique avant l'heure.
On ne rétrocalcule que des modules, jamais plus qu'on n'a de mesures indépendantes. Le diagnostic fixe tout ce qu'il peut — épaisseurs, interfaces, couches liées, rapports des granulaires — pour ne laisser qu'une inconnue par mesure ; le guide cale le sol sur la déflexion, puis les enrobés sur le rayon, et ramène ces derniers aux conditions du projet. Un écart nul ne valide rien : seul un modèle juste rend des modules justes.
14 · Diagnostic et renforcement
Ce que vaut une chaussée qui a déjà servi
Les chapitres 7 à 11 dimensionnaient des chaussées neuves : chaque couche avait toute sa durée de vie devant elle. Une chaussée de vingt ans en a déjà dépensé une partie, que personne ne connaît exactement. C'est ce dommage consommé D — la fraction de sa durée de vie qu'une couche a déjà épuisée — qu'il faut estimer avant tout calcul de renforcement, parce qu'il décide de ce que les couches conservées peuvent encore porter.
La loi de Miner le dit en une ligne. Une couche qui a consommé D n'a plus que 1 − D devant elle ; pour qu'elle porte encore NE essieux futurs, il faut la vérifier comme si elle devait en porter :
NEéquivalent = NEfutur / (1 − D)
C'est exactement ce que fait la vérification des calculateurs du cours : une couche qui porte un dommage D est opposée à l'admissible calculé pour NE/(1 − D), et chaque ligne de la vérification dit sous quel trafic elle a été menée. Un dommage de 0,5 double le trafic à considérer, 0,7 le multiplie par 3,3, 0,9 par dix.
Deux règles du guide Cerema encadrent la formule [guide Cerema/IDRRIM 2016, ch. 4 § 3]. D'abord, si une seule couche a atteint un dommage de 1, la base du calcul bascule : le renforcement se calcule comme une chaussée neuve posée sur ce qui reste, la couche ruinée prenant un module endommagé conventionnel et perdant son critère de fatigue. Ensuite, une couche conservée dont le dommage est aujourd'hui inférieur à 1 doit l'être encore à la fin de la durée de calcul ; sinon, son module redescend à sa valeur endommagée à partir du moment où son dommage atteint 1, et le calcul se conduit en deux périodes.
Trois voies vers le dommage consommé
Par le cumul de Miner, quand l'historique est connu [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 2.2.3]. On modélise la chaussée à l'état neuf, on découpe sa vie en phases séparées par les travaux, et pour chaque phase on divise le trafic subi par la durée de vie de la couche, obtenue en inversant sa loi d'admissible :
D = Σphases nesubi / NEdurée de vie NEdurée de vie = 106 · [εt / (ε6 kθ kr kc ks)]1/b ou (εz/A)1/(−0,222)
Une convention se manque facilement : un entretien efface la déformation permanente des couches non liées. Pour le sol et les graves non traitées, le dommage ne se cumule qu'entre deux séquences de travaux ; la fatigue des couches liées, elle, ne s'efface pas. Et si le dommage calculé contredit l'état observé, c'est l'état réel qui fait foi : on reprend alors le trafic, la qualité des matériaux et des interfaces, ou le climat supposés.
Par un forfait, faute d'historique — le cas ordinaire. Le fascicule 6 tunisien croise le niveau de déflexion (chapitre 12) et la classe de dégradation CH1 à CH4 en un indicateur global Cli, qui donne directement le dommage [fascicule 6, tab. 9 et 10] :
| Déflexion \ Dégradations | Bon | Moyen | Mauvais |
|---|---|---|---|
| Bon | Cl1 | Cl2 | Cl3 |
| Moyen | Cl2 | Cl2 | Cl3 |
| Mauvais | Cl3 | Cl3 | Cl4 |
| Classe | Dommage passé |
|---|---|
| Cl1 | 0,3 |
| Cl2 | 0,5 |
| Cl3 | 0,7 |
| Cl4 | 1 |
Si les carottes révèlent des interfaces décollées dans l'assise, l'appréciation baisse d'une classe : un Cl2 devient Cl3, et son dommage passe de 0,5 à 0,7. Le forfait juge la chaussée en bloc : toutes les couches reçoivent le même dommage. C'est sa limite, et il vaut mieux la connaître que la croire plus fine qu'elle n'est.
Par la vie résiduelle, voie du manuel tropical [CEBTP 1985]. On ne remonte pas l'historique : on calcule ce que la chaussée telle qu'elle est aujourd'hui — modules rétrocalculés compris — peut encore porter, en inversant la loi d'admissible, et l'on compare au trafic futur :
D = 1 − NErestant / NEfutur (et 0 si NErestant ≥ NEfutur)
Le manuel tropical fournit pour cela ses propres admissibles, dont la loi de Shell pour les sols et les graves, εz = 2,8·10−2 · N−0,25. Le guide sénégalais, lui, nomme les trois états de la route : SCT1, la chaussée actuelle aux modules rétrocalculés ; SCT2, la chaussée à sa mise en service, qui sert à calculer le dommage déjà consommé par Miner ; SCT3, la chaussée renforcée, que l'on dimensionne avec le dommage disponible 1 − D [guide AGEROUTE 2023]. En phase de diagnostic, il neutralise le risque (kr = 1).
Les trois voies ne répondent pas avec la même finesse. Miner donne un dommage par couche ; le forfait, un dommage unique pour toute la chaussée ; la vie résiduelle, un dommage pour la structure prise dans son ensemble. Une note de calcul dit laquelle a servi, et sur quoi elle porte.
Les modules résiduels des couches en place
Le modèle de la chaussée existante (chapitre 13) donne le module du sol par le calcul inverse ; les couches liées reçoivent un module tiré de leur état. Chaque référentiel a son barème.
| Référentiel | Entrée du barème | Modules |
|---|---|---|
| FR Cerema, tab. 31 | carotte × paroi du trou | sain Eréf ; médiocre 0,7 Eréf ; fissuré 2 000 ; fragmenté 1 000 ; désagrégé 500 MPa. Sans carotte : 2 000 MPa, ou d'après la classe de fissuration (F1 Eréf, F2-F3 3 000, F4-F5 2 000) |
| TN fascicule 6 | carotte × paroi du trou | le même tableau, avec Eréf = E(28 °C, 20 Hz) et une carotte fissurée à 1 500 MPa |
| SN AGEROUTE, tab. 4 et 6 | état de dégradation × rôle × température de surface | enrobé sain : 1 200 MPa en surface, 2 200 en assise (800 et 1 200 au-delà de 30 °C) ; fissuré 800 ; désagrégé 600 MPa ; à 2 Hz. Traités : GC 20 000 / 6 000 / 500 MPa (sain, fissuré, désagrégé), le sain se mesurant de préférence sur carottes |
| TR CEBTP 1985 | fourchettes et valeurs d'usage | sain : module du matériau ; dégradé : entre celui d'une GNT et celui du sain ; faïençage important : 2 000 MPa (20 000 bars) ; assise traitée dégradée : 8 000 à 10 000 bars contre 50 000 à neuf |
| TN catalogue 1984 | coefficients ai résiduels | pas de module : un indice de structure SN̄ = Σ ai hi/2,54 + ΔSN ; béton bitumineux 0,39 à neuf, 0,30 fissuré, 0,20 faïencé, 0,14 faïencé ouvert |
Pour caler le sol, les modules des matériaux sains et médiocres sont en outre multipliés par 0,5 (mesure sous 10 km/h) ou 0,75 (au-delà), sans descendre sous 2 000 MPa ; pour un matériau fissuré, fragmenté ou désagrégé, l'état l'emporte sur la vitesse et la valeur du tableau s'applique telle quelle [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.4.2].
Les graves non traitées en place suivent la règle du chapitre 13 — deux fois la couche du dessous —, plafonnée par la grille du pays. Le plafond pèse directement sur l'épaisseur de renforcement :
| Cerema, tab. 20 | Propre | Pollué | Très pollué |
|---|---|---|---|
| Sec | 600 | 400 | 400 |
| Humide | 400 | 400 | 200 |
| Suintant | 400 | 200 | 200 |
| Tunisie, fasc. 6 | Propre | Pollué | Très pollué |
|---|---|---|---|
| Sec | 360 | 360 | 360 |
| Humide | 360 | 360 | 120 |
| Suintant | 360 | 200 | 120 |
Servir la grille française en Tunisie surestimerait le module d'assise de moitié. Le Sénégal plafonne par matériau — une GNT concassée à 600, 500 ou 400 MPa selon qu'elle est sèche, humide ou très humide, une latérite GL1 à 200, 150 ou 100 MPa — avec un rapport au support de 2 à l'état sec et de 1,5 dès qu'elle est humide [guide AGEROUTE 2023, tab. 5]. Le manuel tropical retient un rapport de 2 (entre 2 et 4) et un support E = 50 × CBR.
Choisir la solution
Le guide Cerema distingue quatre configurations de renforcement, auxquelles s'ajoute le simple renouvellement de surface quand il n'y a pas de besoin structurel [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 3.1.4] :
- le rechargement : on pose l'apport sur la chaussée entière. C'est généralement la configuration qui conduit à l'apport de matériaux neufs le plus faible ; elle se choisit dès que l'environnement le permet (pas ou peu de passages supérieurs, pas de problème de glissières) ;
- le décaissement partiel : on fraise avant d'apporter. Il s'impose dès que la structure présente des décollements d'interface dans sa partie supérieure — les quinze premiers centimètres environ —, pour les supprimer plutôt que les recouvrir ; c'est aussi la réponse à une contrainte de seuil forte ;
- le décaissement total : la même opération poussée à l'extrême, pour abaisser le fil rouge ou quand la chaussée est notoirement insuffisante ;
- le retraitement en place : on reconstitue une assise avec les matériaux du site. Le guide demande de l'envisager dans tous les cas, pour réemployer ce qui peut l'être.
L'ordre des critères suit le guide : la ruine d'abord (une couche à D ≥ 1 oriente vers le décaissement ou le retraitement), puis les décollements hauts, puis la contrainte de niveau, et à défaut le rechargement. Une couche conservée garde son dommage et se vérifie sous le trafic majoré ; une couche retraitée est neuve et se vérifie au trafic brut.
Du diagnostic à la solution
Le dommage est pris au forfait tunisien (niveau de déflexion × niveau de dégradation). La solution proposée suit l'ordre du guide Cerema ; la profondeur s'applique au décaissement ou au retraitement, sur la chaussée de la figure précédente.
Chercher l'épaisseur de renforcement
Aucun guide — ni le Cerema, ni le fascicule 6, ni le guide sénégalais — ne tabule l'épaisseur d'un apport : elle se trouve par itération. On pose la couche de roulement, dont l'épaisseur relève de la mise en œuvre et du cahier des charges, puis une couche d'assise d'épaisseur inconnue ; on calcule la structure renforcée ; on vérifie chaque couche sous son trafic — brut pour les couches neuves, majoré par 1/(1 − D) pour les couches conservées — ; on recommence avec une épaisseur plus forte tant qu'une vérification échoue. Le solveur du cours balaie d'abord au pas de 2 cm, puis affine au centimètre ; il ne suppose pas que le critère soit monotone, car épaissir une couche liée déplace la fibre neutre et peut dégrader un autre critère.
L'épaisseur trouvée est encadrée par les minima constructifs : de l'ordre de 4 cm pour un bitumineux, 12 cm pour un matériau traité ou une grave. Si la première épaisseur essayée passe déjà, c'est le minimum qui commande, et la question devient : y a-t-il vraiment un besoin structurel ? Au Sénégal, l'épaisseur de la couche de roulement est elle-même imposée par le trafic et la nature de l'assise — 6, 7 ou 8 cm sur une assise bitumineuse —, et le risque de calcul vaut 25 % sous 3 millions d'essieux, 5 % de 3 à 100 millions [guide AGEROUTE 2023, tab. 18 et 23 à 26].
Deux remarques sur la vérification. Ce n'est pas forcément l'apport qui commande : souvent, la couche conservée, chargée de son passé, travaille près de 100 % de son admissible quand l'apport est loin de la limite. Et dans les structures semi-rigides, le guide note que la traction à la base d'un rechargement bitumineux collé n'est pas dimensionnante, ni l'εz du sol, vu la rigidité de l'assise traitée [guide Cerema/IDRRIM 2016, § 5.2.1.2].
Épaisseur de renforcement d'une chaussée existante
Chaussée en place : BB et grave-bitume dont l'état donne le module par le barème du référentiel, GNT au double du sol plafonnée, sol de 6 m sur massif rigide. Un enrobé fissuré ou désagrégé est réputé à la ruine : il garde son module résiduel mais plus de critère de fatigue. Apport : BBSG de roulement plus grave-bitume cherchée, modules de la bibliothèque NF P98-086 lus à la température du pays (approximation : les catalogues nationaux ont leurs propres valeurs).
Ce que coûte le dommage consommé
Même chaussée et même trafic que le calculateur précédent. Pour chaque dommage de 0 à 0,9, l'épaisseur de grave-bitume d'apport qui fait passer toutes les vérifications (au pas de 2 cm). Choisir les couches qui portent le dommage : toutes, ou une seule.
Exemple — RN 4 : renforcement avec un historique connu
- Trafic futur : 450 PL/j/sens, 2 %/an, 20 ans, soit NPL = … ; avec un CAM de 0,8 pour les bitumineux et de 1 pour les sols, NE = … et …. Risque 5 %, θéq = 15 °C.
- Chaussée en place, calée au chapitre 13 : BB vieilli 6 cm à 4 200 MPa, grave-bitume 12 cm à 6 100 MPa, GNT 30 cm à 240 MPa, sol à 80 MPa. Deux phases d'historique : 2,1 millions d'essieux de 2004 à 2013, 3,4 millions de 2013 à 2025, après un renforcement superficiel.
- Miner, couche par couche. BB : durées de vie de 4,8 et 9,2 millions, D = …. Grave-bitume : 11,5 et 8,7 millions, D = …. GNT : seule la phase postérieure à l'entretien compte, 3,4 / 10 millions, D = …. Le sol, non décrit, retombe sur le dommage le plus fort, ….
- Les carottes montrent des décollements dans les quinze premiers centimètres : le diagnostic propose un …. On fraise 8 cm : …
- Apport : 6 cm de BBSG puis une grave-bitume GB3 cherchée de 6 à 30 cm. Essais : …. Épaisseur retenue : 12 cm.
- Vérification : …. C'est la grave-bitume conservée, chargée de son passé, qui commande, pas l'apport.
- Avant / après : déflexion calculée … → … centièmes, rayon de courbure … → … m : la chaussée s'enfonce moins et se creuse moins.
Méthodes par la déflexion et catalogues de renforcement
Avant le calcul rationnel, on renforçait d'après la déflexion. Le principe reste juste : la déflexion dit d'abord la contrainte que le sol subit rapportée à son module ; renforcer, c'est réduire la déflexion [CEBTP 1985]. Deux référentiels de ce cours en gardent des catalogues.
Le manuel tropical de 1985 range la chaussée existante en classe de qualité Q1 à Q5 (chapitre 12), qui oriente directement l'intervention : Q1 entretien courant, Q2 entretien prioritaire, Q3 rechargement de 10 à 15 cm de grave, Q4 renforcement de 15 à 30 cm, Q5 renforcement en matériaux traités. Quatorze fiches donnent ensuite, pour chaque classe Q et chaque classe de trafic T1 à T5, l'épaisseur minimale d'un apport en grave non traitée, béton bitumineux, sable-bitume, grave-bitume, sol-ciment, grave latéritique-ciment ou grave-ciment, posé sur une ancienne chaussée bicouche ou tricouche ; le dimensionnement rationnel les vérifie par le calcul.
Le catalogue tunisien de 1984 classe la chaussée existante de C1 (la plus faible) à C5, par sa coupe ou par un indice de structure de type AASHTO, SN̄ = Σ ai hi/2,54 + ΔSN(CBR), avec des coefficients ai résiduels selon l'état ; en cas de désaccord, la classe la plus faible est retenue. Six fiches donnent l'apport pour chaque couple trafic T1-T4 × classe C [catalogue 1984]. Le catalogue RevA et son fascicule 6 l'ont remplacé par la démarche rationnelle ; il reste utile pour relire les études anciennes.
Les catalogues : fiches tropicales et fiches tunisiennes de 1984
À gauche, les fiches du manuel tropical pour une classe de qualité et une classe de trafic (épaisseurs minimales, transcrites des fiches, à titre provisoire). À droite, l'indice SN̄ d'une chaussée tunisienne existante, sa classe C et les fiches de renforcement de 1984. Attention : T1 est le trafic le plus faible sous les tropiques et le plus lourd en Tunisie.
Les cinq référentiels, côte à côte
| Dommage consommé | Modules en place | Épaisseur d'apport | |
|---|---|---|---|
| FR Cerema 2016 | Miner par couche si l'historique est connu | carotte × paroi, plafond GNT 600/400/200, 15 °C | itération, vérification NF P98-086 à NE/(1 − D) |
| TN fascicule 6 | forfait Cli (0,3 à 1), déclassement si interfaces décollées | idem, fissuré 1 500, plafond 360/120, 28 °C | itération ; catalogue 1984 T × C pour les études anciennes |
| SN AGEROUTE 2023 | Miner sur le modèle SCT2 | état × rôle × température, plafond par matériau, 34 °C | itération sur SCT3, risque tab. 18, roulement minimal tab. 23 à 26 |
| CI LBTP | — (manuels du neuf seulement) | manuel tropical | manuel tropical |
| TR CEBTP 1985 | vie résiduelle | fourchettes, E = 50 CBR, rapport 2 | 14 fiches Q × T, vérifiées par le calcul |
France
Une méthode sans catalogue : diagnostic, modèle calé en deux étapes, dommage par Miner, solution choisie selon les décollements et les seuils, épaisseur cherchée par itération à 15 °C.
Tunisie
La même méthode, adaptée : 28 °C, barèmes et plafonds propres, dommage au forfait Cli quand l'historique manque — c'est-à-dire presque toujours.
Sénégal
Trois modèles nommés — la route mesurée, la route neuve, la route renforcée — qui évitent de confondre la chaussée qu'on ausculte et celle qu'on dimensionne ; des minima de roulement imposés.
Côte d'Ivoire
Le manuel de 2024 ne couvre que le neuf, et le guide de 1980 est à actualiser : le renforcement se conduit avec le manuel tropical de 1985.
Pays tropicaux
Une démarche complète dès 1985 : auscultation par la déflexion, modules résiduels, vie résiduelle, fiches Q × T vérifiées par un calcul multicouche.
Une couche conservée se vérifie sous NE/(1 − D) : son passé se paie en trafic. Le dommage s'estime par Miner, par forfait ou par la vie résiduelle, et la note dit laquelle. Les couches en place reçoivent un module résiduel selon le barème du pays ; la solution suit l'ordre du guide — ruine, décollements, seuils, sinon rechargement — ; l'épaisseur d'apport se cherche par itération, et c'est souvent une couche ancienne, non l'apport, qui la commande.